États d'âmes et opinions

Un bel anniversaire...

Merci, chers amis, chers lecteurs (souvent les deux) de toutes ces marques de sympathie lors de mon anniversaire, hier.

Bien que me demandant toujours à quoi sert Facebook, il faut bien me rendre à l'évidence : à avoir un petit message d'affection de ses amis lors de son anniversaire, au moins, ce qui fait plaisir. A recevoir quelques cadeaux virtuels (un lien sur YouTube, par exemple ;-)), un mot d'encouragement ou de félicitations "d'amis" que l'on ne connait pourtant pas encore physiquement et que, peut-être, l'on ne connaitra jamais... Et d'autres qu'on regrette de n'avoir pas vu depuis si longtemps...

Je l'avoue, et bien cela fait plaisir...

Quelque soit son âge, les caresses psychologiques, la gentillesse, l'attention font du bien, d'où qu'elles viennent, et, restant sensibles au sourire jusqu'à notre mort, j'aime l'idée qu'il reste en nous un peu du bébé que nous fûmes, si sensible aux risettes ;-)

Un anniversaire serein, au boulot puisque qu'en train de servir un peu de Clos des Fées à l'anniversaire de Gilles Goujon, le grand chef de Fonjoncouse, à deux pas d'ici. Avec des chefs de toute la France, souvent pour la première fois dans les Corbières. Une belle fête.

Un anniversaire heureux qui correspond aussi à la fin de notre augmentation de capital....

Nous sommes comblés, bien sûr, d'avoir désormais une sérénité financière d'habitue réservée à des crus bien plus réputés et anciens que nous.

Nous sommes surtout heureux d'avoir accueilli cent actionnaires à part entière au Clos des Fées, tous aussi charmants, passionnés et enthousiastes les uns que les autres.

Nous sommes fiers d'avoir prouvé qu'il était possible, encore aujourd'hui, de découvrir et de mettre en valeur un nouveau grand cru dans un région émergente, de convaincre - uniquement par sa qualité, sans note de Parker ou de "Lucky Break" médiatique quelconque – des amateurs de l'acheter et de le savourer et, enfin, aujourd'hui, de prouver au marché qu'il fallait désormais compter sur la possibilité d'un foncier viticole d'une qualité exceptionnelle dans le Roussillon, vendu au prix d'un foncier exceptionnel ailleurs. 

Nous espérons, Claudine, notre équipe et moi, que cet exemple fera date, que d'autres vignerons le verront, le comprendront, trouveront aussi des passionnés de vin heureux d'investir dans des PME françaises créatrices de paysages, de lien social, de richesse gustative et autre et que d'autres suivront notre voie afin de faire rayonner le grand vin français dans d'autres régions que les historiques, comme le font d'autres vignerons tout autour du monde. Il ne s'agit pas bien sûr de les dénigrer ou de nier leur importance mais bien de les rejoindre dans la course à l'excellence.

Merci à tous pour ces messages joyeux, publics ou privés, à qui je ne peux bien sûr répondre à cause du nombre qui m'ont infiniment touché !

Cadeaux de dernière minute

Voilà un papier que j'aurais bien aimé faire, lorsque j'écrivaillais : le shopping de fin d'année...

Alors, cette année, je me lâche et voilà mes idées et conseils de cadeaux vu de la vigne... Il y en a pour tous les prix. Les commentaires sont là pour d'autres idées !

Une carte Eye-fi, pour que son appareil photo se connecte automatiquement à son ordinateur et qu'on ne perde aucune photo, ni de ses vignes, ni de sa famille ...

 

La bio de Steve Jobs, qu'il veuille changer le monde ou pas, qu'il réussisse ou soit dans une mauvaise passe, c'est bon dans tous les cas et ça fait réfléchir. Comment peut-on se nourrir ainsi et faire tant de choses ? ;-)

Un livre pour se dire qu'il est temps qu'on travaille un peu moins et qu'on fasse des choses tout aussi passionnantes que le vin.

Oui, il y en a... Un livre formidable, que tout le monde devrait avoir dans sa bibliothèque...

Un disque, qu'il va mettre sur son ipod ou son téléphone, en allant tailler. C'est pour moi le meilleur disque de l'année, mais bon, je suis loin de les avoir tous écoutés, hein ;-) Un jour, j'irais en Nouvelle-Zélande. Avec celui d'ADELE, je suis d'accord JD ;-) On peut aussi lui offrir un abonnement premium sur Deezer, c'est quand même un truc assez incroyable pour le prix...

Cover Album

Un autre album est à mettre au pied du sapin, c'est celui de Laurent Voulzy, un opus remarquable, à écouter en boucle, ce qui devient rare. Avec ces chanteurs français, ces cinéastes français, ces écrivains français (certains...), je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression de participer à une œuvre de salut public en refusant un monde uniforme. Vous m'en direz des nouvelles, ça s'appelle Lys and Love.

Cover Album

S'il est Zen, tendance chasse, on lui choisira un gilet Nerhu, chez le Prince Jardinier : parfait pour les photos à la prochaine demande d'une revue ;-)

Image LPJ

En fonction des régions, on peut aussi lui offrir un Fendt 200 Vario, avec un gros ruban rose...

Ca ne se refuse pas, une boîte vario. Sur un tracteur vigneron, ç'est à peine incroyable. Mais seuls les vignerons qui me lisent vibreront avec moi ;-)

N'oubliez pas le pont avant suspendu, surtout...

200 V Vario: Le tracteur de viticulture classique

Il l'a déjà ? Vous êtes à Saint-Émilion ? Aahhh...

Pas d'hésitation, celui là, il ne l'a pas et il en rêve, surtout s'il a des pentes et de la boue...

Et là, il ne vas pas passer inaperçu... C'est le nouveau Mach 4 d'antonio Carraro...

Aux vignerons-cuisiniers, on offrira deux livres. Un de Trish Deseigne, bien sûr... Le dernier, "petit Noël à la maison" est génial, comme d'habitude... Faut vraiment que je déjeune avec elle un jour, ça fait partir des choses que je veux faire. Cette fille a le "Duende" culinaire, c'est clair...

petitnoel

L'autre est pour le vigneron gastronome voyageur, qui veut mieux comprendre la cuisine japonaise, pour profiter pleinement de son prochain voyage au pays de ces amateurs de vin qui nous aiment tant, au delà de nos différences de civilisation, montrant que le vin est un "passeur"... C'est "Cuisiner Japonais pas à pas" et c'est très, très bien fait. Vive la soupe Miso en rentrant de la vigne !

Pour le vigneron poète, rien de mieux qu'un petit livre de Pierre Poupon (il faut les savourer un par un et penser aux prochains Noël). Je regrette infiniment de n'avoir pas pris le temps de le rencontrer avant son décès. Quels conseils m'aurait- il donnés ? S'il était né un peu plus tard, il aurait fait le meilleur blog du monde... Dors en paix, amoureux du vin et poète de la nature...

Reste le vigneron i-tech... Je ne l'ai pas oublié. Pour lui, pour son salon ou pour son show room, il faut le système wave BOSE. Ca décoiffe et c'est vraiment spectaculaire. Un peu cher ? Vous n'habitez pas le médoc ou la côte des blancs ? Ah...

Intégration vidéo + audio

Alors, craquez pour les enceintes PC/Mac Focal XS 2.1

De loin le meilleur système audio pour ordinateur. Un son incroyable de pureté et de profondeur. Une remarquable avancée, indiscutable.

Focal XS - Canal 2.1 Système de haut-parleurs multimédia pour PC avec station d'accueil Apple

Pour le vigneron  schtroumpf  blagueur, on lui posera sur son bureau ce petit livre calendrier et on l'entendra rigoler tous les matins, même les jours de botrytis avec des vérités dans le genre :

« La tortue est le seul animal qui peut faire l'amour avec un hérisson. Mais elle n'en a pas envie souvent" Cavanna

« Il était tellement obsédé sexuel qu'il en sautait même les repas » Desproges

ou encore de mon regretté ami Roland Topor "Deux sexes, la meilleure idée de Dieu qui n'en a pas eu tellement d'aussi bonnes..."

Tordant...

Les meilleurs mots d'humour en 365 jours

Que reste t'il comme idée... Chercher pour lui un truc improbable sur internet, on y trouve tant de choses...

Par exemple ce vieux livre à lire absolument, pour se préparer au réchauffement climatique, très intéressant et pas uniquement sur le plan historique... On doit bien des choses au vignerons français d'Afrique du Nord, tout le monde l'a oublié..

Ou tiens, une édition japonaise de la série d'albums hallucinants de John Lewis, qui interprète les préludes de Bach à sa manière, et quelle manière...

John Lewis, Volume 2: Bach: Preludes and Fugues from the Well-Tempered Clavier Book 1

Et pour moi, me direz vous, que choisir ? Ah, Père Noël, je sais que tu ne pourras pas passer dans la cheminée, mais, bêtement, ce dont je rêve, c'est le nouveau piano à induction de De Dietrich, un truc de ouf totalement hallucinant quand on aime cuisiner.

Bon, va falloir encore attendre quelques années. Mais qu'il est bon de continuer à avoir des rêves et des désirs...

Balthus voulait du Buzz, il en a...

Je ne saurai trop vous conseiller que de lire le billet de justification de François Mauss sur l'excellent Blog du Grand Jury, qui, à mon sens, aura fait date dans l'histoire contemporaine du vin.

C'est ICI et LA. Ce sont surtout les commentaires qui sont intéressants. Un jour, dans longtemps, un chercheur en sciences sociales y puisera, j'en suis sûr, des enseignements précieux sur l'état de notre micro-monde du vin au début du millénaire. Comment deux amis de trente ans peuvent-ils encore se disputer sur un sujet aussi bête que le vin ? ;-)

Comme je le craignais, mon billet d'hier lui donne de l'urticaire car il est allergique, en ce moment, à toute critique. Cela m'étonne quand même un peu. Il voulait du Buzz, Balthus aussi et c'est pour cela qu'ils ont investi de l'argent dans cette dégustation. François la met en scène fort habilement sur son blog, lui fait une large audience, afin de provoquer le débat, la discussion, puisque les commentaires sont ouverts. Mais là patatras ! Voilà que l'on est pas d'accord avec lui et que, sans discussion possible, me voilà classé avec tous ceux qui regardent cette dégustation avec un brin d'esprit critique et d'humour, dans la catégorie :

« des jaloux qui n'arrivent même pas à se cacher par des mensonges puant l'hypocrisie, outre les lectures plus que partielles de ce qu'on a écrit, commenté, développé, nuancé, on tombe sempiternellement sur des spounz qui n'admettent pas qu'on ne pense pas comme eux. C'est affligeant de bêtises, de conneries, de médiocrités. On répond à côté pour lister des inepties dont on ne peut cacher l'insondable nullité»

Ouf ! Heureusement qu'il ne m'est pas venu à l'idée de créer un Grand Jury Vingraunais, qui noterait les violonistes, les pianos à queue, mettrait 98 à Bach mais seulement 95,75 à Mozart... Que n'en dirait-il pas ? Enfin, s'il lui restait des adjectifs peu amènes...

Que voilà pourtant un débat constructif, dès qu'on le libère des questions d'ego. Or donc, on devrait, pour obéir aux règles du GRAND Jury Européen, absorber n'importe quelle notation en perdant tout sens critique.

Et bien non. 

Une chose est sûre, François Mauss serait bien malheureux, s'il faisait du vin, de devoir accepter en permanence la critique sur son travail, celle des guides, celle des journaux, celle du commerce, celle dorénavant des consommateurs sur les forum. Lui peut noter, peu "classer" donc critiquer, en permanence, les vignerons. Mais les vignerons ni personne n'ont pas le droit d'émettre la moindre critique sur son travail. Drôle de point de vue, à l'heure du Web...

Les commentaires, en ce sens, sont édifiants. L'excellent Emmanuel Delmas fait remarquer que l'on peut ne pas être tous les jours attiré par le style de Balthus (comme on peut ne pas l'être d'ailleurs tous les jours par le Clos des Fées) et préférer des vins plus "tendus" (comme les Sorcières, au hasard, hein;-). La "tension" est affaire de pH, comme tout le monde le sait, tous les terroirs ne pouvant faire mûr et concentré tout en gardant des pH autour de 3,7 au lieu de sortir de leur milieu acide naturel pour afficher des pH de parfois plus de 4 leur donnant lourdeur, pâteux, sensibilité aux brett, difficulté à vieillir avec grace. Voilà un problème que l'osmoseur ou une autre machine n'a pas encore résolu. Bonne pioche, Emmanuel. C'est un peu comme la boxe, une partie du combat se joue quand on choisit l'adversaire... En cela, le mode de culture est essentiel et l'abandon des engrais chimiques y est pour l'essentiel, expliquant pourquoi, sans aucune magie, certaines "bio-d" qui redécouvrent le fumier de cheval font des vins plus tendus. Pas besoin d'invoquer les puissances cosmiques, il faut en revenir aux fondamentaux français : le coq, le fumier ;-)

Très en forme, décidément, Emmanuel fait aussi remarquer que Balthus aurait pu payer le Grand Jury Européen pour se confronter... aux autres Bordeaux Supérieurs de qualité, tous moins prestigieux que lui (aie !) et bien moins chers aussi. Que cette idée semble saine. Oui mais... non ;-)

Un autre internaute fait remarquer que le GJE pourrait aussi confronter une dizaine de vins très chers avec une dizaine d'outsiders bordelais qui le sont moins, non dans un but de classement ou de notation, mais pour faire émerger le point clé qui manque à Bordeaux : oui, il y a de grands terroirs hors des zones sous le feu des producteurs; oui, il y a de jeunes et moins jeunes vignerons qui font des efforts exceptionnels; oui, on peut encore trouver des vins délicieux à des prix raisonnables dans cette formidable région. 

A ce sujet, l'amateur de Bordeaux mettra sur sa liste au Père Noël l'excellent guide de Jean-Marc Quarin, qui vient de sortir, où l'on trouve sous la rubrique "outsider" une floppée d'adresses remarquables, donc certaines me sont totalement inconnues d'ailleurs et donnent envie de sortir son chéquier. Jean-Marc, avec qui je préfèrerais boire des coups un jour plutôt qu'il note mon vin et me donne des conseils (je fais ce que je peux, Jean-Marc ;-), a mis beaucoup de retenue dans ses commentaires, comme il se doit à Bordeaux, mais quand on lit entre ses lignes, on se dit qu'il y a de sacrés vins à découvrir encore la-bas. C'est clair, il se retient parfois, dans la critique de certaines étiquettes prestigieuses et l'éloge d'autres qui le sont moins. Mais en lisant avec attention, il faut reconnaitre que, déjà, il se mouille drôlement. Bravo.

Il faut d'urgence que ces bons vignerons se cotisent et payent le GJE pour organiser une dégustation à l'aveugle. Tiens, monsieur Vatelot se grandirait et ferait là, du coup, le buzz, en financant une telle dégustation ! Le but ne serait pas de dire "nous faisons mieux que Cheval-Blanc" (faut se dépêcher, parce que sur les millésimes récents et futurs ça va être UN PEU plus difficile..) où "Latour, c'est pas meilleur et ça coûte un bras", mais bien : nous aussi nous pouvons faire bien et bon, nous avons des terroirs, on bosse dur et on voudrait rentrer dans la cour des grands. Tiens, s'il m'invite et s'il y a de la tourte de gibier, j'irai (peut-être...), dans un grand élan de réconciliation ;-)

Bon, moi, de cette dégustation, j'aurai surtout vu (mais je ne regarde jamais dans la bonne direction, hein, jamais le doigt ;-), que des dégustateurs émérites ont mis au même niveau ou presque ce jour là des millésimes aussi différents que 2005, 2007 et 2003. Finalement, ces dégustations statistiques où toute perception du goût individuel ne fait que gommer tout ce que j'aime dans le vin : le droit de vouloir se damner pour une bouteille, le droit de son voisin de table et ami de ne même pas la remarquer. 

C'est en cela que décidément le vin se rapproche sans doute le plus de l'art.

En parlant d'artiste, c'est bien Michel Bettane qui a le mot de la fin en faisant remarquer que la valeur du vin et le prix du vin sont décidément deux choses que le critique se doit de bien séparer, devant «un amoncellement de milliardaires pour qui 2000 euros sont comme 2 euros pour nous».

La chose est possible mais difficile, le métier n'est pas aussi drôle que certains l'imaginent. Bon, c'est pas le bagne non plus, hein ;-)

Balthus fait le Buzz - MAJ

Sur son blog, François Mauss est très fier de sa dégustation comparative entre un Bordeaux Supérieur, excellent d'ailleurs, soit dit au passage, et des crus légendaires, au point qu'il en fait trois billets... Nicolas de Rouyn y était, ça lui fait un bon papier. Je n'étais pas invité. Je n'y serai de toute façon pas allé. Je regrette un peu la tourte au gibier, un plat parfait pour un repas de fin d'année entre employés méritants qui ont bien travaillé, c'est à dire fait tout ce qu'on leur demandait...

J'aurais bien mis ce que je pensais de l'affaire «in situ», mais bon, François Mauss m'a demandé de ne plus intervenir sur son blog. Ou seulement quand j'étais d'accord avec lui ;-) Sinon, j'étais prié de m'en passer et, pour bien marquer le coup, il a même supprimé de sa liste de favoris le lien vers mon petit blog de vigneron en région émergeante ;-).  Ainsi va la vie. "O tempora, O mores", comme il aime à le dire, lui qui a des lettres et ne manque jamais de le rappeler aux «haineux, jaloux et vindicatifs», j'ai nommé tous ceux qui ne sont pas entièrement d'accord avec lui ;-). J'avoue, je suis un peu jaloux de la tourte à la viande... ;-) Mais je laisse le lien vers son blog parce que je le trouve intéressant, même si, souvent, je ne suis pas d'accord. C'est le WWWeb. C'est la vie.

Je me suis demandé si je devais donner mon avis sur ce sujet, qui m'intéresse peu, je l'avoue, mais voilà que l'on me propose de faire lundi un peu la même chose : mettre mes vins au milieu de stars bordelaises historiques, en demandant à une floppée de gens "importants" de "classer" les vins par "ordre de mérite".

Quelle drôle idée, vraiment... Depuis l'école maternelle, je sais qu'on ne peut pas multiplier des pommes par des poires, ni les additionner. Par la suite, en en goûtant de nombreuses variétés, j'ai été convaincu qu'on ne pouvait affirmer que l'une était "meilleure" que l'autre.

J'ai recherché dans un de me petits livres de sagesse Zen, qui figurent en bonne place sur ma table de chevet, une citation qui m'avait, un jour amusée. Je la trouve bien dans le ton :

« S'il suffisait de s'assoir jambes repliées pour méditer, toutes les grenouilles seraient des Bouddhas »

Merci à "Julie" pour cette délicieuse illustration...

Quelle drôle d'idée que de payer un jury, fort cher, pour le moins, j'imagine, vu le prix des bouteilles, pour expliquer au monde entier que l'on a si peu de personnalité, si peu confiance en son cru, que l'on est si pressé de le voir (et de se voir) au firmament de la vanité humaine, que l'on veut pour cela décrocher de celui-ci quelques une des étoiles historiques... Bouddha ou pas bouddha, le bœuf n'est jamais loin de la grenouille... On avait compris que pour Lascombes, c'était la bonne idée d'un fond de pension américain pour s'en débarrasser en prenant l'oseille au passage, mais là... ? Où est le sens de tout cela ?

Que m'importe, pour ma part, que mon gentil petit vin, j'ai nommé le Clos des Fées, soit meilleur ou moins bon, qu'il donne «plus» de plaisir ou qu'il n'arrive pas à la cheville de ces crus que j'admire tant ? Ces crus qui illuminent mon cerveau, au moment de l'IRM, même si ils ne sont que des vins, plutôt normaux quand on les met à nu, sans leur étiquette ?

Ils sont ce qu'ils sont, je suis ce que je suis et, dans le monde du grand vin, il n'y a pas de hiérarchie. Il y a uniquement un émerveillement devant des émotions si diverses qu'elles ne peuvent être classées, notées, et qui, bien au contraire, se doivent de se faire mutuellement des «révérences», de se renvoyer la balle, se mettrent en valeur. Il suffit d'en avoir bu un jour pour le comprendre en un "clic", telle une «illumination» vineuse. Vinique ? Viticole ? Bref, une évidence.

Voilà quel est le but, si tant il y a est un, car il est en fait dans le voyage lui même, comme l'enseigne toujours le Zen (et Steve Jobs, son prophète ;-), juste de faire naitre, quelques années durant, une «jolie chose», une belle arabesque, délicate, un éclat de civilisation, le souvenir d'un homme, l'expression d'une époque, d'un lieu, d'une vision et donc d'un chemin. On en revient toujours là.

Et on veux "classer" cela ? Et dire que celui qui a 95,75 vaut mieux que celui qui a 95,50, celui qui a 94,89 ne valant "rien" ? On hésite ici entre futilité et arrogance. Heureux sont ceux qui, comme moi, ont la liberté de refuser de telles mascarades et la liberté de ton suffisante pour donner leur point de vue...

Que m'importe d'être un "second rôle" dans la formidable épopée du vin, pourvu que je sois un bon second rôle, que je tienne ma place, que j'ai mes défenseurs acharnés, que le les fasse vibrer autour de la personnalité de mon vin et que je respecte mes pairs, ceux qui sont venus avant moi et ont dans leur bouteille un passé que je n'aurai sans doute jamais. Mais ils n'ont pas, eux, la liberté, la terrible, la si merveilleuse liberté de celui qui vient de naitre et est en train de grandir, tel un adolescent qui prend conscience de ses dons.

Car là est le grand vin. Dans l'émotion. Dans la valeur. Pas dans le prix ni la comparaison.

Cher D., si tu lis ces lignes, tu comprendras que je ne serai pas là, lundi, pour une séances de «notes».

En revanche, si, entre amis, entre passionnés de vins, nous partageons des bouteilles, d'où qu'elles viennent, dans un esprit de plaisir et de fête, je serai là ;-)

Le silence ici, la fureur ailleurs

Long silence, désolé.

La routine, pour moi, désormais, de l'après vendange. Suivi attentif des cuves qui finissent pour certaines leurs malo, pour d'autres leurs sucres. D'autres, pas beaucoup heureusement, ne font plus rien. Soit qu'elles se reposent. Soit qu'elles boudent. Soit qu'elles méditent ?

A force de vivre à côté d'elles, j'ai tendance à les considérer comme des entités vivantes... Un peu comme des extra-terrestres. Avez vous lu "Au carrefour des Etoiles" de Clifford Simak ? Quand il fait transiter dans sa maison des extra-terrestres fort étranges avec lequel il ne peut communiquer par la parole ? Un des plus simples et des plus beaux livres de SF qui soit, qui n'a pas vieilli. Tiens, je vais le retrouver, tout dépenaillé tant je l'ai lu depuis mes 11 ans, et me le relire, une fois encore, à Noël. Vous relisez des livres ? Moi, oui.

Bizarrement, je repense à ces étranges relations qui s'instaurent, comme le dit bien le résumé de Wikipédia, entre Enoch Wallace et ses amis aliens, des relations de natures émotionnelle et intuitive, qui permettent, en échangeant des "dons" de partager une relation à autrui au delà du langage. C'est ce que j'aime, dans ce métier, ce carrefour entre l'intuition et la science, entre le pur instinct et l'usage à bon escient de la technologie. Cette intuition, je l'ai vue, au fait, foulée allègrement au pied, la semaine dernière, à Sitevi. Je vous raconterai peut-être ça dans la semaine.

Bon, bref, c'est tout sauf calme ici et je ne sais que vous raconter. Commençons par la fin, peut-être ? Ce week-end, c'était "Grand Tasting" à Paris. Ce matin, en me levant, mon corps était comme bousculé par un match de boxe. Mais tant de joie ! Tant d'yeux brillants ! Tant de sourires et tant de mercis, que, vraiment, on ne regrette rien. Cela me fait penser toujours à l'analyse transactionnelle et au concept de "Stroke", cet échange psychologique qui signifie à la foi "contact", "caresse" et... "coup", selon. C'est exactement ce que l'on prend, en rafale, pendant deux jours et il faut tout absorber. Stupéfiant aspect du métier de vigneron que j'aimerai, un jour développer dans un livre, qui sait ? ;-)

Pourquoi y a t'il tant de monde sur notre stand, au point de paraître bizarre, sans doute, à d'autres confrères ? Je l'avoue, je ne sais pas. Peut-être à cause de billets comme celui que je suis en train d'écrire, totalement déjantés quand on y pense ;-).

Peut-être à cause du terroir de Vingrau, capable de tant de grandes choses. Peut-être parce que nous avons Claudine, moi, toute l'équipe, un peu de talent, de chance et que nous travaillons beaucoup avec un engagement total et une passion à fleur de peau.

Peut-être simplement parce que contrairement à d'autre je ne cherche pas à cacher certaines "faiblesses" de mes vins, cherchant simplement à les faire "bons", dans le plus total pragmatisme, sans tenter bêtement à les rendre systématiquement "meilleurs" selon des critères dans lesquels je ne me reconnais nullement, sans tenter de les magnifier à coup d'artifices, mais au contraire en faisant tout pour les garder charmants, personnels, sortes de "jolies choses" si différentes de certains vins goûtés sur le salon qui semblaient entrainés à l'extrême, comme dopés, formatés, pour tenter de gagner une "compétition" mondiale que j'exècre de plus en plus, de celles qui font du premier un Dieu et du deuxième une m....e pour un dixième de seconde ou un "point". Au risque de ressembler au final à Donatella Versace (entre autre..). Bon, c'est dit.

Vu tant de choses, en trois jours. Deux ou trois cent personnes, sans doute, toutes aussi aimables et patientes les uns que les autres pour lesquelles nous avons fait le maximum. Une bonne quinzaine aussi de nos nouveaux actionnaires, tous aussi attachants les uns que les autres, si contents d'être désormais co-propriétaires du Clos des Fées ;-) Vous l'ai je dit, notre augmentation de capital est terminée ? Cent amoureux du vin nous ont fait confiance et nous permettent désormais de continuer notre chemin d'une toute autre manière, un peu comme l'image d'un voyageur ayant fait un long, pénible et dangereux trajet, épuisé et qui repart après une halte dans une auberge où il s'est ressourcé, a repris ses forces, a rempli sa musette de bonnes choses sur un cheval fringant au moment où le printemps fait suite à l'hiver. Plus rien ne sera désormais comme avant. Merci à vous, pour tout. Je n'en reparlerai pas souvent, mais à tous ceux qui aiment le Clos des Fées, qu'ils sachent que nous avons désormais une grande liberté, une multitude de choix, une chance de prendre du recul et le luxe incroyable de ne plus être soumis aux modes ou à des rythmes auquel nous n'adhérons pas. Nous n'en tirons aucune fierté, ne changerons rien à nos habitudes mais voilà, désormais, nous sommes libres.

Un très beau Grand Tasting et l'heure d'aller se coucher, ayant la sensation d'avoir dit suffisamment de bêtises pour ce soir ;-)

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