États d'âmes et opinions
Grand emprunt : 20 milliards d'euros engagés d'ici fin 2011
Et pour le vin : rien. Lire ICI l'article du Figaro ou du Monde.
C'est vrai que c'est juste le deuxième pôle d'excédent à l'exportation, hein. C'est sûr que 10 milliards pour l'université, ça va créer des gens tellement compétents qu'ils ne trouveront jamais de boulot. En attendant, pour ceux qui commencent à piocher quand notre Président est encore au lit, bien blotti contre sa petite femme au ventre rond, ou ceux qui quittent leur famille pour récupérer l'argent dans la poche de nos amis Chinois ;-), on en parle même pas.
Pour notre gouvernement, nous faisons décidément pas partie de la "France de l'excellence".
Mais que font nos responsables professionnels, au fait ? Qui nous représente ? A t'on seulement demandé ? Mystère...
Pendant ce temps, la manne tombe sur la recherche médicale, l'enseignement supérieur, l'industrie et on remet les farines animales dans l'alimentation des herbivores. En attendant les vignes OGM qu'on va nous proposer sous peu, n'en doutons pas, la recherche allant sans aucun doute "avancer". Super...
Pourquoi donc tenter de créer de nouvelles entreprises dans le vin, favoriser celles qui créent de la richesse à passer à la vitesse supérieure, attirer des élites dans notre métier ? On se contentera d'aider les vieux à partir sans faire de vague, on laissera des régions entières retourner à l'état sauvage, on durcira encore les conditions d'obtention des aides à l'exportation, on augmentera les charges, les contraintes, une traçabilité qui en train de tuer le vignoble, les coûts directs et indirects (nouveau fuel, nouvelles obligations administratives), on invitera des vignerons américains à faire le cocktail du G8 et bien sûr on considérera tous les jours d'avantage le vin comme une drogue dure, favorisant ainsi l'absorption d'alcool distillés aux effets dévastateurs.
Tout va très bien, madame la Marquise...
Et donc, le chai de Cheval-Blanc fut ouvert - Episode 2
Il est temps de descendre dans le chai.

C'est tout ? C'est largement suffisant. On commence à comprendre... Cheval-Blanc nous prend à contre-pied, nous livre un chai sobre, simple, efficace, juste beau sans se vouloir œuvre d'art, simple matrice d'où sortira le vin, personnage principal de l'histoire.
On remarque les portes fûts, qui permettront de poursuivre la tradition des soutirages à l'ancienne, à l'esquive, tous les trois mois, que la plupart des châteaux ont abandonné, faute de place, de personnel ou pour des questions de "type d'élevage" que vous expliquer me prendrait trop de temps... Encore une fois, le nouveau chai n'imposera aucun nouvel itinéraire technique si ce n'est le parcellaire et c'est un choix clairement affirmé... C'est une question que je me pose souvent : si je changeai de chai, mes vins seraient ils différents ? Ici, à l'évidence, on a beaucoup réfléchi à la chose et tenté de limiter l'impact éventuel du nouveau chai sur la continuité du style...

Vu que nous sommes enterrés, je m'interroge sur l'utilité des Moucharabieh, un peu décalés dans un chai, vu que derrière, il semble n'y avoi rien...
Que nenni, c'était pensé : derrière, il y a toute la technique qui est déportée, résolvant d'un seul coup tous les problèmes d'esthétiques, d'entretien ET de sécurité. Il est ainsi possible pour un technicien de travailler, confortablement, sans jamais avoir accès au site de production en lui même. Magistral. Les vignerons qui me lisent apprécieront, je pense, et iront comme moi jouer à l'euro-million vendredi prochain
pour s'offrir un lot de tuyaux. On rêve de trucs bizarres, nous, les vignerons 

Mais que sens-je sur mon visage rasé de frais ? Un doux courant d'air, régulier, un zéphyr humide qui me semble parfait pour l'hygrométrie du chai (2 ou 3 pourcent de pertes à cause d'un chai trop sec, à ce niveau de prix, faut se pencher sur le problème...). Un côté est en dépression, un autre est en surpression, l'air circule à son rythme et peut, au cas où, être humidifié bien que la nature devant sans doute suffire. C'est inspiré des salle d'op ophtalmologiques. C'est magistral.
Idées : 100 - Mise en œuvre : 100
Bon, reste la partie accueil de la vendange, avec un préau particulièrement bien et largement conçu et des chambres froides permettant de faire ce que je fais avec mon camion frigo Petit Forestier depuis dix ans : conserver du raisin une nuit pour respecter un parcellaire ou compléter un assemblage, assurer un bon refroidissement de la vendange, que les cuves en béton ne peuvent fournir. En cent fois mieux, bien sûr.
On visite le reste, dont la salle d'habillage, ultra-sécurisée, où je note, enfin, une erreur que je garde pour moi parce qu'elle est bénigne et que je sais aussi la fermer, de temps en temps 
On passe à table (on est aussi nourri, c'est top). Je m'excuse d'être le seul vigneron à ne pas avoir eu 100 chez Parker (je plafonne à 94, ce qui me fait une belle jambe ;-), parce qu'il y a du beau monde et du monde intéressant ;-). A part les cannelés un peu mous (je suis difficile sur le cannelé), tout est là aussi, parfait, le Cheval-Blanc 2000 étant fort bon, la première bouteille servie simplement bien meilleure que la deuxième. Yquem 96 (si j'ai bien vu parce qu'il n'y avait pas de menu, ce qui est dommage parce que ça aurait fait un beau souvenir pour les Chinois...) sur le fromage, c'est le coup de grâce, encore qu'on pourrait discuter du bon niveau d'acidité volatile dans le Sauternes en général et Yquem en particulier, surtout que le vin est servi un peu généreusement et se réchauffe donc trop vite. Mais je chipote...
Bon, clairement, en conclusion, critiquer, c'est bien, louer, quand il le faut, aussi.
Le nouveau chai de Cheval-Blanc est un coup de maître, tant sur le plan esthétique (c'est un peu "blanc" dans le paysage, mais ça va griser) parce que l'architecte s'est mis "au service de". En fait, pour vous dire, c'est un chai qu'un petit vigneron pourrait assumer, s'y sentir bien, y bosser (à condition d'être très soigneux, hein ;-). L'argent qui a été dépensé l'a bien été, plus pour "l'utile" que pour impressionner la galerie.
On s'ouvre, on ne cache rien (y compris les fautes dans le vignoble depuis la terrasse panoramique ou le court-noué de certaines parcelles saute alors aux yeux...), on remet le vignoble au cœur du projet, avec un parcellaire retrouvé, et on va y travailler heureux, sans technologies inutiles.
"Sans liberté de blâmer, il n'y a pas d'éloge flatteur", disait Beaumarchais, il faut, quand là est la vérité, dire que l'équipe de Cheval Blanc, mené par main de maître par Pierre Lurton, a su guider deux milliardaires - qui ont, au final, bien plus de passion d'autres choses que le vin - dans la bonne direction, ce qui n'est pas la chose la plus facile à faire à mon avis. Bon, en même temps, j'ai pas trop l'habitude du milliardaire, hein ;-).
Il est temps de partir. Bravo. Merci. Dans la voiture qui me ramène à Perpignan, je me creuse la tête pour savoir si, un jour, je pourrai intégrer quelques solutions techniques à un chai que je ne n'aurai jamais... Sans jalousie, sans envie, je rêve doucement, sachant que les rêves se réalisent rarement. Mais sans rêve, aucun projet ne prend vie...

Périple à Bordeaux
Désolé, mais pas le temps, vraiment, d'écrire en ce moment. Pourtant, mon court séjour à Vinexpo aurait été intéressant à raconter. Bon, je suis resté encore moins longtemps que d'habitude et n'ai donc pas eu le temps de réunir commérages et autres rumeurs malfaisantes qui auraient donné à ce blog des pics de fréquentation...
Il y aurait tant et tant de choses à dire sur Vinexpo, sur ce grand salon où, bien souvent, il y a autant de choses intéressantes en dehors qu'en dedans.
Dehors, c'était le "off" de mes amis du Roussillon et d'ailleurs au Saint-James. Merci au ciel de nous avoir donné une journée de beau temps exceptionnelle, merci à tous ceux qui ont bravé les embouteillages pour se retrouver dans un havre de paix et de douceur, où le maitre mot était "bon goût", ni plus, ni moins. Dehors, c'était aussi notre G-Day au centre de Bordeaux bloqué de toute part par une fête de la musique intense qui faisait déferler dans la ville une marée humaine. Un conseil : ne pas garer sa voiture dans un parking du centre ville le soir de la fête de la musique et souhaiter quitter ledit parking avant trois heures du matin. Une erreur de débutant, que j'ai commise, ne le faites pas, être obligé de dormir à moitié, épuisé, en attendant d'être libéré par la foule n'est pas la chose la plus agréable que j'ai faite dans ma vie.
Je n'ai pas trouvé Vinexpo d'un intérêt fou, cette année, mais tout le monde avait l'air content à défaut d'être ravi. Le monde de "l'industrie du vin" est dans une autre espace-temps que celui de l'artisan. Ces mondes là obéissent désormais à des règles différentes et vouloir les mettre tous dans le même panier n'a pas de sens. Alors, nombreux sont les "vins d'auteurs" qui n'exposent pas, encore plus nombreux sont leurs fans qui ne viennent plus. Mais on serre des mains, on revoit de vieux amis, on a un ou deux rendez vous intéressant et, en se fiant au hasard pour déambuler dans les allées, on trouve parfois un client, un journaliste, un ami, un blogger, une ex ;-), un vigneron, un négociant, un importateur, un chinois qu'on a croisé à 4 heures du matin à Shanghaï, un fan de ce blog 
En partant, on tombe aussi sur la pire idée de communication vue depuis longtemps, fait par des gens qui, au lieu d'être fiers de leur terroir, ne trouvent rien de mieux à faire que de payer (grassement, j'imagine) une agence de com débile où un jeune créatif allumé leur vend un "concept" sensé choquer et faire parler de soi.
Puisque vous voulez qu'on en parle, on en parle, chers Vignerons Catalans, qui manipulez ainsi l'image de ma région sans vergogne, sans goût, dans la plus totale vulgarité et dépassez ainsi des sommets de racolage qu'on croyait impossibles à franchir.
Voilà l'affiche que l'on trouvait au détour de Vinexpo :

"Je ne le fais que par amour", dit le slogan?
Je vous laisse deviner de quoi il s'agit. Plus libéral que moi, il n'y pas, mais utiliser du porno-chic pour espérer vendre du vin Catalan, je ne trouve pas seulement ça scandaleux, je trouve aussi ça vulgaire, imbécile et suicidaire.
Mais bon, on peut prolonger le plaisir sur le site des Vignerons Catalans, où, bien sûr, ces as du marketing et de la com, payés par par des coopérateurs tous les jours au bord du suicide, voient en pleine page d’accueil le nouveau "bricou" qui va les sauver (sic.), en deuxième page (excusez de la modestie...) les "grands chefs" à qui on doit ce genre de débilité, a peu près du même niveau que ce site, sans queue ni tête, qui tentent d'utiser le web 2.0 comme le ferait un adolescent pas très commerçant et mal dans sa peau. Et c'est ma région qui fait ça ? Dégouté j'étais.
Bon, à part ça, les vignes à Bordeaux donnaient plein d'intéressantes informations à qui savaient les lire. A l'époque où je n'étais pas vigneron, je n'y voyais que des alignements verts forts décoratifs. A l'époque où j'étais journaliste, d'agréables interludes entre deux châteaux. Aujourd'hui, j'y vois bien d'autres choses, en passant devant, où, souvent, en m'arrêtant pour y marcher en profondeur.
En ce beau moi de Juin, on y voyait belle récolte, avec sans aucun doute possible, après premiers eclaircissages, des rendements potentiels à trois chiffres sur les vignes à 10 000 pieds hectare et, partout, très bonne récolte (comme ici, d'ailleurs). Je me demande comment Qualibordeaux, qui harcèle les petits vignerons en permanence, va gérer ce problème où des crus classés ont largement deux fois le rendement autorisé de l'AOC, sur les souches, avant bien sûr "vendanges vertes". Il faut bien se rendre à l'évidence, la "traçabilité" poussée à l’extrême est tout simplement en train de tuer la viticulture en général et Bordeaux en particulier, bien plus sûrement encore que la loi Evin ou les vignobles d'ailleurs ou la volatilité des changes. Qui le dit ? Personne. Peut-être finalement que personne ne le voit ? En tout cas, finis les grands millésimes où l'on aura "quantité" et "qualité". Enfin théoriquement, bien sûr...
Bon, à part ça, la vigne dit qu'elle a soif de toute ses forces, qu'elle arrête de pousser dans certains secteurs, déjà à fin juin (!) que l'on est partout à "fermeture de la grappe" ce qui est d'anthologie au niveau précocité, que la gestion de l'herbe sera primordiale, que les grands terroirs parleront en année sèche encore plus qu'ils ne parlent en années humides, que la vendange sera très très précoce avec, si le temps se maintient, des blancs au 15 Août !
C'était particulièrement causant, les vignes, pour moi, car elles ressemblaient finalement beaucoup à des vignes de part chez nous, en Roussillon. Alors qu'en Roussillon, on serait justement plutôt en configuration "bordelaise" ! Pluies abondantes sur tout le printemps, vignes vertes, végétation magnifique, belle charge régulière, temps froid et humide, avec pour la première fois des cigales aujourd'hui. Bordeaux saura t'il gérer un millésime typiquement méditerranéen ? Rappellons que tous les millésimes du siècle historiques (qui le sont toujours 20 ans après) ont eu ce type de climat qui nous est familier ;-). Certains ont les terroir pour, d'autres non, la vigne, dès maintenant, ne ment pas. Certains ont la connaissance et les moyens de prendre des décisions rapides (en particulier sur la gestion, très différente, de la végétation et de l'herbe), d'autres n'ont ni l'un, ni l'autre. Bref, tout sera cette année encore question de moyens, financiers, techniques et intellectuels. A aujourd'hui, en tout cas, tout est réuni pour un TRES TRES grand millésime, sachant que pour moi 2010 ne m'a, pour l'instant, toujours pas convaincu, son style étant trop démonstratif. J'attendrai de voir les vins en bouteilles, mais je reste un fan de 2005 et, pour certains crus, de 2001 qui me parle vraiment souvent.
Bon, on devrait voir sortir les premiers en début de semaine, en hausse modérée, soit autour de 550 en première tranche, soit de bonnes affaires à faire... Préparez vos cartes bleues en demandant une extension de plafond ;-). Sauf si, bien sûr, Lafite décide de tenter une échappée. Mais je pense que les premiers ont tout intérêt à garder leurs stratégie collective, soit pas plus de 50 euros entre Lafite et les autres Médoc, au départ, pour marquer quand même le coup (le coût ? ;-). Mais bon, je suis pas un expert, après tout... Et Lafite, dont pourtant je suis un admirateur inconditionnel, ne me parle plus, vexé par quelques vérités assénées précédemment. Que voulez vous, c'est la vie...
Sur Cheval-Blanc et son nouveau chai, je m'exprimerai demain, si vous le voulez bien 
Pas de 2010 du Clos des Fées dans la Revue du Vin de France
Pour la première fois depuis la création du domaine, les vins du Clos des Fées ne sont pas cités dans le palmarès du millésime 2010 de la RVF, en kiosque cette semaine. Parce qu'ils sont moins bons, cette année, penseront certains ? Non, simplement parce que nous n'avons pas fourni d'échantillons et n'avons pas accepté les conditions de dégustation. Parce que croyez- moi, 2010, c'est une sacrée bombe !
Cela méritait, je pense, une explication.
De nombreux journalistes utilisent les services de l'interprofession, chaque année, pour réunir des échantillons qui seront goûtés ensuite, à l'aveugle, anonymat fait par le syndicat, tous ensemble, le même jour et dans le même lieu (pas terrible, le lieu, j'en conviens...), en dehors de toute influence et parfois en compagnie des techniciens du cru ou en tout cas sous leur contrôle.
Nous avons toujours accepté la règle du jeu, tout simplement parce que nous la trouvions honnête, juste, seule capable de faire émerger de nouveaux talents – comme nous avons émergé il y a quinze ans bientôt – mais aussi seule capable de nous aider à maintenir notre position de "leader" en nous obligeant à nous confronter à nos "challengers". Une fois cette dégustation aveugle menée à bien, nous avons toujours salué le travail de terrain des journalistes qui cherchaient, chez nous ou ailleurs, à confirmer une émotion, à comprendre un changement, à vérifier une qualité hors norme ou s'assurer que ce n'était pas simplement un mauvais jour.
Une dégustation honnête, à la recherche de jeunes talents, qui ne privilégiait (ni ne désacralisait...) les vins déjà connus, voire célèbres, qu'il est de toute façon toujours excellent, qu'on en parle ou pas, de déguster en bonne concurrence...
Or, cette année, nous avons été limités à un vin par appellation.
Lesquels de mes enfants devais je sacrifier ? Sur la même appellation, devais je envoyer en dégustation un vin concentré ? Un vin de fruit ? La petite Sibérie ? Le Clos des Fées ? De battre mon cœur ? Je n'ai pas su trancher et, c'est avec regret que nous avons donc décidé de ne pas envoyer d'échantillons.
Devant notre refus, il nous a été proposé une visite "sur mesure", afin de goûter les vins qui n'avaient pas été proposés dans le collectif, bien sûr pas à l'aveugle, dans un environnement privilégié (sur notre terrain...), en présence des explications du vigneron, sous son influence, en fait, et, pourquoi pas, autour d'un bon repas. C'est apparemment le privilège de certains. Nous ne sommes pas contre, bien sûr, ce genre de rapport avec les journalistes qui permettent des échanges plus profonds et des explications plus pointues. Mais sur un sujet aussi pointu que les primeurs, elle doivent à notre avis venir après et non remplacer. Sinon, il n'y a plus de justice. Plus de valeur à la critique. Plus d'obligation à fournir un échantillon cohérent. Simplement parce que le journaliste va chez ceux qu'il aime, tout entier empli de ses aprioris positifs. Nous avons refusé. Et, fort logiquement, nous ne sommes pas dans la revue...
C'est particulièrement stupide, je le sais, parce que nous sommes de plus parmi les seuls domaines à vendre à primeur, parmi les seuls à avoir des lots homogènes de vins déjà assemblés et identifiés, parmi les seuls où le journaliste peut donc se faire une idée du vin proposé et, par la suite, avoir un résultat de sa prévision. Mais c'est ainsi.
A un moment de sa vie, il faut être cohérent, avoir une ligne de conduite et s'y tenir.
J'ai toujours refusé, en tant que journaliste, d'aller chez un 1er cru classé déguster un échantillon primeur qui ne voulait pas se "mélanger" à la plèbe. Parce que je pensais que c'était injuste. Manipulateur. A la limite de la malhonnêté. Et surtout terriblement mauvais joueur. indigne d'une élite qui n'accepte pas les remises en question. Oh, je connais les arguments et, bien sûr, j'en comprends certains. Mais j'ai toujours défendu l'efficacité de "l'ascenceur républicain", irremplaçable pour le consommateur mais aussi pour le marché lui même qui ne doit pas se scléroser en tournant sur lui même mais bien accueillir et valoriser tous ceux qui le méritent, qui font des efforts, qui luttent et se passionnent. Entre mettre son vin partout et ne permettre aucune dégustation comparative, il y a une infinité de nuances possibles...
Je n'ai aucune animosité envers la Revue du vin de France et je profite de ce billet pour clarifier mon attitude. Pour le nouvel appel à échantillons pour le guide "GERBELLE-MAURANGE" des vins à petits prix, dont l'appel à échantillons me semble juste, je présenterai bien sûr des échantillons.
Mais je ne pouvais cautionner, parce que je suis désormais de l'autre côté de la barrière, et du bon côté dirons nous, un système de passe-droit contre lequel je me suis toujours élevé. Que m'importerait un éloge public qui se ferait au détriment de mes confrères moins privilégiés ? Il serait pour moi sans valeur.
Avoir des idées, une morale, s'y tenir, montrer l'exemple, voilà qui me semble tout aussi important que de faire du bon vin.
La triste vision du Grand Cru
Les commentaires sur mon précédent billet m'ont, au départ, tour à tour amusé, réjoui ou encouragé. A la première lecture, ils paraissent positifs (drôle, le "petit cuit" ;-), me donnent la pêche. Puis, hier soir, en les relisant pour voir si je pouvais ou devait y répondre, certains d'entres eux m'ont, au final, fait m'interroger, pendant la nuit (j'ai dormi, hein, quand même, pas d'angoisse 
Est-ce là, aujourd'hui, la triste vision d'un grand cru ?
Un domaine qui jette l'argent par les fenêtres, sans que le vin, au final, ne soit meilleur ni n'ait plus de personnalité ?
La propriété de ""vieilles familles implantées depuis plusieurs siècles et de l'autre des groupes financiers et/ou industriels qui investissent massivement pour augmenter la qualité et la valeur de leur investissement" ? Des vins sans vraie passion, avec l'image d'entreprises "avides" ?
Certes, Françis a compris ce que je voulais dire et évoque "l'aspect frustrant de ne pas toujours avoir les moyens de son ambition". Ouf. Car la clé est là, les amis, simplement là. Et cela ne se joue pas dans la cave, mais dans la vigne, dans le quotidien, dans le détail.
Mais reprenons, peut-être, avant, ma vision du Grand Cru.
Elle est bien loin de celle dont sont fiers certains châteaux Bordelais d'aujourd'hui, entrés dans une compétition de "cours d'école" à qui sortira le plus cher, à qui gardera le plus de stock pour faire monter les prix, à qui aura le plus grand chai, le plus moderne, le plus coûteux (le prix est toujours indiqué, l'avez vous remarqué ? ;-), le "dessiné par le plus grand architecte", le plus bling-bling, au final et souvent le plus décalé au milieu d'un vignoble millénaire sur le terroir duquel il est ridicule.
Ces crus là parlent bien de qualité ou de tradition mais on entend au fait l'Ego pur et simple du, bien souvent, néo-propriétaire. Oh, je ne généralise pas, bien sûr, et certains restent dans mon cœur. Mais ma démarche, elle, est à l'opposé du positionnement actuel de certains cru comme des "marques de Luxe", avides de fasciner tout un monde de nouveaux riches (contre qui je n'ai rien si ce n'est de l'admiration, souvent, pour leurs parcours d'entrepreneurs mais qui, avouons le, se fichent totalement de ce qu'il boivent) et qui ont une "communication" de marque de sac à main.
Le Grand Cru n'est pour moi fait uniquement que de trois choses : la recherche de l'excellence; le sens du détail; la conscience de la futilité de ce que nous faisons, du vin, "que du vin" ai-je envie d'écrire.
Une fois ces trois choses acquises, intégrées, mises en œuvre, peu importe ce qui arrive, nous avons fait, nous vignerons, ce que nous avions à faire : de notre mieux.
Ainsi, pour moi, tendre vers le "Grand Cru" n'est pas le fait d'un classement, ni d'un article au Journal Officiel, ni d'une histoire même longue, ni à fortiori bien sûr d'une posture, mais le fait d'une engagement, quotidien.
Et c'est en fait de ce problème, que je voulais parler, problème dans le sens "écart constaté entre une situation de départ insatisfaisante et une situation d'arrivée désirable"* comme me l'expliquait mon ami Philippe P. pas plus tard que mardi. Merci Philippe, un problème, c'est exactement ça 
Tout se fait d'abord à la vigne, les amis, dans le détail, pas simplement la récolte de cette année mais aussi, sur les plantiers de trois, quatre, six ans, celles de 2020 ou de 2040. Tout se fait à la vigne pour garantir, enfin, peut-être, enfin, une récolte décente, sans sangliers; sans vignes attachées trop tard ou relevées trop tard et qu'une Tramontane Pascale vient dévaster; avec des vignes bien ébourgeonnées, sur lesquelles on a pris le temps, pied par pied, d'encourager le développement de jeunes sarments pour les années futures; avec des vignes bien labourées, ni trop tard, ni trop tôt, à la fois pour ouvrir le sol aux pluies, y faire entrer la chaleur du printemps, le libérer de certaines herbes qui, bien que poétiques, n'ont rien de bon à apporter à la vigne; etc, etc, etc.
Nous sommes bien engagés dans cette excellence, bien plus que d'autres qui n'en ont pas les moyens. Aussi, je me réjouis, ce matin, de pouvoir faire tant de choses au milieu d'un vignoble et d'une viticulture qui bat de l'aile, ne faisons pas l'autruche. A défaut de faire le "mieux", nous aurons fait le "bien", ce qui, qui sait, est peut-être la bonne attitude.
P.S. : je me demande si tout ça est bien clair ? .-)
* Bize, Goguelin, Carpenter "le pensé efficace, tome II" (que je n'ai pas lu, ne rêvez pas 
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