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Mon week-end télé avec Hervé

Vous aimez le vin ? La cuisine ? Vous aimez les bluettes sentimentales et pleurez comme une adolescente quand ça finit bien ? Vous partez bientôt comme moi en Californie ? Vous voulez des bons sentiments, des vignobles en difficulté sauvés par l'amour, de l'ambiance familiale qui dégouline de bonheur, des enfants qui retrouvent la joie ?

Ce film est fait pour vous ! C'est ICI.

Bon week-end à tous.

Pour tous ceux qui ont rempli leur premier DA électronique

Eux, ils comprendront... Désolé pour les autres ;-)

Tranquille, dans mon marécage...

Tel Shreck, tranquille, dans mon marécage, déjà passablement énervé par le passage des DAA aux DAE, soit la dématérialisation totale des papiers de douane destinés à l'export, je n'avais franchement pas envie, je l'avoue, de recevoir une nouvelle représentante de notre chère administration française, j'ai nommé la chargée du ressencement agricole.

Elle n'y est pour rien, je le sais. Elle est même, sans doute, embauchée juste pour l'occasion, en CDD, pour quelques semaines, pour faire un travail précaire, ingrat d'où elle retirera un maigre salaire et aucune reconnaissance. Mais voilà, c'et plus fort que moi, aujourd'hui, j'avais déjà ma dose d'administration, de papiers, de formulaires, de déclarations de TVA, de récolte, de production, de n° pacage, de n° CVI, de code Insee, de TVA intra-communautaire, de bordereaux de charges trimestrielles dont j'ai oublié les noms mais dont les montants me donnent envie de courir, de papiers pour arracher, pour planter, pour, pour, pour... Alors, c'est tombé sur elle et, je m'en veux, mais j'ai vraiment été... glacial.

Pendant deux heures, elle a tapoté devant moi, sur l'écran tactile de son PC, chaque opération étant séparée par des minutes entières pendant lequel le-dit PC moulinait je ne sais quelles données ou statistiques, me demandant des informations que j'ai déjà donné des dizaines de fois à des dizaines d'administrations différentes qui, toujours, ne communiquent pas entres elle. Superficie ? Je la donne déjà chaque année, en signalant le moindre changement aux Douanes, à l'INAO, au Syndicat de Cru, à la MSA, à l'Europe. Mais le ministère de l'Agriculture, il peut pas leur demander, hein... Il faut payer quelqu'un pour, encore, venir me voir trois heures, alors que mon métier n'est pas là. Qui me les payent, ces trois heures perdues, pour rien ? "On va vérifier votre n° INSEE. Votre n° CVI. Votre n°...". Je l'avoue, j'ai envie de la jeter dehors, de ne pas répondre à toutes ces questions stupides qui s'enchainent, dont certaines viennent du monde de l'élevage parfois, ou des grandes cultures. Les "avez vous utilisé des herbicides ?" cette année, où je réponds oui, sans qu'on me demande sur combien d'hectares, deux ou trente, est suivi quelques minutes après par un "êtes vous en bio ?". Grandiose.

Devant la lenteur du programme, je prends mon mac et commence à surfer, d'un air distrait, sur Internet. Nous voilà face à face. Je sais, c'est infect. Mais je vais pas en plus faire le joli cœur. Tiens, un autre viticulteur qui arrête. Ca me soulève le cœur. Pourquoi autant, je n'en sais rien ? Parce qu'elle le dit et l'assume alors que tant se cachent pour mourir ? Mais je me dis qu'il y a du avoir une goutte d'eau, un simple truc, minuscule, qui a dû provoqué la décision, faire pencher la balance. Un client qui manque, peut-être, ou un qui ne paye pas. Une blessure, une lassitude du travail physiquement trop dur. Ou un papier, un de plus, une contrainte, celle de trop, qui rend, tout d'un coup, ce métier insupportable alors qu'on l'aime tant, que c'est notre vie.

"Qui prendra la suite de l'exploitation ? Le successeur est il trouvé ? Sera t'elle vendue ? Va t'elle disparaitre ?". J'ai comme un blanc. Si ca continue comme ça, si les contraintes continuent, sans aucun doute disparaitre. Parce personne ne veut plus, ne peut plus supporter tout ce fatras de normes, de règles, de principes de précaution, d'impôts, de taxes, de papiers, de dématérialisation, de contrôles dignes de la Gestapo, d'amende, de peur, de risques, de formations obligatoires, de ce carcan qui ne fait qu'augmenter et serrer, de plus en plus fort, jusqu'à vous tuer ou vous faire quitter le métier . Et qu'au final, plus personne ne choisira ce métier.

Les questionnaires sont finis. Nous nous quittons, sans un mot, ou juste alors un au revoir du bout des lèvres. Désolé. Mais ce jour là, c'était au dessus de mes forces.

Nouvelle version, toute en douceur

Nouvelle année, nouvelle version de ce blog. Bon, pour vous, peu de changement, mais une évolution minime de DotClear, le moteur de blog communautaire qui anime ce blog.

Quelques nouveautés cependant :

- la possibilité de suivre les commentaires d'un billet et d'être donc tenu au courant des réactions à ses réactions;

- la meilleure identification visuelle de mes réponses;

- la possibilité de mettre des vidéos, ce qui me frustrait un peu de temps en temps.

Tout semble marcher, merci Wilfried !

C'est parti pour une nouvelle année.

P.S. : ça me semble aussi un peu plus rapide, mais c'est sans doute une impression...

Troisième bonne résolution : lire ou relire Jules Chauvet

On devrait tous avoir lu Jules Chauvet.

Ca remet les idées en place.

Pour le vigneron, ça permet même parfois de se remettre lui même en place et d'arrêter d'avoir la grosse tête. Je le conseille particulièrement aux extrêmes, les "tout chimique/œno " et les 100% bio/nature...

Parce que Jules, il a mis le doigt sur tellement de choses, qui, aujourd'hui, sont à la mode...

L'influence du terroir, sa nécessaire domination du cépage; l'importance des arômes et leur modification par une infinité de paramètres, les engrais utilisés, pour ne citer que cela; la nécessaire question du verre, il est à l'origine directe de la forme du verre INAO qui a tant fait, dans les années 70, pour la dégustation; la définition de la "tension", qu'il expliquait si bien; la nécessité d'une hygiène parfaite, qui seule, permettait d'éviter les maladies et l'emploi massif d'intrants "guérisseurs", à l'époque; la nécessaire différence entre un vin qui est bon et un vin qui nous attire, les deux n'allant pas toujours de pair; la nécessité d'employer peu de SO2, surtout au bon moment si on le fait; le danger des anti-botrytis sur les levures indigènes et la supériorité gustative de celles ci, la plupart du temps, sans qu'il ait jamais pu expliquer pourquoi; l'évidence, à la fin, pour le passionné au bout de la route, de l'envie du "vin nu", sans rien, même pas du bois, qu'il aimait pourtant beaucoup, raisonnement qui aura inspiré toute une génération de vignerons actuels qui ne l'ont même pas lu, pas essayé de le comprendre, nié même l'essentiel du travail, du détail, de la précision, de l'humilité dans l'élaboration du vin nature qui se doit être "meilleur" et non se réfugier derrière un dogme quelque qu'il soit pour justifier ses faiblesses. 

Bref, ça, entre d'autres choses, fascine chez Jules Chauvet, sans oublier une façon de déguster, toute en nuances, en précision, en attention, où la structure, la dynamique, la forme dans l'espace, la liaison entre les composants et leur place dans un vin est étudié. Loin des commentaires bidons de certains dont la plus parfaite illustration est ICI, sur l'excellent site Château Loisel.

Lire ou relire Jules Chauvet, c'est aussi et enfin se rendre compte combien l'œnologie moderne a progressé, combien elle explique des choses que Jules aurait adoré connaitre ou découvrir, comment elle est pour autant toujours incapable de nous expliquer pourquoi, entre deux vins à l'analyse chimique identique, l'un est jugé bien meilleur que l'autre.

Encore un homme que j'aurais pu, que j'aurais dû rencontrer. Mais l'occasion ne s'est pas présentée...

La plupart des ouvrages de Jules Chauvet sont disponibles chez l'excellent et le passionné éditeur Jean-Paul Rocher, ICI

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