Le Clos des Fées au jour le jour
Twenty-first day - In the “Trou du Cheval” (Hole of the Horse)
Finally, we harvested the Carignan from the "Troua del Caball" after three years of total destruction by wild boar...
The fence was expensive, but in the end, we have a beautiful vat of Carignan.
At the tail end of the valley north of Vingrau, we are the last to cling to this place lost in a mountain of limestone.
A crack in the mountains around this place allowed smugglers, long ago, to cross the border between France and Spain, before the Treaty of the Pyrenees in 1659, fact known by any Catalan... The split of Catalonia created the areas we know today, and vicious repression to gradually eradicate the "Catalan" spirit, its language, culture and cuisine swept across the region. Well, we’re not trying to rewrite history, but we can safely say that in its collective unconscious, the department still suffers the trauma.
History is nice, but let’s focus on Carignan ... Wild boars could not cross the fence, but the bees from my dear beekeeper neighbor did, so much so that the first two vines from each row saw their grapes emptied by the trunk of our winged friends. It’s not a problem and a fair compensation for services they give us.
The badger family learned that barb wire stings, and now passes under the gate. Thrushes and other birds go to the last healthy vines from this sector, but after all, we are in an ecosystem and we’re cultivating bio-diversity, right?
What remains is beautiful, a little thirsty due to the unbelievable weather, but just enough, with no trace of raisining.

Actually, do you want to see what "loaded" looks like this year?
It looks like this.... With branches bent under the weight of fruit...

But everything is fine, everything is ripe, and, fortunately, all is not like that
We spent the day bottling Walden, using a new traceability system, restrictive, but ultimately reassuring for everyone. I’m starting to enjoy it...
In the evening, we had no hot water...
Oops, we needed to order some oil, of course, but the additional week made us forget.
If you want to save the planet, no problem, I confirm: when you wash in cold water, you make great savings... Brrrrr
It’s almost the end; it’s almost the end...
Vingt et unième jour - Dans le Trou du Cheval
Enfin, nous les vendangeons, ces carignans du "Troua del Caball", après trois ans de destruction totale par les sangliers...
Le grillage a coûté cher, mais, à la clé, une belle, une magnifique cuve de Carignan.
Au bout du bout de la Vallée nord de Vingrau, nous sommes les derniers à nous accrocher à ce lieu perdu, au pied d'une montagne de calcaire.
Une déchirure dans la montagne permettait aux contrebandiers, il y a bien longtemps, de franchir la frontière entre la France et l'Espagne, qui devait être par là, avant le traité des Pyrénées, en 1659, comme tout bon Catalan le sait... La division de la Catalogne prend la forme qu'on lui connait aujourd'hui, et une répression dont on pas idée va balayer le département pour extirper peu à peu l'esprit "Catalan", sa langue, sa culture, sa cuisine. Bon, on ne refait pas l'histoire, mais en fait on peut dire que, dans son inconscient collectif, le département subit encore aujourd'hui ce traumatisme.
Bon, c'est bien beau, l'histoire, mais parlons Carignan... Les sangliers n'ont pas pu franchir la clôture, les abeilles de mon cher voisin apiculteur oui, au point que les deux premières souches de chaque rangée voient leurs raisins vidés par la trompe de nos amies ailées. Pas grave, et juste rétribution des services qu'elles nous rendent.
La famille blaireau locale a appris que le barbelé, ça pique, et passe désormais gentiment sous le portail. Les grives et autres volatiles se servent dans la dernière vigne en bon état du secteur, mais après tout, on est dans un écosystème et l'on cultive la bio-diversité, non ?
Ce qu'il reste est magnifique, un peu assoiffé par la météo hallucinante, mais à point, sans trace de passerillage.

Au fait, vous voulez voir ce que c'est, une souche "chargée" cette année ?
Ca ressemble à ça.... Avec des branches courbées sous le poids des fruits..

Mais tout est beau, tout est mûr, et, heureusement, tout n'est pas comme ça 
Journée de mise à bouteille à Walden, avec mise en place d'un nouveau système de traçabilité, contraignant, mais, au final, rassurant pour tout le monde. Je vais finir par y prendre goût...
Le soir, pas d'eau chaude...
Ah, on devait faire livrer du fioul, bien sûr, mais cette semaine supplémentaire nous a fait oublier.
Si on veut économiser la planète, pas de problème, je confirme : quand on se lave à l'eau froide, on fait de grandes économies... Brrrrr
Ca se termine, ça se termine...
Vingtième jour - Take a break in the rush
Quatre octobre. Une journée de pause s'impose.
Une petite équipe est envoyée sur un nouveau projet, dont je vous parlerai s'il réussit ;-), et au moment de la pause, on voit que la tension, peu à peu, retombe.
Si tout va bien, il ne nous reste que trois ou quatre jours de vendanges.

Le temps au chai de faire un nettoyage style "hôpital", en soignant recoins et détails. Le soir, ça brille et ça fait plaisir.
Un décuvage s'impose, pour liberer une cuve et à peine séparé de son marc; le moût où il reste quelques grammes de sucre est transporté à l'autre bout du village, où il va se blottir dans une vieille cuve en béton, qui, depuis dix ans, affine vraiment bien tous les vins qu'on y met dedans. Ah, la cave de "Josette" (du nom de la personne bénie qui nous l'a vendue, il y a quinze ans)... Ses grandes cuves en béton armé, aux murs de 50 cm de large devaient être une malédiction à démolir. Au final, divisées, réparées, désinfectées, elles nous auront cette année encore sauvé la mise...
Préparation en parallèle de la mise en bouteille du Domaine de la Chique 2010. En pleine vendanges encore, c'est pourtant indispensable, ne serait ce que pour faire un peu de place afin de bien décuver, soutirer et élever le nouveau millésime. Toutes les matières sèches sont bien arrivées, les analyses avant mise sont OK, on peut y aller. On voit les progrès réalisés depuis quatre ans au niveau culture, enfin.
Dans l'après midi, grand tour des dernières vignes, en prenant son temps, pour voir si tout résiste bien au climat, qui, vraiment, est avec nous cette année. Tout est magnifique, les derniers Carignan et Mourvèdre et, en regardant la température, pas loin de trente degrés; et le ciel bleu, j'ai du mal à croire que nous sommes en automne. On décide du programme des deniers jours, avec deux petites journées et une grosse...
Au soir de cette journée un poil plus détendue, tout brille et nous sommes prêts pour l'assaut final.
Dans la cave, un garde vin mystérieux...
Mathilde, j'ai besoin de conseils ! 

Nineteenth day – on the main square
In the evenings, on weekends, exceptional weather makes everyone want to go back to the fundamentals of village life hanging out on the main square to chat.
Children play, skate, ride their bikes, shout, play boules and groups are formed.
I am trying to recover. Actually, I only write about the days of harvest, but over the weekend, nothing stops and work goes on all day or almost all day: racking, pumping over, visits in the vineyards, paperwork and traceability.
I chat with Pierrot about everything and nothing: The harvest of one or the other, the vintage, the harvest and especially the past. In the end, we always come back to the past. At that time, in the 60's, when there were 360 members in the cooperative, he recalls producing one year, 28 000 hl. With wooden buckets, carriages and horse drawn carts. This year, the cooperative disappeared; merging with two others in the valley and it is unlikely that these three will be able to reach these kinds of yield, despite the abundance of grapes...
We speak of the "Bacs" (Bins), the steep northern slopes which are so hard to tend because of their steep slopes, but they also gave pride and certainly produced the best grapes. There was talk to abandon them, which had been expected, without imagining that the "Plats" (Flats) would suffer the same fate. Same with a place called "La Gare" (the Station), where the harvest took five carriers for four pickers because the vineyard was so steep and far from the closest road. It was another time. But they sang, told Pierrot, each team having their songs, and the "Colles" (pronounced COYE) were calling each other from one vine to another, gathering for lunch around 10 am, grilling chops over coals and gently making fun of each other. It was hard work, but joyful.
When I finish this short post, I will begin to write two certified letters. One for a grape picker, who spat on his neighbor on Friday, then hit another, this morning and for a lovely lady who attacks me in labor court because we told her that the harvest was over. But she considered that her harvest contract extends until the 30th, and she is claiming the balance of her pay (the hours she has not worked, because the harvest was finished at La Chique). I am likely to lose. Yet I cannot provide contracts with no end date. A paradox that does not shock anyone, the end date of a crop can’t, by definition, be planned in advance. Then, if I have time, I will file a complaint to the police for siphoning my refrigerated diesel truck overnight.
When did so many of us have lost their joy of working, helping each other, mutual consideration, courtesy, honesty?
Fatigue makes this kind of thinking more depressing than at other times...
PS: Friday, some pickers, earned more than 2000 Euros net between the very lucrative "harvesting contract", rigorously paid here, and overtime... They deserved it.
Dix neuvième jour - Sur la place
Le soir, le week-end, le temps exceptionnel donne envie à chacun de revenir aux fondamentaux de la vie du village : passer sur la place, pour discuter un peu.
Les enfants jouent, patinent, vélocipèdent, crient, on joue aux boules, les groupes se forment.
J'essaie de récupérer. Je ne vous raconte en fait que les jours de vendanges, mais la fin de semaine, rien ne s'arrête et c'est toute la journée ou presque : décuvages, remontages, visites de vignes, papiers, traçabilité.
Je discute avec Pierrot. De tout. De rien. Des vendanges de l'un ou de l'autre, du millésime, de la récolte, du passé, surtout. De fil en aiguille, on en revient toujours au passé. Au temps, dans les années 60, où il y avait 360 adhérents à la coopérative et où l'on avait fait, se souvient t'il, une année, 28 000 hl. Avec des comportes en bois, des carioles et des chariots tirés par les chevaux. Cette année, la cave a disparu, fusionnant avec les deux autres caves de la vallée et, sans doute, à elles trois, elle n'atteindront sans doute pas ce volume, malgré l'abondance des raisins...
On parle des "bacs", ces versants nord escarpés, qui donnaient tant de peine, vu les pentes, mais tant de fierté aussi et les meilleurs raisins, sans doute. On parle de leur abandon, que l'on avait prévu, sans imaginer qu'on abandonnerait aussi les "plats", un jour, maintenant. De la vendange du lieu dit "la Gare", où il fallait cinq porteurs pour quatre cueilleurs tant la vigne était pentue et loin de la première route. Un autre temps. Mais on chantait, me raconte Pierrot, chaque équipe ayant ses chants, et les "colles" (prononcez COYE) s'interpellaient de vigne en vigne, se réunissant pour casser la croute, vers 10 heures, faisant griller cotelettes sur la braise, en se moquant gentiment les uns des autres. C'était dur, mais joyeux.
Lorsque je j'aurai fini ce cours billet, j'entamerai deux lettres recommandées. Une pour un vendangeur, qui a craché sur son voisin, vendredi, puis en a frappé un autre, ce matin; une pour une charmante dame qui m'attaque au prudhomme parce que nous lui avons expliqué que les vendanges étaient terminées. Mais elle considère que son contrat vendange va jusqu'au 30, alors, elle me réclame son dû (les heures qu'elle n'a pas travaillées, parce que les vendanges sont finies à la Chique). J'ai des chances de perdre. Pourtant, je n'ai pas le droit de faire des contrats sans date de fin. Un paradoxe qui ne choque personne, la date de fin d'une récolte ne pouvant, par définition, être prévue à l'avance. Ensuite, si j'ai le temps, j'irai porter plainte à la gendarmerie pour le siphonage, dans la nuit, du gasoil de mes camions frigo.
A quel moment tant d'entre-nous ont-ils perdu joie de travailler, entraide, considération mutuelle, politesse, honnêteté ?
La fatigue rend ce genre de réfléxions plus déprimantes qu'à d'autres moments...
P.S. : Vendredi, certains vendangeurs, entre le "contrat vendanges", très avantageux et les heures supplémentaires, strictement payées chez nous, auront touchés plus de 2000 euros net... Ils le méritaient.
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