On the Road Again

Cherchez l'intrus

Dégustation Wine Club les Echos/Wine & Co, jeudi soir à Paris...

En lisant la liste des impétrants, j'ai pensé au jeu fait avec Noé, hier soir, au moment de l'histoire du soir... Après le jeu des 7 erreurs, le "cherchez l'intrus" ;-)

Voyez plus tôt : 

Château Lagrange

Champagne Dom Pérignon

Château Phélan-Ségur

Château La Dominique

Château Sociando-Mallet

Château Angélus

Le Clos des Fées

Domaines Paul Jaboulet Aîné

Maison Louis Jadot

Champagne Jacquesson.

Me voir au milieu de tous ces noms légendaires me fait quelque chose, je l'avoue.

Quoi ? Je ne le sais pas moi même. Difficile de réaliser, trop dans son travail...

Après une journée de labeur, au dessus du garage, impossible de savoir où en est le prestige, la notoriété ou la réputation du Domaine.

j'espère que les vins seront simplement à la hauteur, plaisants, charmeurs et plus, si un peu de chance.

Température prévue : moins treize , un temps Sibérien ;-)


Le grand soir

Retour à Lucerne. Quand je vous dis que la Suisse, c'est une grande ville. Bon, en même temps, les périodes de transfert, vu la circulation, ça permet un petit somme. Le temps est gris.

On est sur le lac, au Palace. Rien que ça. Et oui, il faut ce qu'il faut. Quand on veut devenir un grand vin, il faut en accepter TOUS les attributs...

C'est dans ce genre de moment qu'avoir fait l'école hôtelière vous sert drôlement. J'ai travaillé dans ce genre d'endroit. J'aime ce genre d'endroit. J'ai du respect et de l'admiration pour ceux qui y travaillent. Je m'y sens bien. Limite détendu, je l'avoue. Ce n'est pas le cas de tous les vignerons dont je comprends aisément le "décalage"

Bon, à quelques minutes du grand dîner, la tension monte un peu quand même... ;-)

Les Clos des Fées sont bien en place, dans les vitrines qui tapissent les murs de l'entrée du restaurant "Jasper". Je vous ai dit que j'aimais beaucoup Richeaume ? C'est un des cinquante vins de mon panthéon personnel qui mériteraient à mon avis d'être plus connus. Dans mes vieux jours, ferai-je un guide qui s'appellera comme ça ? J'en doute un peu. Mais buvez Richeaume, en attendant.

palace1.jpg

La table est mise. Avec une table comme ça à la maison, je suis sûr de gagner à "un diner presque parfait" ;-), le personnel est prêt, on file au bar pour l'apéritif.

palace1.jpg

J'y retrouve des clients qui étaient déjà venus il y a trois ans. Ca fait chaud au cœur. J'aime bien cette idée de club, autour du monde, de cette sorte de communauté-clos-des-fées, qui m'évoque la solide communauté de l'anneau et non les communautés où je suis passé dans les années 75, orientées "fromage de chèvre" et "travail artisanal du cuir". Ce sera pour mes mémoires, hein...

Frank va assurer la traduction. A notre dernier passage ici, il était sommelier. Il sait que ça va pas être facile ;-). On s'assied. Il attaque en racontant que le chef, parti depuis, ne s'est toujours pas remis de notre passage et qu'il garde des trois diners un souvenir impérissable. Après avoir tout changé dans ses menus et dans ses plats, tout le monde avait fait un grand mariage met-vins, le troisième soir et ceux qui avaient assisté aux trois, appris qu'un mariage met-vin, c'est du boulot et c'est collectif. Ou ce n'est rien. 

En moi même, je me dis que si ça commence comme ça, plus personne ne m'invitera plus à diner ! Pourtant, il n'y a pas moins exigeant que moi ! Des coquillettes, un morceau de jambon, un coup de rouge de qualité, rien de plus et la vie est belle !

Allez, on y va. Comme d'habitude, ça part dans tous les sens et le pauvre Franck soufre à la traduction. Je dérive un peu au début, ayant du mal à trouver mes marques, et puis, au final, ça semble bien se passer. Il nous reste deux petite Sibérie, et on va pas les ramener, hein. Ce sera le bonus de la soirée... On bricole vite un morceau de fromage. Aux grands vins de l'année suffit un fromage bien né...

Désolé pour la chef, j'étais trop concentré pour prendre des photos... Les plats sont forts bons, très léchés, super présentés, les produits excellents, les cuissons parfaites. Un peu plus de citron dans l'entrée aurait un peu plus magnifié le blanc... Un peu plus de croustillant sur la pâte feuilletée, pour les sorcières. Un peu plus de sauce avec le cochon laineux, mais super, les deux cuissons avec les deux vins, Vieilles Vignes et Clos des Fées. Dans l'ensemble, c'était parfait.

Nous nous éclipsons doucement : tout le monde est bien, apaisé, et a envie de rester. Nous, avion à l'aube demain, alors dodo.

Au revoir la Suisse. A bientôt.

The Artist

Il faut aller voir ce beau film muet. C'est beau, le muet. Nous les vignerons, il faut être bon à l'oral, mais aussi en muet ;-) Car souvent, on ne parle pas la même langue.

Mais le non-verbal, c'est bien aussi. Tu me montres un vin, et je comprends qui tu es. Je t'en montre un, et tu comprends pourquoi je vis, parfois qui je suis.

C'est un peu ça qu'on a fait avec Didi, le lendemain, à Zurich, dans son restaurant Didis frieden

Un chef qui aime et connait le vin. Qui prend le temps, alors que le service démarre, pour s'attabler et se concentrer à fond sur les vins. Il a entendu vaguement parler du Clos des Fées. Il ne parle pas Français, mais le comprend pas mal, au niveau de la gastronomie et des vins. Je ne parle pas Allemand, mais je le comprends pas mal, au niveau de la gastronomie et du vin. Le vin fait la liaison. Christian, notre importateur en Suisse, aussi, mais bon, c'est clair, la barrière du langage filtre stérile nos propos respectifs.

Pourtant, j'ai l'impression vraiment qu'un truc se passe. Une lueur. Si nous parlions la même langue, que nous serions nous dit ? Serions nous devenus des "meilleurs amis"... Si j'avais trois souhaits (oui, je continue à aider les veilles dames avec des fagots rencontrées dans les bois, à mettre du beurre sur les pattes des souris en difficulté et à laisser vivre quelques grenouilles dans la cave ;-), l'un d'entre eux serait : comprendre et parler une quinzaine de langues...

Vous restez déjeuner ? Oui, Didi, pour rien au monde je ne manquerai ta cuisine. Une petite entrée, deux plats ? OK. Mais pas de dessert, on a un gros diner ce soir. Et tu choisis les vins...

L'entrée est très légère, très fraiche, visuellement très réussie :

didi1.jpg

Elle est merveilleusement mise en valeur par un cépage autochtone à la Suisse que je n'avais jamais goûté, ni d'ailleurs jamais entendu parlé : le Completer... 2 ha subsitent, perdus dans une vallée des Grisons. C'est... étonnant. Je n'ai trouvé qu'un article sur la chose sur internet et le journaliste décrit pour une fois si bien ce que j'ai goûté que je vous mets son article en lien, ICI. Un vin "ethnique"... J'adore. Pierre-Emmanuel Buss me semble un journaliste tout à fait rencontrable ;-) L'envie de monter un jour découvrir ces vignerons qui tiennent "une taverne" me titille sérieusement, c'est dire...

didi1.jpg

Deux grands plats, les amis.

Des lentilles (j'adore ça...), crémeuses, un foie gras poêlé, parfait, un petit sabayon autour. C'est fondant, rassurant, riche et léger à la fois. C'est délicieux avec un bon merlot di ticcino, légèrement animal au nez (si vous voyez ce que je veux dire...) mais fort bien fait au demeurant. Dommage...

didi4.jpg

Vient ensuite la révélation du déjeuner, qui ressemble à ça :

didi4.jpg

Alors au début, on a un peu de mal... Un morceau de filet de bœuf, juste saisi autour mais chaud à coeur, sans doute cuit à basse température sous vide puis rapidement marqué à la poêle. Dessous, une sauce brunâtre, avec des bouts... j'aime cru, j'aime saignant, mais bizarrement, bleu, j'ai du mal.

Une bouchée de sauce vous indique la direction : ragoût de bœuf, longuement mijoté. De la queue ? oui, de la queue. On goute alors les deux en même temps. Ouahhh. C'est très, très étrange. La sauce enrobe le plat, le déforme, rend le cru cuit instanément. Les yeux bandés, on ne serait incapable de dire d'où vient le fondant, d'où vient le mijoté. C'est tout simplement délicieux, nouveau, créatif. Tout le monde comprend t'il ce genre de plat ? J'en doute un peu. Il faut une bonne dose de Salvador Dali dans sa tête pour en saisir tout le délire ;-)  Mais pour moi, c'est du tout, tout grand et à mon avis, il a fallu cogiter un long moment pour mettre ce truc au point.

Il est déjà tant de partir. Didi est au fourneaux, pas vraiment le temps de parler... Mais avec l'addition arrive une assiette qui nous fait fondre à nouveau :

didi1.jpg

Comme c'est gentil... MERCI Didi. On se quitte avec regrets, sans savoir si nous nous reverrons un jour...

Mais oui, Didi, on se reverra, chez toi ou dans le Roussillon.

O-bli-gé...

A Lucerne, avec Liza

Nous voilà à Lucerne.

La Suisse, mon ami Markus me dit fort justement qu'il ne faut pas la voir comme un pays mais comme une grande ville de 7 millions d'habitants (il y en a 5 dans paris intra-muros, 12 avec la banlieue, 37 millions à Tokyo...), avec des quartiers (Genève, Zurich, Lucerne, Bâle, etc.), séparés par de grands parcs. J'y ajoute : avec beaucoup de zoo, spécialisés dans les vaches ;-). 70 km entre la fin de Zurich et le début de Lucerne, s'il n'y avait pas de circulation, ce serait la porte à côté.

Lucerne, c'est beau. C'est la capitale touristique de la Suisse et le dernier chic Chinois est parait-il de venir s'y marier. Au printemps, parce que là, c'est trop tard, bien qu'il fasse doux. Doux, mais brumeux. Nous sommes là pour le lancement des Vieilles Vignes chez Globus, une chaine de grands magasins avec de belles épiceries et de grandes caves. C'est déjà un honneur d'être là. Une dégustation, m'a dit Franck. Pas plus. Hum.

Rendez vous dès 17 heures au KKL luzern, un immense centre de musique, de culture et de conventions.

Je ne suis pas le plus grand fan de Jean Nouvel, mais là, je l'avoue, je suis bluffé... Le gigantesque auvent qui descend jusqu'au lac est magnifique de loin, somptueux de près et impressionnant lorsque l'on est dessous. Le soir tombe sur le lac, c'est sublime.

Rendez vous au club du troisième étage. Briefing. Dixvins. C'est le nom de l'évènement. 50 clients, les meilleurs (comprenez les plus importants...) du magasin.

Dans les dix vins, en vedette, il y a par exemple Dom Pérignon oenothèque 1993, pour vous montrer un peu le niveau. On a vingt minutes, chacun, devant les cinquante personnes, pour parler de soi et/ou de son vin. Pour convaincre ? Pour séduire ? Pour charmer ? Pour enseigner ? C'est libre. Ce n'en est que plus difficile.

En regardant la nuit qui tombe sur les jaguar et autres nouvelles Range Rover "Evoque" qui vont et viennent pour amener les clients, je me demande ce que je vais dire. Parce que je n'ai jamais eu, et n'aurai jamais, je pense, de discourt pré-formaté, pré-maché...

globus1.jpg.

L'exercice, mano a mano, n'est pas facile. Je me demande un peu où je suis et pourquoi moi.

Si l'on m'avait dit, un jour, que le Clos des Fées serait un jour «au sommet», à côté de Dom Pérignon dont les magnifiques refroidisseurs attendent les convives de pied ferme, dans une tranquille assurance, diraient certains...

globus1.jpg.


On est en Suisse, donc très en avance. J'ai le temps. Le nez à la fenêtre, toujours, perdu dans mes pensées, toujours, un air arrive dans ma tête, tourne, et ne me lâche plus de la soirée.

En moi, je ne peux m'enpêcher de fredonner :

"If i can make it there, I'll make it anywhere..." .../..."I am about to make a brand new start/and find I'm king of the hill, top of the list/Head of the heap/King of the Hill"... New-York, New-York... Liza est dans ma tête, et moi et je ne peux me retenir de sourire : jamais je n'ai été aussi peu intéressé par arriver au «sommet» d'une pyramide qui pour moi n'a plus aucune signification, jamais les «notes» ne m'ont d'avantage semblé loin de ce je ressens quand je bois un bon vin, jamais je n'ai jamais autant pensé que je ne faisais QUE du vin, une boisson destinée simplement à rapprocher les hommes.

La soirée commence. Puis, voilà, allez, c'est le moment. Trois vignerons ont déjà délivré leur bonne parole, avec plus ou moins de bonheur et/ou de style. Je tire un tabouret, je m'assieds, pas question de le faire debout. On va juste parler du vin, du terroir, du travail quotidien, des jours et des nuits, du soleil et du vent, de l'été et de l'automne, de ce qu'il y au dessous du sol et au dessus du sol, et ça va bien se passer... Je n'ai nulle honte à avouer mon ignorance, ayant fait mien depuis longtemps ce beau proverbe japonais : «celui qui montre son ignorance la montre une fois; celui qui essaye de la cacher la montre plusieurs fois»...

Voilà, c'est terminé. Le vin était conforme à ce que j'espère de lui, mûr, droit, stylé, explosant de fruit. Je n'en demandais pas davantage et surtout pas qu'il soit obligatoirement «le meilleur» ou «le plus gros» mais simplement celui qu'on a envie de mieux connaître, d'en faire son compagnon pour un jour ou pour toute la vie. Je n'ai sans doute pas donné de réponses ni affirmé mes certitudes, mais j'ai en revanche planté pas mal de graines de nombreuses questions ;-) Et voilà Franck, du boulot pour toi cette semaine, à répondre à tous les sujets que nous avons survolés, dont certains très étranges ;-)

J'ai rencontré des vignerons super, dont un vigneron Argentin et un autre du Tessin, aussi passionnants que sympathiques, qui m'invitent chez eux, dommage que je n'aurai sans doute jamais le temps d'aller un jour les voir... Mais qui sait, après tout, la vie est pleine de surprises, la preuve, je suis là, au sommet du KKL...

Nous rentrons à pied, le long du Lac, il fait doux. La vie est belle.

Come on, 

Come through,

New York, New York ;-)


Si peu de temps, tant de choses à échanger

Deuxième belle rencontre à Zurich au Caduff"s wine loft

caduff5.jpg

Il y a comme ça de ces lieux où on se sent bien, tout simplement. Une ambiance d'ancien atelier, et oui, de... loft, on sent qu'ici on travaille avec sérieux, application et passion.

Beat Caduff aime cuisiner, il fait parait-il, une émission de télé réputée. Il aime aussi tirer sur les sangliers, il est vraiment le bienvenu à Vingrau où l'on organisera quelque chose pour lui ;-)

Il aime surtout le vin et on se met pas vraiment à déguster, mais bel et bien à boire des coups ensemble ;-) Les vins, là encore, sont dans un bon jour et racontent une histoire avec charme. Mais bien sûr, trop peu de temps pour arriver vraiment à parler de notre passion commune...

Au mur, des bouteilles vides lancent un message fort : ici, on boit du lourd ou du léger, du prestigieux comme de l'inconnu, du bon, surtout.

Les tables sont larges, on a ses aises. C'est tellement rare, aujourd'hui, qu'on le savoure pleinement. On sent qu'on pourra ici prendre son temps, boire à son rythme.

caduff5.jpg 


Carte courte, intelligente, on fait vite son choix, et puis on descend à la cave, chercher son vin, soit avec le patron soit avec un sommelier, qui vous pilote dans ce  joyeux fouillis qui donne vraiment envie de remonter les bras chargés de bonnes choses...

Il y a de tout, plein de bouteilles intelligentes, des vins d'auteurs, des étiquettes mythiques à prix raisonnable vu l'époque et le lieu (bien que le cours du franc Suisse les rend un peu plus intouchables pour nos portefeuilles en euro...), des piles, des tas, des der de der aussi, que l'on peut choisir en connaissance de cause, des vins d'ici, d'ailleurs, parfois de loin. C'est tentant, joyeux, convivial. Une bonne idée...


caduff5.jpg 


La cuisine est délicieuse, on attaque avec un Lirac 2006 Reine des Bois dont les arômes évolués d'ananas vont parfaitement, et par le fruit du hasard, avouons le, avec des Saint Jacques qui nagent allègrement, même si c'est pour la dernière fois, dans une sauce curry originale, au fruit délicat.

Un bon merlot du Tessin, Pio Rocca, qui sera le meilleur du voyage, mûr mais frais, digeste et fumé, avec un veau moelleux, à la crème et aux morilles, sans chichi mais dont on sauce l'assiette...

Et enfin sans doute la meilleure façon de terminer un repas, un verre de Riesling Moselan, d'un petit producteur encore jamais goûté, parfait dans l'équilibre sucre/acidité, que l'on finit jusqu'à la dernière goutte, signe qui ne trompe pas.

caduff5.jpg


Une adresse à fréquenter, assez unique, comme on aimerait en visiter plus souvent en France. Et une petite place, désormais, pour le Clos des Fées, dans un coin de la cave.

Merci Béat ;-) On t'envoie le poivre promis...

page 1 de 29 -