On the Road Again

J'aime bien Zurich...

Je sais, ce n'est pas très tendance...

Quand on est un vigneron «dans le vent», on rentre de Hong-Kong où l'on s'est agenouillé avec mille chinois devant 20 000 verres de vin et Robert Parker. Ou bien on est à la Villa d'Este, avec la crème de la crème de la «profession», dans une ambiance «point de vue - images du monde», tellement brillante que le commun des mortels ne peut que baisser les yeux devant tant d'intelligence, de luxe, de culture, d'histoire, d'argent.

Je ne critique pas.

Je me sens simplement si loin de ces deux mondes qui, pourtant, sont censés être «le monde du vin» en 2011.

C'est peut-être parce que j'ai relu «le café de la plage», de Régis Franc. Cette ambiance nostalgique, où le vide est aussi important que le plein. Je suis certain qu'il faut dire des choses, pour parler du vin. Mais je suis certain aussi qu'il ne faut pas trop dire et que, autour d'un grand vin, d'un vin juste, on devrait parler d'autre chose, d'amitié, d'amour, de fidélité, de rêve, ou même de rupture, de chagrin, de peur, pourquoi pas, mais pas autant, du vin, justement.

Bon, pendant ce temps, sans vraiment calculer ce qui serait «bon» pour le Clos des Fées, moi, je suis à Zurich. Et comme le voyage Perpignan-Zurich dure presque une journée entière, on a le temps de cogiter. A l'aller. Et au retour. Enfin, à l'aller, pas trop, parce qu'une charmante dame se trompe et vous pique votre valise au premier arrêt du bus Orly-Roissy et que tout d'un coup, la vie s'accélère un peu brutalement ;-). Je vous passe les détails. On y est arrivé.

Donc, les Chinois se prosternent devant Bob, qui brille de ses derniers feux et assure sa retraite. Je suis un peu triste pour lui. A la fin du voyage, lorsque les hasards de la vie auront changé mon programme et amené à choisir sur la carte du Café de la Paix (comment suis je arrivé là ???), bondé de Russes et d'étrangers, un Château Dalem 2005, Fronsac. Ce vin, il l'a noté 89/100, je le saurai plus tard. Pourtant, il a tout. Le soyeux. Le puissance. La finesse. L'égance. La texture. La longueur. Et surtout, on le boit, on veut encore en boire et à chaque gorgée, c'est le bonheur du Bordeaux, tout simplement. Mais bon, voilà, c'est un Fronsac, alors, reniant tout ce qu'on l'on a dit  et fait au début de sa carrière, on lui met une petite note, parce qu'il n'est pas classé, parce qu'il est né là et pas ailleurs. Et on va en première, à Hong-Kong, faire "un ménage" pour les vingt grenouilles qui veulent se faire plus grandes que les premiers crus classés 1855, qui jouent ici le rôle du bœuf (désolé, c'est La Fontaine ;-), entendez les "magical 20" qui rêvent de vendre aussi cher et passer de 40% de marge à 85% de marge. Le "Future" du vin, c'est ça ? Et bien sans moi. Je prèfère les bords du lac, l'automne, le sérieux, la culture et l'ouverture des Suisses et tant pis s'ils ne sont que 7 millions en tout et que donc le «marché» est 171 fois plus petit. Mais tellement plus réel... Sur l'ambiance à la Villa d'Este, sur laquelle je ne m'étendrai pas,il faut lire les quatre billets sur l'excellent blog de Nicolas de Rouyn et se faire son opinion. Sur le «futur du vin» que nous propose Pancho, quand nous aurons vendu nos âmes aux Chinois, il faut regarder ICI.

J'aime Zurich, je sais, c'est pas commun, pour bien des raisons. Les voitures, qui vous laissent passer. L'architecture industrielle, extraordinaire de simplicité et de beauté, au final. L'esprit «graphique» qui semblent habiter une grande partie des ses habitants. Les vitrines qui ont quelque chose de différent, d'étudié, mais, à la fois, de dépouillé. Il y a partout des lignes, des courbes, des couleurs, des matériaux, beaucoup me parlent, m'interpellent, me disent que le monde peut être simple et beau. C'est difficile à expliquer, j'en conviens, mais j'aime Zurich. Et je savoure, au moindre endroit, la qualité des finitions des artisans suisses, mes amis, rois du carrelage, de l'inox, de la menuiserie alu et du grillage, en prenant des photos étranges jusque dans les cuisines ou les toilettes ;-)

Alors, sans doute, parce que j'y viens joyeux, j'y fait de belles rencontres.

La première, c'est chez Swiss Ré. Eh oui, les chemins du vin sont multiples. On longe le Lac, tout appartient ici ou presque à cette immense compagnie de réassurance. On est a l'heure. Eux aussi. C'est suffisamment rare pour être signalé. Ce sera ainsi pendant tout le voyage. La salle est prête. Sur le Lac. On est puissant, certes, mais l'on a pas d'influence, quand même ;-), sur les saisons, et la couleur des feuilles, frolant la perfection, n'est que le fruit d'un merveilleux hasard, l'harmonie entre la brume du lac et la beauté de la nature exigeant un instant d'admiration.

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La table est dressée. Verres Zalto. Eau. Feuille de notes. Crachoirs. Serviette. Sommelier, responsable vin, directeur, tous sont à l'écoute. ll y a là dans cette entreprise une véritable politique vin, pour bien sûr avant tout fournir les restaurants, du personnel, des cadres, des clients qui viennent du monde entier, mais aussi pour proposer aux membres de l'entreprise une sélection de vin à mettre en cave. A ma connaissance, il n'y a pas d'équivalent en France et, pourtant, nos entreprises du CAC 40 pourraient tout à fait faire de même. Ici, on aime le vin, et depuis longtemps.

Les vins se présentent bien. Sorcières énergique, tendu, explosant de fruit dans ces verres au bord très fin qui les mettent vraiment en valeur ce matin. Le blanc est rassurant, les vieilles vignes 2008 et 2009, bien que des mêmes père (moi) et mère (le terroir), très différents, sont passionnants par leurs similitudes comme par leurs différences. Le Clos des Fées est impérial. La petite Sibérie... différente de tout, comme d'habitude.

On parle peu mais en profondeur. On est là entre gens qui boivent et qui ne parlent que de ce qu'ils connaissent. C'est frais, efficace et laisse au plaisir la place qui lui est due : la principale.

Dans la salle sobrement décorée de deux grandes feuilles de chène, simplement dessinées au trait, il y a un petit tableau qui fait de l'œil à la bouteille «d'Images dérisoires», notre petite cuvée joyeuse de Trempanillo. L'Iphone a un appareil photo digne de ce nom, enfin, et il aurait été dommage de manquer cela ;-)

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Pendant les vacances, j'ai photographié de beaux coquillages

Et je tiens à vous en faire profiter, hein ;-)

Ce qui est incroyable, pour un vigneron en vacances, c'est qu'il ne quitte jamais vraiment son univers et, qu'en bon obsédé par le vin qu'il est, il pense toujours plus ou moins à la chose...

Devant ces merveilles de la nature, ces formes et ces couleurs, je l'avoue, j'aime à croire qu'il existe une sorte de dessein supérieur, d'énergie ou d'instruction, de règle ou d'influence qui "sous-tend" la nature, la vie...

En même temps, j'aime l'idée que nous devons notre existence qu'au hasard le plus tragique, et que sur les dizaines de planètes tournant autours des 234 milliards d'étoiles de notre galaxie (au dernières nouvelles, il y aurait 130 milliards de galaxies...), nous soyons terriblement seuls et bientôt disparus...

Je sais, je sais, en bon amateur de science fiction qui se respecte, je sais que l'équation de Drake permet de plutôt estimer le nombre de civilisations extra-terrestre à 72, sans que l'on puisse (pour l'instant...) savoir si toutes boivent du vin ;-)

Bon maintenant, vous le savez, les coquillages et les coraux, ça rend me pensif tellement c'est beau, important, et menacé...


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Je ne connaissais pas ce merveilleux et si beau coquillage collectionneur, qui accroche peu à peu à sa carapace, pour se camoufler, de petits coquillages morts ou des boûts de coraux, en les rendants indissociables de lui même par une goute de carbonate de calcium... Incroyable et si beau... Sommes nous, nous aussi, plein de trucs bizarres que nous avons accrochés à nous au fil du temps ? L'approche des vendanges rend très philosophe et aide à l'introspection... Je me demande si mon ancien psy lit mon blog ;-) Je me demande ce qu'il en pense quand il lit des billets aussi étranges ;-). Je traîne sans doute moi aussi tellement de choses... Est que je met quelque chose de moi dans mon vin ? Sans doute...

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En voyant celui-çi, je me suis dit que la nature était stupéfiante de beauté et que personne n'avait encore construit un chai inspiré des coquillages...

Si j'étais milliardaire, voilà un projet qui m'enthousiasmerait...


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Un chai rond, élégant, par exemple inspiré de ces oursins à ta texture et aux couleurs stupéfiantes...

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Et bien sûr, comme d'habitude, ma plus intense réflexion fut devant la vitrine des nautiles, dont la progression est fidèle à la suite de Fibonacci, elle même permettant de définir le nombre d'or et inspirant de nombreuses créations naturelles (pommes de pain, fleurs, plumage, etc.) et une immense impression d'équilibre sur les constructions humaines qui respectent ce fameux rapport 8/5...

De quoi, parfois, s'interroger... Comme disait Einstein, "le hasard, c'est Dieu qui se promène incognito"...

Bon, je n'ai bien sûr noté aucun nom, alors s'il y a un conchyliologue dans l'assistance, c'est volontiers que je rajouterai les noms...

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G-Day

Bon, je sais, on est dans l'érotisme avec les sites .XXX, c'est la fête des pères et voilà qu'on parle du point "G"... ;-)

Et oui, les amis, le point le plus chaud de Vinexpo, manifestation incontournable vers laquelle je vais rouler dans quelques minutes, ce sera le "G" du mot "Grenache" et la petite sauterie que nous organisons avec tous les fans de ce cépage in-cro-ya-ble.

Alors, si tu ne veux pas mettre de smoking (où si tu te trouves décidément trop boudiné dedans ;-), si tu en as marre des repas bling-bling qui n'en finissent pas et où, vers, minuit, tu tournes ta cuillère dans ta glace en attendant le feu d'artifice et jurant qu'on ne t'y reprendra plus, si tu penses que le vin, décidément, c'est autre chose que "l'industrie du luxe", ou si, simplement, si tu es seul (e) et triste, sur les quais, mardi soir et rêve de rencontrer des vignerons au style de vie différent, et bien tu peux m'envoyer un petit mail à info@closdesfees.com pour me dire que tu viendras, un grand sourire aux lèvres et débordant de ta plus belle "cool attitude" au :

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Les phrases culte du Roussillon Dream Team - HDR 2011

« Carignan is my ugly-duckling » Marjorie Gallet

« Mon Dieu, que ces vignes sont belles ! Oh, mais ce sont les miennes ! » Élise Gaillard

« I'm a tactile man" Hervé Bizeul

« Si tu vas au buffet, reprends de la mayonnaise à la truffe » Christian Dalbavie

Today is the Day...

Réveillé encore plus tôt que d'habitude, vers 5h30, l'esprit est clair et la décision est prise : je vais parler du Clos des Fées mais aussi d'autres choses... Je ne sais pas si c'est une bonne idée, mais je pense qu'ici comme ailleurs, on a envie de partager des émotions plutôt que d'entendre de l'auto-promotion, celle ci se ressemblant, au passage, si je peux me permettre, de plus en plus entre vignerons...

Je tape fébrilement quelques idées sur mon macintosh, des trucs que j'ai vraiment envie de dire, en espérant que Christian ait le temps de traduire, afin de me donner une ligne directrice...

8 heures, il est déjà temps de rejoindre la salle du symposium et de regrouper les documents informatiques, que chacun a préparé. Powerpoint général sur la région, PPT aussi pour le Clos des Fées (bien que je ne vais pas vraiment le suivre) et pour Madeloc, simple enchainement de photos pour Thunevin-Calvet et Roc des Anges.

La journée commence bien, ma clé USB refuse de monter sur le PC de la régie vidéo qui en plus, m'oblige à l'initialiser...

La tension monte soudainement d'un cran...

Jean Roger a la sienne, le transfert s'effectue, sauf que ce qui marchait hier ne marche plus aujourd'hui, un certain nombre de "filtres" manquent au PC et il n'aime pas trop mon document Keynotes... On checke, on vérifie photo par photo, ouf, ça marche enfin mais à peine le temps, du coup, d'avaler un café.

Christian traduit fébrilement. Pas le temps de terminer, mais les grandes lignes sont là. Je devrais m'en sortir. Il faut monter sur l'estrade, le séminaire commence...

Aie, nouvelle tuile : à peine le mac allumé avec le texte dessus, je m'aperçois que dans le fureur du matin, je ne l'ai pas remis en charge... Aurais je assez de batterie, vu que je passe à la fin, ça va être très, très serré. Impossible de bouger, maintenant, de toute façon.

Mektoub...

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Le premier slide apparait. C'est le titre du séminaire : We Have a Dream... Christian se lance pour quelques minutes de présentation scolaire mais indispensable, avec chiffres, situation, climat, production, puis Patrick Comiskey, du Los Angeles Times nous livre sa vision du Roussillon avec un amusant parallèle avec Martin Luther King et un discours avec une pêche d'enfer ! L'ambiance est mise, on peut y aller.

Élise, puis Jean-Roger, puis Marjorie font de brillantes prestations. Marjorie, en particulier, est déchainée et, dans un anglais excellent, fait passer une passion dévorante que tout le monde prend de plein fouet, avec bonheur. En plus, c'est vrai (sinon, ça fonctionnerait pas, d'ailleurs) et c'est intéressant. C'est à moi. Au fond de moi, je le pressentais : la batterie est vide. Plus de "prompteur"... Tant pis, faut y aller...

Bon, c'était mon jour, les amis, ce genre de jour où, soudainement, une sorte de grâce divine vous envahit, vous permet de trouver au fond de vous des ressources insoupçonnées, des capacités que vous ne soupçonniez même pas.

Mon anglais sort sans peine, sans doute plein de fautes, mais le sens est là, la passion aussi, et ce que je dis est loin d'être idiot, je l'avoue.

Je parle bien sûr du domaine, de sa philosophie, mais aussi du terroir-gestalt et de la notion de phénotype, qui permet de comprendre, je pense, bien des choses, notions dont ce blog a eu la primeur. La grâce s'étend aux vins... "de battre mon cœur 2009" fait battre justement le cœur de bien des dégustateurs avec une pureté de fruit et une qualité de texture que je lui avais jamais connue jusqu'à présent. Le Vieilles Vignes 2006 n'est pas le plus concentré du show mais le terroir est là et se pavane; le Clos des Fées 2006 est différent de tous les autres vins goutés ici, dans la concentration et l'élevage, et c'est bien comme ça.

Je suis trop long, on me coupe gentiment, mais j'ai totalement perdu la notion du temps. Pas le temps pour les questions (pas de regrets, je l'avoue, en ce qui me concerne ;-).

Petit détour rapide sur les vins doux naturels avec un Terre de Fagayra sublime de maturité, de fruit et de texture, voilà c'est fini, sous vos applaudissements, s'il vous plait. Les félicitations sincères pleuvent et plus d'une vingtaine de personnes viennent nous féliciter. "Content pour mon territoire", voilà à quoi je pense en l'instant.

Après midi très busy, avec beaucoup, beaucoup de monde, du coup, au stand et des compliments sincères encore qui font chaud au cœur, y compris de vignerons, et pas des moindres... Je crois qu'on a marqué des points.

Le soir, barbecue et country, l'ambiance est plus détendue mais les sourires qu'on me lancent confirment la chose : pour tous les spectateurs, le Roussillon existe (un peu...) désormais, aussi grâce à une série de photos qui a mis tout le monde dans l'ambiance.

Le rêve peut continuer, tard dans la nuit avec un excellent barbecue et un groupe country rock qui met une super ambiance. Puis la finale à Villa Creek, c'est la coutume, pour un concours de margarita...

Mais bon, pour en savoir plus, il faudra y aller ;-). 

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