A Lucerne, avec Liza
Nous voilà à Lucerne.
La Suisse, mon ami Markus me dit fort justement qu'il ne faut pas la voir comme un pays mais comme une grande ville de 7 millions d'habitants (il y en a 5 dans paris intra-muros, 12 avec la banlieue, 37 millions à Tokyo...), avec des quartiers (Genève, Zurich, Lucerne, Bâle, etc.), séparés par de grands parcs. J'y ajoute : avec beaucoup de zoo, spécialisés dans les vaches ;-). 70 km entre la fin de Zurich et le début de Lucerne, s'il n'y avait pas de circulation, ce serait la porte à côté.
Lucerne, c'est beau. C'est la capitale touristique de la Suisse et le dernier chic Chinois est parait-il de venir s'y marier. Au printemps, parce que là, c'est trop tard, bien qu'il fasse doux. Doux, mais brumeux. Nous sommes là pour le lancement des Vieilles Vignes chez Globus, une chaine de grands magasins avec de belles épiceries et de grandes caves. C'est déjà un honneur d'être là. Une dégustation, m'a dit Franck. Pas plus. Hum.
Rendez vous dès 17 heures au KKL luzern, un immense centre de musique, de culture et de conventions.
Je ne suis pas le plus grand fan de Jean Nouvel, mais là, je l'avoue, je suis bluffé... Le gigantesque auvent qui descend jusqu'au lac est magnifique de loin, somptueux de près et impressionnant lorsque l'on est dessous. Le soir tombe sur le lac, c'est sublime.
Rendez vous au club du troisième étage. Briefing. Dixvins. C'est le nom de l'évènement. 50 clients, les meilleurs (comprenez les plus importants...) du magasin.
Dans les dix vins, en vedette, il y a par exemple Dom Pérignon oenothèque 1993, pour vous montrer un peu le niveau. On a vingt minutes, chacun, devant les cinquante personnes, pour parler de soi et/ou de son vin. Pour convaincre ? Pour séduire ? Pour charmer ? Pour enseigner ? C'est libre. Ce n'en est que plus difficile.
En regardant la nuit qui tombe sur les jaguar et autres nouvelles Range Rover "Evoque" qui vont et viennent pour amener les clients, je me demande ce que je vais dire. Parce que je n'ai jamais eu, et n'aurai jamais, je pense, de discourt pré-formaté, pré-maché...
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L'exercice, mano a mano, n'est pas facile. Je me demande un peu où je suis et pourquoi moi.
Si l'on m'avait dit, un jour, que le Clos des Fées serait un jour «au sommet», à côté de Dom Pérignon dont les magnifiques refroidisseurs attendent les convives de pied ferme, dans une tranquille assurance, diraient certains...
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On est en Suisse, donc très en avance. J'ai le temps. Le nez à la fenêtre, toujours, perdu dans mes pensées, toujours, un air arrive dans ma tête, tourne, et ne me lâche plus de la soirée.
En moi, je ne peux m'enpêcher de fredonner :
"If i can make it there, I'll make it anywhere..." .../..."I am about to make a brand new start/and find I'm king of the hill, top of the list/Head of the heap/King of the Hill"... New-York, New-York... Liza est dans ma tête, et moi et je ne peux me retenir de sourire : jamais je n'ai été aussi peu intéressé par arriver au «sommet» d'une pyramide qui pour moi n'a plus aucune signification, jamais les «notes» ne m'ont d'avantage semblé loin de ce je ressens quand je bois un bon vin, jamais je n'ai jamais autant pensé que je ne faisais QUE du vin, une boisson destinée simplement à rapprocher les hommes.
La soirée commence. Puis, voilà, allez, c'est le moment. Trois vignerons ont déjà délivré leur bonne parole, avec plus ou moins de bonheur et/ou de style. Je tire un tabouret, je m'assieds, pas question de le faire debout. On va juste parler du vin, du terroir, du travail quotidien, des jours et des nuits, du soleil et du vent, de l'été et de l'automne, de ce qu'il y au dessous du sol et au dessus du sol, et ça va bien se passer... Je n'ai nulle honte à avouer mon ignorance, ayant fait mien depuis longtemps ce beau proverbe japonais : «celui qui montre son ignorance la montre une fois; celui qui essaye de la cacher la montre plusieurs fois»...
Voilà, c'est terminé. Le vin était conforme à ce que j'espère de lui, mûr, droit, stylé, explosant de fruit. Je n'en demandais pas davantage et surtout pas qu'il soit obligatoirement «le meilleur» ou «le plus gros» mais simplement celui qu'on a envie de mieux connaître, d'en faire son compagnon pour un jour ou pour toute la vie. Je n'ai sans doute pas donné de réponses ni affirmé mes certitudes, mais j'ai en revanche planté pas mal de graines de nombreuses questions
Et voilà Franck, du boulot pour toi cette semaine, à répondre à tous les sujets que nous avons survolés, dont certains très étranges 
J'ai rencontré des vignerons super, dont un vigneron Argentin et un autre du Tessin, aussi passionnants que sympathiques, qui m'invitent chez eux, dommage que je n'aurai sans doute jamais le temps d'aller un jour les voir... Mais qui sait, après tout, la vie est pleine de surprises, la preuve, je suis là, au sommet du KKL...
Nous rentrons à pied, le long du Lac, il fait doux. La vie est belle.
Come on,
Come through,
New York, New York 
Si peu de temps, tant de choses à échanger
Deuxième belle rencontre à Zurich au Caduff"s wine loft

Il y a comme ça de ces lieux où on se sent bien, tout simplement. Une ambiance d'ancien atelier, et oui, de... loft, on sent qu'ici on travaille avec sérieux, application et passion.
Beat Caduff aime cuisiner, il fait parait-il, une émission de télé réputée. Il aime aussi tirer sur les sangliers, il est vraiment le bienvenu à Vingrau où l'on organisera quelque chose pour lui 
Il aime surtout le vin et on se met pas vraiment à déguster, mais bel et bien à boire des coups ensemble
Les vins, là encore, sont dans un bon jour et racontent une histoire avec charme. Mais bien sûr, trop peu de temps pour arriver vraiment à parler de notre passion commune...
Au mur, des bouteilles vides lancent un message fort : ici, on boit du lourd ou du léger, du prestigieux comme de l'inconnu, du bon, surtout.
Les tables sont larges, on a ses aises. C'est tellement rare, aujourd'hui, qu'on le savoure pleinement. On sent qu'on pourra ici prendre son temps, boire à son rythme.
Carte courte, intelligente, on fait vite son choix, et puis on descend à la cave, chercher son vin, soit avec le patron soit avec un sommelier, qui vous pilote dans ce joyeux fouillis qui donne vraiment envie de remonter les bras chargés de bonnes choses...
Il y a de tout, plein de bouteilles intelligentes, des vins d'auteurs, des étiquettes mythiques à prix raisonnable vu l'époque et le lieu (bien que le cours du franc Suisse les rend un peu plus intouchables pour nos portefeuilles en euro...), des piles, des tas, des der de der aussi, que l'on peut choisir en connaissance de cause, des vins d'ici, d'ailleurs, parfois de loin. C'est tentant, joyeux, convivial. Une bonne idée...
La cuisine est délicieuse, on attaque avec un Lirac 2006 Reine des Bois dont les arômes évolués d'ananas vont parfaitement, et par le fruit du hasard, avouons le, avec des Saint Jacques qui nagent allègrement, même si c'est pour la dernière fois, dans une sauce curry originale, au fruit délicat.
Un bon merlot du Tessin, Pio Rocca, qui sera le meilleur du voyage, mûr mais frais, digeste et fumé, avec un veau moelleux, à la crème et aux morilles, sans chichi mais dont on sauce l'assiette...
Et enfin sans doute la meilleure façon de terminer un repas, un verre de Riesling Moselan, d'un petit producteur encore jamais goûté, parfait dans l'équilibre sucre/acidité, que l'on finit jusqu'à la dernière goutte, signe qui ne trompe pas.

Une adresse à fréquenter, assez unique, comme on aimerait en visiter plus souvent en France. Et une petite place, désormais, pour le Clos des Fées, dans un coin de la cave.
Merci Béat
On t'envoie le poivre promis...
J'aime bien Zurich...
Je sais, ce n'est pas très tendance...
Quand on est un vigneron «dans le vent», on rentre de Hong-Kong où l'on s'est agenouillé avec mille chinois devant 20 000 verres de vin et Robert Parker. Ou bien on est à la Villa d'Este, avec la crème de la crème de la «profession», dans une ambiance «point de vue - images du monde», tellement brillante que le commun des mortels ne peut que baisser les yeux devant tant d'intelligence, de luxe, de culture, d'histoire, d'argent.
Je ne critique pas.
Je me sens simplement si loin de ces deux mondes qui, pourtant, sont censés être «le monde du vin» en 2011.
C'est peut-être parce que j'ai relu «le café de la plage», de Régis Franc. Cette ambiance nostalgique, où le vide est aussi important que le plein. Je suis certain qu'il faut dire des choses, pour parler du vin. Mais je suis certain aussi qu'il ne faut pas trop dire et que, autour d'un grand vin, d'un vin juste, on devrait parler d'autre chose, d'amitié, d'amour, de fidélité, de rêve, ou même de rupture, de chagrin, de peur, pourquoi pas, mais pas autant, du vin, justement.
Bon, pendant ce temps, sans vraiment calculer ce qui serait «bon» pour le Clos des Fées, moi, je suis à Zurich. Et comme le voyage Perpignan-Zurich dure presque une journée entière, on a le temps de cogiter. A l'aller. Et au retour. Enfin, à l'aller, pas trop, parce qu'une charmante dame se trompe et vous pique votre valise au premier arrêt du bus Orly-Roissy et que tout d'un coup, la vie s'accélère un peu brutalement ;-). Je vous passe les détails. On y est arrivé.
Donc, les Chinois se prosternent devant Bob, qui brille de ses derniers feux et assure sa retraite. Je suis un peu triste pour lui. A la fin du voyage, lorsque les hasards de la vie auront changé mon programme et amené à choisir sur la carte du Café de la Paix (comment suis je arrivé là ???), bondé de Russes et d'étrangers, un Château Dalem 2005, Fronsac. Ce vin, il l'a noté 89/100, je le saurai plus tard. Pourtant, il a tout. Le soyeux. Le puissance. La finesse. L'égance. La texture. La longueur. Et surtout, on le boit, on veut encore en boire et à chaque gorgée, c'est le bonheur du Bordeaux, tout simplement. Mais bon, voilà, c'est un Fronsac, alors, reniant tout ce qu'on l'on a dit et fait au début de sa carrière, on lui met une petite note, parce qu'il n'est pas classé, parce qu'il est né là et pas ailleurs. Et on va en première, à Hong-Kong, faire "un ménage" pour les vingt grenouilles qui veulent se faire plus grandes que les premiers crus classés 1855, qui jouent ici le rôle du bœuf (désolé, c'est La Fontaine ;-), entendez les "magical 20" qui rêvent de vendre aussi cher et passer de 40% de marge à 85% de marge. Le "Future" du vin, c'est ça ? Et bien sans moi. Je prèfère les bords du lac, l'automne, le sérieux, la culture et l'ouverture des Suisses et tant pis s'ils ne sont que 7 millions en tout et que donc le «marché» est 171 fois plus petit. Mais tellement plus réel... Sur l'ambiance à la Villa d'Este, sur laquelle je ne m'étendrai pas,il faut lire les quatre billets sur l'excellent blog de Nicolas de Rouyn et se faire son opinion. Sur le «futur du vin» que nous propose Pancho, quand nous aurons vendu nos âmes aux Chinois, il faut regarder ICI.
J'aime Zurich, je sais, c'est pas commun, pour bien des raisons. Les voitures, qui vous laissent passer. L'architecture industrielle, extraordinaire de simplicité et de beauté, au final. L'esprit «graphique» qui semblent habiter une grande partie des ses habitants. Les vitrines qui ont quelque chose de différent, d'étudié, mais, à la fois, de dépouillé. Il y a partout des lignes, des courbes, des couleurs, des matériaux, beaucoup me parlent, m'interpellent, me disent que le monde peut être simple et beau. C'est difficile à expliquer, j'en conviens, mais j'aime Zurich. Et je savoure, au moindre endroit, la qualité des finitions des artisans suisses, mes amis, rois du carrelage, de l'inox, de la menuiserie alu et du grillage, en prenant des photos étranges jusque dans les cuisines ou les toilettes 
Alors, sans doute, parce que j'y viens joyeux, j'y fait de belles rencontres.
La première, c'est chez Swiss Ré. Eh oui, les chemins du vin sont multiples. On longe le Lac, tout appartient ici ou presque à cette immense compagnie de réassurance. On est a l'heure. Eux aussi. C'est suffisamment rare pour être signalé. Ce sera ainsi pendant tout le voyage. La salle est prête. Sur le Lac. On est puissant, certes, mais l'on a pas d'influence, quand même ;-), sur les saisons, et la couleur des feuilles, frolant la perfection, n'est que le fruit d'un merveilleux hasard, l'harmonie entre la brume du lac et la beauté de la nature exigeant un instant d'admiration.

La table est dressée. Verres Zalto. Eau. Feuille de notes. Crachoirs. Serviette. Sommelier, responsable vin, directeur, tous sont à l'écoute. ll y a là dans cette entreprise une véritable politique vin, pour bien sûr avant tout fournir les restaurants, du personnel, des cadres, des clients qui viennent du monde entier, mais aussi pour proposer aux membres de l'entreprise une sélection de vin à mettre en cave. A ma connaissance, il n'y a pas d'équivalent en France et, pourtant, nos entreprises du CAC 40 pourraient tout à fait faire de même. Ici, on aime le vin, et depuis longtemps.
Les vins se présentent bien. Sorcières énergique, tendu, explosant de fruit dans ces verres au bord très fin qui les mettent vraiment en valeur ce matin. Le blanc est rassurant, les vieilles vignes 2008 et 2009, bien que des mêmes père (moi) et mère (le terroir), très différents, sont passionnants par leurs similitudes comme par leurs différences. Le Clos des Fées est impérial. La petite Sibérie... différente de tout, comme d'habitude.
On parle peu mais en profondeur. On est là entre gens qui boivent et qui ne parlent que de ce qu'ils connaissent. C'est frais, efficace et laisse au plaisir la place qui lui est due : la principale.
Dans la salle sobrement décorée de deux grandes feuilles de chène, simplement dessinées au trait, il y a un petit tableau qui fait de l'œil à la bouteille «d'Images dérisoires», notre petite cuvée joyeuse de Trempanillo. L'Iphone a un appareil photo digne de ce nom, enfin, et il aurait été dommage de manquer cela 

Cent fois sur la paillasse
... remets toi à l'ouvrage...
Décuver, ne pas décuver ? Cuver court, cuver longtemps ? Continuer à bouger les vins, arrêter ? Ajouter les presses, les éliminer ?
Je croyais, moi aussi, à une époque de ma vie, qu'une fois un raisin magnifique rentré en cave, il n'y avait plus rien à faire, que la nature prenait le relais, que les dés étaient jetés...
Sans renier la naïveté qui était la mienne, je suis bien obligé d'accepter, aujourd'hui que je suis de l'autre côté du miroir, que sans aucune chimie ni intervention à part un peu de SO2 après malolactique, et bien les options pour rater ou réussir un vin sont sous la responsabilité d'un vigneron.
Je savoure le luxe d'avoir le choix, ce que n'avait pas les vignerons du début du siècle ou même des années soixante dix : du froid, au départ; du chaud, par la suite, pour mijoter et terminer les fermentations; des pompes puissantes pour bouger ou non les vins; des sauterelles pour décuver sans fatigue; des pressoirs pneumatiques qui s'adaptent au doigt et à l'œil; et bien sûr des analyses, pour ne pas se fourvoyer dans toutes ces "maladies du vin" que l'on apprend encore dans les livres mais qui ne nous menacent plus vraiment pourvu que l'on soit ordonné, attentif, soigneux et surtout propre...
De toute façon, dans ce satané et passionnant métier, on ne sait pas ce qui se serait passé si on avait ce choix là plutôt que celui là... Alors, rien à regretter 
Sucres traînants pour certaines cuves, mais qui continuent à descendre, même après le sulfitage après malo, ce qui m'étonne toujours, malo sur marc en pagaille, mais sans conséquences pour les autres, les vins sont toujours étonnamment bons, déjà.
On appréciera ma traçabilité sur les cuves, seul moyen, honnêtement, de s'y retrouver 

Barriques peinture
Bon, pas très actif, ce blog, et pourtant toujours tant et tant de choses à raconter...
Les fermentations se poursuivent, avec beaucoup de facilité pour certaines cuves et beaucoup de difficultés pour d'autres...
Avec de nombreuses malolactiques sur sucre, en particulier, ce qui n'est pas sans poser de nombreuses questions...
Vu la durée des vendanges, c'est un peu logique : une cuve ensemence sa voisine, et même si l'on désinfectait la pompe entre chaque remontage, je pense que la nature reprendrait ses droits.
Bon, tout va bien, tout est toujours aussi bon et il est temps d'entonner les premiers rouges dans leur barriques neuves. Avant, la tradition chez nous est de les peindre...
Tout simplement (on ose rarement me poser la question...) pour éviter les tâches lors des remplissages, des ouillages, etc. Vu l'exiguïté de la cave, penser qu'on ne les tachera pas est du domaine de l'illusoire. Et puis je trouve ça plus beau, il faut le dire.
Plus de 40 barriques neuves, je reste pensif, toujours, en recevant la facture en me demandant si l'opposition de certains au bois neuf ne vient pas simplement d'une grosse difficulté à ouvrir son porte monnaie...

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