Retour vers le futur

L’année dernière mon voisin, Aubin Espinet est mort. Il avait 100 ans. Il avait attendu d’avoir 100 ans, comme un défi, et puis il est mort. Pas de regrets, pourtant, car sa vie, il l’avait vécue et bien vécue.

Je regrette souvent de n’avoir pas mené à bien le projet qui m’avait tourné dans la tête à mon arrivée à Vingrau, en 1997, de l’interviewer, voire de le filmer, pour qu’il me raconte sa vie, son monde, son village (MON Village ;)), surtout.

Rendez vous compte, Aubin avait connu 2 guerres mondiales, la replantation du vignoble après le phylloxera, la révolution due à l’arrivée du chemin de fer à Rivesaltes, l’âge d’or du vin doux, le succès puis le déclin des apéritifs à base de vin, la fin de la traction animale, le goudronnage des routes, l’exode rural, la désertification du village, l’arrivée de nouveaux habitants dans les années 75… Une vie incroyable, bien remplie, je crois assez heureuse car il était très gai.

Son témoignage me manque. Je m’en veux de n’avoir pas su aller plus loin, d’avoir hésité à lui proposer d’entrer plus avant dans son intimité afin de recueillir tant de souvenirs, tant d’expériences. Je le revois, toujours souriant, assis l’après midi devant sa maison, m’arrêtant d’un signe de canne pour me raconter son amour du vin, ses derniers achats au Savour-Club ou chez Dubœuf, dont il était un fidèle client depuis des temps immémoriaux. Car Monsieur Aubin était un bon vivant qui aimait le vin, un monde qu’il connaissait bien pour y avoir travaillé longtemps, sa carrière s’étant brillamment terminée comme directeur commercial chez Bartissol. Sacré Aubin. J’ai plaisir à croire que, de l’eau ( ;)) delà, tu m’as fait ce week-end un signe, afin de me redonner l’envie de remplir ce blog. Pensais-tu qu’un jour, un de tes vieux livres, un de ceux que tu as sans doute tant feuilleté, finirait sur mon scanner pour donner ceci :

                                       

En 1904, date de sa parution, le ci-dessus « Guide des Vignobles Méridionaux » de Monsieur Charles Gervais, faisait référence parmi les courtiers et autres négociants qui, à l’époque, avaient le quasi-monopole du commerce du vin.

Dans ce guide, imposant et incroyablement détaillé, (Jacques, je sais que tu me lis, merci vraiment de me l’avoir prêté…), on trouve une description précise de l’étendue et de la nature de la production vinicole de tous les cantons des départements français produisant des vins que l'on pourrait qualifier de « méditerranéens ».

L’auteur passe donc en revue, commune par commune, les départements de l’Hérault, de l’Aude, du Gard, des Bouches-du-Rhône, des Pyrénées-Orientales, du Vaucluse, du Var, de la Drôme et bien sûr de… l’Algérie et de la Tunisie. Peut-être vous parlerai-je un jour ou l’autre des merveilles des cantons d’Oran ou de Mostaganem, mais vous imaginez bien que c’est le petit village de Vingrau et les villages alentour que j'ai immédiatement et avidement cherché dans ces pages jaunies...

A demain…

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