Pot-au-noir
Vous connaissez bien sûr ce terme marin qui définit une zone où il ne se passe rien, une zone de calme plat autour de l'équateur, si j'ai bien tout compris. Si tu ne navigues pas, oh lecteur, même sur un vieux dériveur, clique donc ICI pour tout savoir sur les « zones de convergence inter tropicale »...
N'ayant jamais navigué aussi loin, et n'en ayant d'ailleurs aucune envie (je souffre d'un mal de mer légendaire qui m'atteint simplement en regardant les barques catalanes se dandiner dans le port de Collioure ;-)), ce mot me fascine tant il décrit parfaitement la période dans laquelle je viens d'entrer...
Le dernier traitement est terminé (anti-eudémis 3ème génération, pour les quelques vignes qui ne sont pas en confusion sexuelle, cuivre très très léger pour durcir les feuilles et éviter le mildiou mosaïque, fréquent fin septembre ici), les travaux en vert aussi. Les clôtures électriques sont installées. Tout le monde ou presque est en vacances. La cave est prête, les groupes froids révisés et remis en route. Égrappoir et tapis sont remontés de leur hivernage et éclatants de propreté, ils n'attendent plus qu'un coup de pompe à graisse alimentaire dans leurs rouages compliqués. La cave est nettoyée à fond, les comportes désinfectées, les tracteurs révisés. Tout est prêt. Enfin je crois.
Et pourtant rien ne se passera avant deux, voire trois semaines, avant que le raisin ne soit mûr, avant que la « bataille » des vendanges ne commence. En écrivant ces quelques mots, je me remémore en souriant le passage de Didier Dagueneau, en route vers l'Espagne, il y a huit ans. Il avait fait un stop d'une nuit chez nous alors que nous étions à la veille de nos premières vendanges. Seul ou presque, vinifiant chez un ami qui m'avait prêté un bout de sa cave, j'étais fier de mes trois cuves en plastique et pas inquiet pour un sou de n'avoir pas encore reçu... les portes desdites cuves. Didier avait été stupéfait, je crois, de ma décontraction et de mon manque de préparation... Je comprends aujourd'hui sa mine déconfite car, lui, il SAVAIT, ce qui nous attendait. En ce qui nous concerne, la fleur au fusil, sans expérience, sans référence, sans enjeu économique, aussi, je crois que c'est important de le dire, nous attendions tranquillement que le raisin soit mûr, dans l'espérance que nous arriverions à tirer quelque chose de buvable de nos vieilles vignes à moitié abandonnées...
Les temps ont bien changé et, aujourd'hui, la pression n'est plus la même. Il y a bien sûr la pression économique, car si nous ratons un millésime, je crains fort que vous me retrouviez rapidement en habit de sommelier en train de déboucher les bouteilles de confrères plus solides financièrement. Il y a aussi la volonté de faire des grands vins, tout simplement, d'arriver, année après année, à comprendre le millésime, à en exprimer l'essence, l'esprit, le goût.
Bon, on va profiter de ces quelques jours pour ranger tout ce qui traîne et qui sait, pour se détendre un peu et faire un tour ailleurs, car ici, on tourne en rond en rongeant son frein.
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salut hervé...