Le discours que je ne prononcerai jamais...

Départ pour Paris

Départ pour le Grand Tasting. J’aime bien ce salon. C’est la troisième fois que nous le faisons et c’est d’ailleurs le seul salon « grand public » auquel le Domaine participe.

J’aime l’endroit, le Carrousel du Louvre, même si, du coup (du coût... ;-), le salon est un peu plus cher, c’est sûr. Mais c’est central et majestueux. J’aime l’ambiance mise par les organisateurs, avec plein de dégustations pédagogiques, prestigieuses, des « master class » où celui qui le souhaite apprend vraiment et rencontre en une seule journée quelques unes des « pointures » du vignoble français. J’aime aussi l’ambiance impulsée par le public, passionné, curieux, ouvert :  pas trop de monde, on a le temps de parler et parfois même de se disputer.

C’est vendredi et samedi, jusqu’à tard le soir. Il est trop tard pour s’inscrire sur le site. Et trop tard aussi pour que je vous envoie une invitation. Mais il n’est pas trop tard pour y aller, tout simplement, avec sur le coin de sa veste le badge « moi, je lis le blog d’Hervé ! ;-)

Ce soir, c’est dîner de Gala. Michel Bettane et Thierry Desseauve font un petit dîner de deux ou trois cents personnes dans un grand hôtel. On y remet des prix, dont celui du « meilleur vin du millésime 2005 ». Vous allez rire, sur 10 000 vins sélectionnés, il en reste 16, et, parmi eux, un des miens... Je n’en reviens toujours pas. Ces  seize vins ont été dégustés à l’aveugle, par un panel de journalistes et de sommeliers « stars ». Bon, j’ai déjà du mal à me dire que la petite Sibérie mérite d’être là, alors, ne me demandez pas de croire que je vais gagner. 16 sur 10 000, c’est déjà incroyable… Et puis il n’y a dans les finalistes que des vins incroyables, tous que j'aime et que j'admire, dont beaucoup de producteurs m'ont servi d'exemple. Donc, bien sûr, inutile de préparer un discours... Ne rêvons pas...

Bon, en fait, plus j’y pense et en souvenir de ma Grand-Mère qui me répétait que  « prudence est mère de sureté » ;-), je me dis que, qui sait, après tout, le pire ne serait-il pas de gagner et... de bafouiller ?

Bon, en même temps, préparer un discours et le garder dans sa poche, rien de pire.

J'ai une idée. Allez, je l’écris et je vous le lis rien qu’à vous. Si je perds, au moins, quelqu’un l’aura entendu… C'est mon premier discours dans le genre, soyez indulgents...

« Chers amis.

Quelle surprise ! Jamais, jamais je n’aurais pensé ! ;-) Et moi qui n’ai rien préparé (là, je sors le papier de ma poche… rires…).

Bien sûr, je n’y croyais pas mais je l'avoue, au fond de moi, je l'espérais. Alors, je vous ai préparé une petite liste de remerciements… Je tiens à préciser tout d’abord que, contrairement aux rumeurs, Michel Bettane n’est pas la marraine de mon fils (rires chez ceux qui ont lu le livre d’Hannah Agostini…) même si, en me jugeant digne de participer à ce trophée, il a gagné avec Thierry ses galons de fée et pourra désormais, à la pleine lune, gambader sous le grand chêne…

Comme il se doit, je voudrais remercier deux ou trois personnes. Des femmes, d’abord, des hommes ensuite. Je pense à ma grand-mère et à ma mère, qui m’ont nourri de choses simples mais bonnes, rendu gourmand très jeune, éduquant un goût qui me sert aujourd’hui, tous les jours, dans mon métier mais aussi dans ma vie, dont il illumine le quotidien. C’est, très directement, une des causes de ma présence devant vous ce soir. Ma femme, bien sûr, qui a eu le courage et la folie de me suivre dans une vallée perdue du Roussillon, sans un sou en poche, acceptant les risques d’un challenge qui paraissait fou et qui, d’ailleurs, avec le recul, n’aurait pas dû réussir. J’aurais aimé qu’elle soit avec nous, Noé, notre bébé, la retient à la maison. Excusez là, s’il vous plait. Mes collaborateurs, Serge, Jean-Dominique et tous les autres qui me suivent dans cette succession de défis permanents. Ils ont taillé, aujourd’hui, dans le froid et dans 100 km/h de Tramontane. Ils m’ont appris que ce que je ne soupçonnais pas : derrière chaque verre de vin, il y a des efforts, des souffrances, des défis, que l’on n'imagine pas toujours.

Je tiens aussi, ce soir, à remercier Jean-Luc Thunevin et Muriel. Dans leur garage, il y a  vingt ans, ils ont montré qu’avec de la passion et de l’intelligence, sans argent, on pouvait faire de grands vins. Et qu’en transgressant des traditions ou des classements pourtant apparemment indestructibles, on pouvait se mesurer aux autres vins, quels qu'ils soient. Et que si la chance vous souriait et le public vous suivait, on pouvait vendre au prix que l’on décidait et être libre de vivre pleinement sa passion. Aujourd’hui, grâce à lui, plus de 60 « garages » sont actifs dans ma Vallée de l’Agly, et, si les prix ne sont pas toujours ceux que l'on prête aux vins de garage, la passion est là, vivace et active. Sans leur exemple, sans doute n’aurais-je, comme d'autres, jamais osé me lancer.


Deux choses encore. Merci aux clients, professionnels et particuliers, qui, depuis la première dégustation sur la première barrique, en 2001, ont cru en la petite Sibérie, au point d'en acheter. Olivier, Franck, Christian, vous vous reconnaitrez...

Enfin, et j'arrête après, je tiens ici publiquement à remercier mon terroir, sans qui je ne serais rien et bien sûr l'ange gardien amoureux de vin qui, depuis le début de ce projet fou, veille sur le Clos des Fées et semble éclairer ma route. Merci à tous.

3 commentaires

#1. marc-andré | jeudi 29 novembre 2007 - 22:47

Cher Hervé,

je ne réagis pas à ton article mais à une recette de cuisine qui est sur ton blog: les oeufs brouillés aux truffes. Je suis allé voir un ami voisin et trufféïculteur (périgourdin bien sûr)... il m'a vendu une truffe trouvée le matin même... je l'ai mise avec 8 oeufs de nos poules dans un tupéroire. J'ai fait quelques jours plus tard ta recette servie avec un Chateau Grillet 1985... c'était extraordinaire!
Merci d'avoir eu la "noblesse" de révéler un petit tour de main... qui change tout!

amitiés

marc-andré

#2. slybud | jeudi 29 novembre 2007 - 23:26

Bravo, un superbe discours ! Je suis sûr qu'il sera lu comme je suis sûr que j'aurai un jour la chance d'y goûter à cette petite Sibérie.
Cette année, l'anniversaire de ma soeur (un Weinbach en cadeau ?) m'empêche d'assister à mon premier Grand Tasting.
Qui sait, l'année prochaine, j'aurai l'occasion de rencontrer celui dont le blog me passionne et de goûter à ses vins de garage.

Je le dis encore : très beau discours. Emotion, sobriété, pas trop long.

Allez, je suis sûr que vous allez le gagner ce prix

Bon salon

Sylvain

#3. POLO Marc | samedi 1 décembre 2007 - 12:03

Je vous souhaite bonne chance et je croise les doigts pour la petite Sibérie que j´ai gouté lors de la dégustation og Danemark
Cordialement
Marc POLO

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