Périple gastronomique au Québec

Ce qu’il y a de bien (entre autre ;-), avec les Dupéré-Barerra, c’est qu’il me semble qu'ils aiment encore plus la gastronomie que moi ;-)

A peine dans la voiture, direction Québec, on parle déjà de s’arrêter dans un coin improbable où l’on trouve paraît-il les meilleurs canneberges séchées de tout le Canada... Voilà qui va mettre un peu piment dans les deux heures et demie de route nécessaires à rejoindre la seule ville fortifiée d’Amérique du Nord.

Effectivement, une heure après, stop pipi dans une station peu engageante, qui semble à moitié abandonnée, où un jeune homme habillé très couleur locale (genre "délivrance", si vous avez vu le film ;-) vend des canneberges séchées. N’hésitons pas. Artisanat local, vieille Buick impeccablement restaurée, fromage pour la poutine sur le comptoir, on se croirait dans Bagdad Café. Pour la photo, voir le blog de nos amis provençaux quand ils seront rentrés ;-)

Stop rapide pour un déjeuner rapide chez Nicole X ;-), qui, grâce un réseau secret et très actif, s’est dévouée pour tenter de me permettre de manger du Caribou. Raté. Comme on dit à Québec, « faute de Caribou, mangeons de l’Orignal » ;-). Et ce sera donc un magnifique contre-filet, rôti à point, des légumes printaniers, quelques asperges vertes rôties à la perfection. Nicole cache bien son jeu : c’est une cuisinière émérite et son déjeuner est parfait. C’est aussi une grande artiste. Et puis elle fait vraiment bien les gâteaux à l’avoine. Je lui ai demandé sa recette, j’espère qu’elle tiendra parole. Ce seront désormais les gâteaux à l’Avoine de Nicole X ;-)

Retour vers la dégustation. J’ai un peu l’impression de me retrouver dans le film « un jour sans fin » (Groundhog day). Dix jours maintenant que je saute d’avion en bus, de bus en voiture, de voiture en salles diverses et variées et que je fait déguster mon vin tout en racontant mon histoire. Je suis un peu décalé, je l'avoue. On a perdu au moins 20° entre Montréal et Québec, mais, dès le début de la dégustation, je retrouve la chaleur et l’intérêt des sommeliers québéquois, alors, tout va bien. J'aurais pas vu la marmotte (pour ceux qui ont vu le film ;-), mais j'ai l'impression de suivre, parfois, une sorte de cheminement initiatique.

Vite, vite, je voudrais acheter des Crocs pour mon fils et la boutique principale est à 50 m, par chance. Par malchance, Ils ferment à 17h, il est 17h10, alors, ils ne nous ouvrent pas, se moquent un peu de nos souriantes supplications puis nous ignorent totalement. Ce seront les trois seules personnes vraiment pas sympa que j’aurai rencontré au Québec.

45 minutes de marche rapide dans le vieux Québec, magnifique. Mais la nuit tombe déjà et il faut rejoindre le restaurant. Je me trompe d’une rue et arrive à 18h32. Le rendez-vous était à 18h30, TOUT LE MONDE est déjà assis et l’on commence à remplir les verres. Je me croyais ponctuel, je prend une petite leçon de politesse. Merci, en tout cas, à tous ceux qui sont venus, à l'heure et à l'écoute.

Les vins se goûtent ce soir magnifiquement, c’est incroyable. Complètement différemment de l’après-midi même, au même endroit pourtant. Fruit, texture, ils sont parfaits, ceux des D.B. comme ceux du CDF. Youpi, en plus il y a un tartare de caribou ! Ouf, quel plat ! Une texture de viande unique, un goût puissant mais raffiné, pas trop fort mais sauvage, certains commencent à se dire que je n’avais pas finalement pas si tort que cela de les bassiner avec mon désir d'en manger depuis le début du périple. Les Vieilles Vignes 2005 sont au top, mais c’est avec les Sorcières que l’accord se verrouille à la perfection et fait l'unanimité, ce qui est rare ... A la fin du premier plat, les verres sont vides. Que demander de plus ? ;-)

Grand plat sur les vins des D.B. : un filet de cerf d’un élevage extensif, cuit à la perfection, sur un lit de topinambours et de céleris, surmonté d’une pêche rôtie et parsemée de petits fruits rouge et noir, mûres, framboises, cassis. Le plat est divin et remet la Procure et le Nowat à leur juste niveau : celui de deux très grands vins de gastronomie, difficilement remplaçables par autre chose que des vins du Sud sur ce style de plat.


Avec les langoustines en tempura de la Montée de lait servies avec le demi-sec de Huet, voilà les trois grands accords (et plats) du voyage. Ah, au fait, ça se passe au Saint-Amour. Merci à toute l'équipe et au chef de nous avoir si bien accueilli. Pareil pour la Montée de Lait , au fait, où toute l'équipe s'est pliée en quatre pour nous recevoir.

La discussion est passionnée, animée, nous nous connaissons mantenant bien, nous avons confiance les uns dans les autres et la soirée et, du coup, est je pense, vraiment passionnante pour les conseillers de la SAQ présents. Loin de se limiter à une tentative de séduction stérile, il s’aqit là d’être au plus prés de quatre vignerons passionnés, créatifs, certes différents dans leurs vins comme dans leurs choix de vie, de culture, de vinification. Les questions fusent. Les méthodes se comparent. Les itinéraires, parfois, se croisent ou s’opposent mais tout cela se fait dans l’échange, l’humilité, la tolérance. Une belle et riche dernière soirée.

Hôtel très confortable et très raisonnable au niveau du prix (le Dominion, à retenir), nuit courte car je suis toujours décalé de chez décalé. Heureusement, il y Skype qui permet de faire un vrai coucou en vidéo aux enfants et à Claudine, tous les matins. Et dire qu'en plus, c'est gratuit ! Tout cela ne cessera jamais de m'étonner et de m'émerveiller.

Je repars avec Noël Pinguet par avion et c'est de l'aéroport que j'écris ces lignes. Nous ne nous étions pas vus depuis bien 15 ans et je crois que nous avons tout deux été étonnés de voir combien nous étions proches dans notre philosophie du vin. Je l'avoue, je n'avais pas rencontré depuis longtemps un biodynamiste aussi éclairé, tolérant et ouvert, ce qui est bien plus tentant que certains fanatiques. Lui s'arrête à Paris, moi, je repars dans la foulée pour Copenhague où une dégustation m'attend quelques minutes après mon arrivée.  Heureux qui comme Ulysse ? Je commence à douter ;-)

un commentaire

#1. david corriveau | samedi 26 avril 2008 - 03:03

Très belle dégustation...je désire encore une fois vous dire merci du temps que vous m`avez accordé.J`ai adoré votre ouverture d`esprit ainsi que votre philosophie a ce qui attrait au vin.(A quand une dégustation avec DJ et Tables Tournantes...)Au plaisir de vous revoir dans votre merveilleux coin de pays qu`est le Rousillon ou dans une autre dégustation au Québec ou ailleurs sur le Globe.

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