Veillée d'armes

Je sais, je sais, mes amis, à la veille du départ, vous m'imaginez suprêmement cool, chez moi, en train de ne rien changer à mes habitudes, Cannes ou pas Cannes, dans ma grande robe de chambre en satin cramoisi (je rigole, je rigole !), mes bagages déjà prêts, comme si ce jour était un jour comme les autres...

Et bien non, je l'avoue. Ce soir, en repassant ma belle chemise de premier communiant, l'angoisse m'est venue d'un seul coup, en bouffées vigoureuses, me rappelant le moment difficile où l'on se rend compte que le maître sushi a bu un peu trop de saké et ne gère plus son wasabi ;-) Là aussi, c'est trop tard, j'ai pour ainsi dire le sushi dans la bouche ;-) et, vous le savez, pas question de reculer.

Que vais je faire là bas, dans ce monde qui n'est pas le mien, dont je ne connais pas les codes, les us et les coutumes, où je n'ai ni connaissance et, à fortiori ni amis, si ce n'est dans le petit personnel dont je me sens proche pour avoir longtemps fait ce métier ? Franchement, ce soir, en reculant l'heure de me coucher car je sais que je ne vais pas m'endormir d'un seul coup, je me le demande...

Suis-je légitime à aller montrer ma coupe de cheveux très peu festivalière, mes ongles où n'importe quel expert de Miami où d'ailleurs trouverait des traces de terre, mon smoking de prêt à porter qui va détonner dans un monde où le sur-mesure est la règle, mes chaussures pas vraiment coordonnées qui risquent de me valoir une photo barrée d'une grande croix rouge dans Voici, avec un "il n'aurait pas du venir" ou "ce qu'il ne fallait pas porter à Cannes " ;-)).

Déjà, la journée ne fût pas vraiment celle d'une star : matinée à la vigne, courses chez Carrefour avec Gaspard, queue infinie à la station service pour trouver un peu de gas-oil qui commence à manquer ici, la faute aux dockers qui bloquent les raffineries, puis enfin préparation de commande, rien de très glamour dans tout cela. Pas de massage. Pas de manucure. Aucune préparation physique ou psychologique avec un coach. J'irai dans mon jus, c'est décidé.

Bon, vers 16 heures, en buvant mon thé, je tombe sur le "Elle" de Claudine (contente de ses chaussures, trouvées à Paris, pas miracle. Merci Karl, tu es un génie...) avec... Sharon Stone en couverture. Euhh. J'attrape mes lunettes (où met-on ses lunettes, au fait, dans le smoking ???) et je lis les "révélations" annoncées en couverture. Conclusion, cette femme est cool. Elle aime les hommes "nature" au niveau des fringues et apprécie l'enthousiame et la spontanéité. C'est tout moi, non ? ;-). L'article est bien écrit, sincère mais aigre-doux et, au final, sa vie ne me fait pas vraiment rêver, même si bien sûr il doit y avoir des avantages.

Bon, aller, trêve de plaisanteries. On va y aller, ça va bien se passer, personne ne saura même qui nous sommes, j'interdirai les photos pour qu'il n'y ait pas de trace dans la presse people et le vin ne jouera au mieux qu'un tout petit rôle, voire le figurant. Ce sera très bien ainsi. De toute façon, c'est un petit pas pour moi, un grand pour les vins du Rousssilon ;-).

Une chose est sûre, ça m'a détendu d'écrire. Allez, j'emporte le portable, j'essaierai, si il y a un wifi, de faire un truc un peu en live. Mais j'ai rien promis, hein !

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