De la difficulté d'un mariage réussi
Je suis un nostalgique du courrier du cœur, vous l'ai je dit ? J'aimais bien ces pages pleines de lieux communs qui dévoilaient au monde entier les problèmes d'un couple, qui pensait sans doute être le seul à les avoir, et dont on se rendait compte, en les lisant, que notre vie - et nos problèmes - étaient d'une désespérante banalité...
Aurais je su trouver les bons mots ? Aurais su conseiller l'attente ? La fermeté ? La rupture, quand tout était à l'évidence consommé ? Nul ne le saura jamais ;-), car, n'ayant déjà que bien peu de temps à consacrer à ce blog sur le vin, je vous assure que je ne tiens pas un blog de ce genre en parallèle, sous un pseudo ;-). De toutes façons, pour avoir il y a quelques mois pris un petit déjeuner imprévu avec une conseillère conjugale, j'ai appris avec tristesse que ce boulot ne consistait pratiquement plus à aider les couples à se ressouder, mais à les accompagner pour que la rupture se fasse dans de bonnes conditions... Triste monde.
Vous l'avez compris, nous parlerons donc aujourd'hui du mariage. Celui des mets et des vins, bien sûr. Qui n'est guère plus simple à réussir, je vous l'assure. Donc, un grand merci à tout le staff du Palace Luzern de nous avoir donné trois soirs pour essayer, changer, améliorer les accords mets vins autour du Clos des Fées afin que le dernier soir, tout soit parfait.
Du coup, on a beaucoup parlé harmonie mets-vins et cela m'a permis de faire remonter du fin fond de ma mémoire mes excellentes séances du "Goût Juste", une rubrique de Cuisine et Vins de France à laquelle j'avais participé, et dont j'ai d'ailleurs souvent écrit les comptes rendus, au début des années 90. Autour de François Simon, à l'époque rédacteur en chef du journal (et donc sans masque à l'époque ;-), nous avions décidé de voir si tout ce qu'on écrivait dans les livres était juste. Et une fois par mois, nous nous mettions à l'ouvrage, chez le passionné Alain Senderens, excusez du peu, sous la houlette de l'impérial Jacques Puisais, pour répondre à des questions existentielles du style : que boire avec la blanquette de veau ? ou la sole meunière; ou le steack frite ? Ou les œufs brouillés aux truffes. Je pense qu'on a dû faire une bonne quarantaine de plats, la rubrique continuant après le départ de François Simon, remplacé par le débonnaire et tatillon Eric Solal, aujourd'hui chez Marie-Claire.
Mon Dieu que j'en ai appris, des choses... Alain travaillait à fond le plat avec son chef de l'époque, Bertrand Guéneron, et puis nous amenions chacun une bouteille, représentant des styles différents et au boulot! Car attention, c'est du boulot. Un plat, une quinzaine de vin, des débats acharnés, rarement d'unanimité et puis tout à raconter par écrit pour en faire quelque chose de lisible. Mais au final, une expérience inoubliable, qui me donne, je l'avoue, une certaine assurance dans l'exercice et me permets de conseiller à un grand chef, quand il veut bien écouter, de diminuer un peu ceci, augmenter un peu cela, changer cette garniture, ajouter un peu de citron ou une touche de croquant pour enfin, faire aller le plat vers le vin, car le contraire est difficile.
Faire des concessions mais pas de compromissions. S'adapter. Lacher prise sur des détails. Chercher à faire plaisir à l'autre pour que l'autre ait envie de vous faire plaisir. Accepter de jouer, de temps en temps, les seconds rôles pour que le "couple" soit mis en valeur ? Ah, que n'apprend-on pas en mariant de simples mets ;-)))
Bon, dès que j'ai un moment, avant la fin de l'année, je vous dévoile les bases, c'est promis. En attendant, on retiendra de ces trois diner que l'avocat, à condition de bien le citronner, et le grenache blanc, c'est une direction fort intéressante. Que l'on devrait d'avantage "cuisiner" les fromages, car cela permet des accords magnifiques. Que les chanterelles, cela va décidement très bien avec les vieilles vignes, surtout en risotto. Que la texture d'une viande, même noyée au milieu d'une garniture odorante, peut "obliger", inconsciement, le palais à se focalliser sur la texture du vin. Et que quand tout le monde, service, cuisine et vigneron, travaille en pool, le client qui est là n'est pas prêt d'oublier son repas ;-). Merci encore, les amis : Frank, bien sûr, le chef - Ulf Braunert, le directeur- Hans E. Koch, et toute l'équipe!
Ajouter un commentaire
Abonnement aux commentaires
S'abonner pour recevoir les commentaires de ce billet par email
aucun commentaire