Week-end de travail à Paris
Le temps quand même de passer faire un tour sous la Tour Eiffel. Elle est bleue. Lorsque je vivais à Paris, je n'y allais jamais. Aujourd'hui, je ne manque jamais de lui faire une petite visite de courtoisie, de plus ou moins loin, m'émerveillant du génie et de la folie d'une homme et d'une époque. Comment a t'on pu imaginer un tel monument ? Sous la tour scintillante, dimanche soir, je me disais que mes petites questions existentielles d'ordre viticole, du genre "décuver ou ne pas décuver ?" demandaient à être remises à leur juste place. Quand à l'organisation de la récolte des olives, finalement, peut-être que ce n'est pas si compliqué, ni si important pour l'avenir de l'humanité 
Bon, je ne vais pas vous raconter le piteux confort de ma chambre d'hôtel ou le plaisir de mes deux œufs coque du matin au Castigiione, un de ces cafés des beaux quartiers qui n'existent qu'à Paris, mais plutôt aller à l'essentiel : je suis fier de faire des vins dans le Languedoc-Roussillon 
Deux jours en compagnie d'une vingtaine de vignerons passionnés, tous réunis autour de notre agent parisien, rien de tel pour échanger et faire le point. Et quel point... La qualité progresse partout. La personnalité aussi, ce qui est pour moi essentiel. Libres de créer, contrairement à certaines appellations engoncées (ou engluées, c'est selon
dans leurs traditions, leurs idées reçues ou la course à une "norme" étrangère qui les forcent à une concurrence stérile, le Sud, lui, évolue au gré des personnalités, souvent fortes pour ne pas dire... baroques
de ses vignerons. A un angle, certains cherchent puissance, élégance, longueur, fruit et texture (vous me reconnaissez ? ;-); à l'autre, certains entament une quête de "l'évanescence" (le mot qui monte, notez le ;-), leur graal étant des vins d'une extrême délicatesse, presque sans couleur ni tanins, portés par leurs arômes, "en longueur plus qu'en largeur" ;-); dans un autre angle, c'est la fraicheur qui attire, voire fascine, d'autres passionnés, à la recherche du pH le plus bas possible, de la tension extrême, du vin boisson par excellence; ici, un autre met en avant son goût immodéré pour l'oxydation et sort de sa musette des vins à se faire gratter la tête un jurassien pur jus; là, un autre ne conçoit pas le vin sans de très très longs élevages, qui en barrique, qui en foudre, qui en cuves, avec les résultats les plus divers. Dans ce maelstrom de goûts, du plus nouveau au plus traditionnel en passant par le plus extrême, dans ce vivier de nouveaux talents, je l'avoue, je me sens bien. A ma place.
Lundi, chez Alain Dutournier, Sommeliers, Cavistes et Restaurateurs venaient pour certains d'entre eux d'une autre dégustation, autrement plus prestigieuse. La déception était pourtant, souvent, perceptible. "Ce n'était pas mauvais. Mais tous les vins se ressemblent. Difficile d'avoir un coup de cœur...". Ce n'était pas, bien sûr, l'opinion de chacun, certains paraissaient ravis d'illustrer le bon vieux Démocrite, qui écrivait "il n'y rien de véritable, l'opinion de tous fait l'opinion de chacun...". J'aurais pu citer Panurge, mais là, tout de suite, ça me vient pas 
Bon, quand on y pense, bien sûr, une telle vitalité, une telle variété dans "l'offre" de notre petit groupe, c'est aussi bien sûr la quasi certitude que pour certains, les vins du Clos des Fées ne sont pas "LA" voie ;-). Qu'importe. Vive la différence. Vive la vie. Vive l'obligation pour le dégustateur de choisir son camp, de prendre partie, de ne pouvoir choisir comme voie celle de l'eau tiède ou du consensus mondial. Certains vins de mes confrères m'enchantent. D'autres me laissent songeur. Mais même si je n'ai pas envie de les mettre (pour l'instant...) sur ma table, je suis prêt à me battre pour qu'ils existent, certains que je suis que leur créateur est sincère, certain aussi qu'ils trouveront un amateur pour "résonner" avec eux, avide que peut-être, avec le temps, ils démontrent que je n'avais en fait simplement pas compris.
Le soir, à table, de magnifiques vieux millésimes. Bon, je sais, pour certains, 10 ans, ce n'est pas vieux
Mais les 1999, les 2000, les 2001 dégustés ce soir là étaient éblouissants et obligaient à se poser des questions sur les futures "hiérarchies" régionales. Lorsque l'on voit combien, depuis cette époque, les vins ont encore progressé, on peut légitimement dire que le Languedoc-Roussillon talonne désormais les régions françaises historiques dans la capacité à produire des vins de garde.
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12 commentaires
Je m'autorise ici un petit rappel exhaustif, Hervé :
Côtes du Roussillon - Clos des Fées VV 1998 : 17/20 - 1/3/06 (en solo, tête de cordée, sans assurance).
Robe noire. Nez superbe de profondeur et de complexité.
Bouche magnifiquement sudiste, fruitée, charpentée, fine et fraîche, gourmande (elle peut rappeler un grand châteauneuf, capiteux mais parfaitement équilibré). Grande complexité (réglisse, poivre, poivre vert, rafle, laurier, figue, fleurs, garrigue, piment). Richesse, élégance, éclat pour ce vin remarquable (bien mieux goûté qu’en d’autres circonstances). Gros potentiel encore. Réconfortant après une dure journée de travail !
C'est agréable de voir les vins du Languedoc-Roussillon se faire une place au soleil avec les vins d'autres régions.
D'un autre côté, certains se voient obligés de mettre en vente un vin de merde pour attirer l'attention sur cette région. Nécessaire ? Pour simplement accélérer le mouvement ou parce qu'il y a un vrai manque important ?
http://www.findawine.com/blog/2008/...
Julie,
Je sais que vous êtes "une spécialiste maison des questions pointues et des débats sans fin" :-))))
Il va falloir nous donner des noms sur ces pistes détestables (on en trouve sur notre site) !
Nous pourrons peut-être alors faire des recoupements.
Très intéressant article, Hervé, sur les thématiques contradictoires du goût et, Démocrite ou pas, chacun verra à son horloge l'heure qu'il lui plaît de lire. Je reste un peu sur ma soif concernant ces vins qui t'ont éblouis. Eclaire-moi !
Bonjour Hervé,
Après une visite à Vinisud Clermont-Ferrand, je confirme ce que tu avances. Sur 5 stands visités, 4 (dont un de tes voisins) nous montrent la vitalité et la variété des vins du sud. Basta les vins trop lourds, trop riches, too much, mais place à l'équilibre, au fruité, à la....................minéralité (je l'ai dit) et à l'invention dans les assemblages. Nous nous sommes régalés et imaginons un avenir gouleyant à souhait pour nos papilles auvergnates...
Hervé ,
Nous avons récemment (re)goûté tous les vins du Roc d'Anglade et du Clos de la Belle.
Tenté une analyse de l'évolution de style des vins de Rémy Pédréno (avec en particulier l'apport du carignan), en lien avec ceux de Gauby.
CR à suivre, avec l'avis du vigneron.
Belles rencontres récentes :
1. VdP des Côtes Catalanes Mas Karolina 2005 (15/20) - moins emballé par le 2004
2. Vin de Pays d'Oc « La Garrigue » 2003 - Commanderie de Preissan : 15/20
(moins emballé par l'âme de la garrigue 2003)
3. VdP d'Oc Carignan 2006 - Domaine des Terres Falmet : 14,5/20
4. Coteaux du Languedoc « Florens » 2004 - Domaine de Pech Rame : 15/20
5. Côtes du Roussillon « Le Ciste » – Domaine Laguerre 2004 : 15,5/16 : un très joli blanc, tonique (et une confirmation)
Hervé, Tu voyages beaucoup et j'imagine que cela est nécessaire pour vendre et positionner ton cru. Mais est-ce parceque les acheteurs ne viennent pas en Roussillon ou est-ce parceque que tu préfères aller à leur rencontre pour mieux expliquer tes vins et comprendre le canal de distribution dans lequel ils se positionnent?
Pour ma part je n'ai pas le temps de faire ces voyages mais en revanche je n'arrête pas de recevoir des importateurs, cavistes, journalistes... Je me dis qui si en plus tu fais aussi cela, tu dois vivre deux vies à la fois!
Réponse de HB : mon cher Patrick, tu arrivera toujours à me surprendre. Tu es sans doute si habitué à vivre à Meursault, là ou le monde entier défile, que j'en arrive à croire que tu ne te rends pas compte de la réalité du marché. Je dis ça très gentiment. Quand je me déplace, les gens, même en France, ne savent même pas que le roussillon existe. Ils sont incapable de le situer sur une carte. Ils n'ont souvent jamais bu un vin du Sud. Dans certains salons, les gens sautent parfois directement ma région et passent de la bourgogne au Bordelais sans même me jeter un regard. La Bourgogne, c'est un lieu mythique et Meursault, avec Chablis, un sésame qui ouvre bien des portes. En parlant de portes, si j'avais attendu devant la mienne qu'on vienne me voir, je ne ferai plus de vin depuis longtemps... Avant même d'imaginer vendre, je voyage pour faire goûter, pour expliquer, pour convaincre qu'on peut faire de grands vins ici. Et c'est pas gagné. Signé hervé, qui a passé une grand partie de son we à recevoir des amateurs, qui part demain en Suisse, puis à nouveau à Paris, puis en Angleterre, puis à nouveau à Paris, puis en Irlande, puis qui ouvre ses portes, puis, puis... Oui, je vis deux vies, peut-être trois. Mais j'essais de faire en 20 ans ce qu'il a fallu certains crus bourguignon 2 siècles pour réaliser. Alors, j'ai pas vraiment d'alternative.
Mon commentaire n'était certes pas une critique et encore moins un comparatif. Non, je voulais plutôt savoir comment tu t'organisais pour pouvoir faire ce travail de communication. Y'a forcément un moment où cela te bouffe quelque chose...
" Mais les 1999, les 2000, les 2001 dégustés ce soir là étaient éblouissants et obligaient à se poser des questions sur les futures "hiérarchies" régionales."
Hervé, tu ne veux vraiment pas nous éclairer ?
Réponse de HB : Dès que je reviens, c'est promis...:-)
Je me demande si la mobilité et la disponibilté commerciale sont les seules stratégies qui permettent de positionner un vin sur le plan de la notoriété. Les trois languedoc ( une région proche et comparable à la tienne) les plus reconnus - Soria, Granges des pères, Jullien (on peut sans doute ajouter deux/trois noms)- sont "tenus" par des vignerons discrets de ce point de vue. Leur "aura" paraît se développer par l'absence... et si au fond le mystère n'entretenait pas le mythe!?
La verticalisation de la notoriété reste une énigme .
Cela dit respect pour toute cette énergie dépensée.
Réponse de HB : Dès que je reviens, c'est promis...:-)