Nul n'est censé ignorer la Loi...
C'est pourtant ce que tous mes amis bloggeurs ou presque semblent faire aujourd'hui. Tous animés, j'en suis certain, par des intentions louables, ils mènent, en ce moment même, une journée d'action pour protester contre je ne sais quelle liberté d'expression qu'on voudrait leur (nous ? m'?) enlever.
Étrange.
De quoi parle t'on ? De la loi Evin. Quel est le problème ? Elle n'a pas intégré Internet, à l'époque, dans la liste des médias concernés. Il y a donc un vide juridique que la justice, qui ne fait qu'appliquer la Loi, s'efforce de combler. Y'a t'il danger pour ce blog ? Non, bien sur...
Car la loi Evin restreint la PUBLICITÉ pour les boissons alcoolisées. Hors, a ma connaissance, aucun blog de vigneron ou d'amateur ne fait de la "publicité" au sens stricto sensu du terme. Qui le lirait ? ;-). Nous ne sommes donc en aucun cas menacé Et si, malgré tout, un juge estimait que donner la recette de la compote de pomme ou raconter mes aventures autrichienne était de la publicité ;-), la Loi Evin a toujours permis au vigneron comme au négociant de communiquer librement sur sa vie, son œuvre et ne pourrait donc m'en empêcher. Ce qui est juste.Et donc, le réexamen de la loi doit, espérons le, juste étendre son domaine de compétence au monde virtuel. Pas de quoi en faire un fromage. Sauf bien sûr si elle venait à tout interdire, ce qui serait stupide. Pourquoi interdire sur Internet ce qu'on autorise en affichage ou en presse écrite ?
Au risque de me faire lyncher, je pense que cette loi, certes très restrictive, est plutôt bonne. Elle protège les jeunes. Elle associe la communication à un message sanitaire qui condamne l'EXCÈS de boisson et non son usage. Qui peut raisonnablement être contre ? Elle empêche de lier l'alcool au sport, au sexe, à la vitesse, à la jeunesse et j'en passe. Ais je besoin de porno-chic pour vendre mon produit ? En suis je réduit, comme certains grandes cuvées de champagne dans certains pays, à ça ? Des adolescentes déshabillés qui se versent du champagne dessus ???
Et si, finalement, en restreignant la communication des alcools durs qui n'ont souvent rien d'autre à montrer qu'un distillateur ou qu'une usine d'embouteillage, cette Loi nous... protégeait, laissant aux petits vignerons familiaux la possibilité de parler de leur vie, de leur métier, de leur histoire, de leurs récompenses, de leurs terroirs, de leurs modes de vie ou d'élaboration. Pour ma part, ça me suffit. Car de toute façon, je n'ai pas de budgets pour faire de la pub, sur internet ou ailleurs. Et je ne vais pas pleurer si Pernod-Ricard, Gallo ou d'autres mastodontes ne peuvent en faire en France qu'en montrant une bouteille, prouvant ainsi que les alcools forts ou les vins industriels n'ont rien à voir avec le vin de terroir, artisanal, tant au niveau de usage que de l'élaboration. Ils ne désaltèrent pas. Ils n'évoluent pas. Ils n'accompagnent pas le quotidien. Ils ne permettent aucun partage et sont absorbés brutalement, n'importe quand et n'importe où, sans réflexion, ni raison, ni culture...
Amis bloggeurs, notre combat, si combat il y a ou il doit y avoir, il est là : sur la différence fondamentale entre une boisson issus de fermentation et une issus de distillation...
P.S. : A la sortie de la loi Evin, j'avais fait une étude complète la dessus. J'aurais bien aimé vous la mettre en ligne, mais elle s'est perdue à l'occasion d'un changement d'ordinateur, je ne sais quand, je ne sais où. En rentrant, je chercherais dans mes vieux CD...
P.P.S. : ce soir, "A boire et à Chanter" aux Caves Legrand, Galerie Vivienne, Paris 2ème, avec deux beaux verres de Clos des Fées et le Bizeul en personne pour les commenter. 20H30 précise. Gratuit, mais prévoir 15 euros pour les artistes, un trio vocal de chanteurs-comédiens qui interprètera un répertoire jouissif et gustatif mêlant Vian, Mireille, Topor ou Pierre Dac... Le vrai vin, quoi...
P.P.P.S. : c'est de la pub, ça, non ? ;-)))
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15 commentaires
Bonjour Hervé,
A mon avis (et je ne suis pas juriste) la crainte de vignerons utilisant Internet (Blog ou site conventionnel) vient de la décision de justice liée à l'article du Parisien (Février 2008 ?) jugé trop élogieux sur les champagnes. Ce n'était pas de la publicité au sens strict du terme (qqun paye pour promouvoir un produit) mais de l'information (comme on peut en trouver sur les sites ou le blog). Si jamais cette jurisprudence est appliquée à Internet, alors ne pourra t on pas considerer qu'un écrit numérique vantant un vin (même de manière contenue et raisonnable et sans inciter à la consommation excessive) est aussi de la publicité et rentre donc dans le cadre de la loi EVIN.
Sinon, je pense que l'éducation (et ce dés le plus jeune age) sur les méfaits de la consommation d'alcool vaudrait bien mieux que la répression et l'interdit.
Denis
PS : bien reçu l'invitation. Merci bcp. Je devrais y être le vendredi soir
Réponse de HB : j'ai développé sur la réflexion de Damien. Ce qu'à dit la justice, c'est que le supplément du parisien était de la pub à peine déguisée et que donc il fallait un minimum de vrai rédactionnel OU un message sanitaire. Les deux affaires, Loi Evin/Internet et Parisien, n'ont rien à voir entre elle. Ce que rappelle la justice, c'est que la pub, c'est la pub (on paye pour écrire) et qu'un avis, personne paye. Certains semblaient l'avoir oublié...
"Car la loi Evin restreint la PUBLICITÉ pour les boissons alcoolisées. Hors, a ma connaissance, aucun blog de vigneron ou d'amateur ne fait de la "publicité" au sens stricto sensu du terme. Qui le lirait ? ;-). Nous ne sommes donc en aucun cas menacé Et si, malgré tout, un juge estimait que donner la recette de la compote de pomme ou raconter mes aventures autrichienne était de la publicité ;-), la Loi Evin a toujours permis au vigneron comme au négociant de communiquer librement sur sa vie, son œuvre et ne pourrait donc m'en empêcher"
J'étais longtemps prête à signer ce que tu viens de dire, Hervé - amener mes lecteurs en balade sur la colline de Lisson, leur parler de mes joies et parfois mes soucies (à quatre pâtes...), des vins de mes ami(e)s, de mon village, mes voyages, me semblait hors d'atteinte d'une quelconque loi, soit elle Française...
Mais la lecture sur le Web m'a permis de regarder au delà de mon bout de nez (dans le verre parfois, ou dans mes cuves actuellement). Les projets de lois, limitant pas seulement la publicité - et je suis d'accord avec toi, nous ne faisons pas la publicité, nous ne racontant que la vérité vraie de nos préoccupations quotidiennes - que nous vivons de la vente de nos produits, n'est qu'accessoire:-) - donc ces projets sortent des tiroirs dans d'autres pays d'Europe - sous la tutelle de ministères sous pression du lobby pour la protection de la santé, la protection de la jeunesse, contre l'alcoolisme, de la femme enceinte et de son fœtus et j'en passe... et tous ces textes sont plus restrictifs l'un que l'autre (voire la discussion en Allemagne).
D'accord pour Pernod Ricard, Heineken et Compagnie, eux et nous, ce n'est pas le même combat, mais qui me protégera à la longue des aigries, qui feront l'amalgame entre mon louange du plaisir conviviale et du partage, la culture du bon vin (dans la vigne, à la cave et à table) et les autres? En France, tout ce qui n'est pas autorisé et interdit, le le système légal, n'importe quel avocat pourrait menacé de plainte demain nos écrits innocents, qui justement parlent de culture, qui englobe plus que ce fameux article 18:
<<Art. L. 18. - La publicité autorisée pour les boissons alcooliques est limitée à l'indication du degré volumique d'alcool, de l'origine, de la dénomination, de la composition du produit, du nom et de l'adresse du fabricant, des agents et des dépositaires ainsi que du mode d'élaboration,
des modalités de vente et du mode de consommation du produit.
<<Cette publicité peut comporter en outre des références relatives aux terroirs de production et aux distinctions obtenues.
<<Le conditionnement ne peut être reproduit que s'il est conforme aux dispositions précédentes.
<<Toute publicité en faveur de boissons alcooliques, à l'exception des circulaires commerciales destinées aux personnes agissant à titre professionnel, doit être assortie d'un message de caractère sanitaire précisant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé.>>
Qui définit la frontière entre publicité et communication, qui nous protège d'être traités de "guérilla marketeur", quand nous écrivons sur nos blog, quand nous intervenants sur un forum du vin?
Réponse de HB : chère Iris, merci pour l'article qui montre bien de quoi il est question. Pourquoi te sens tu menacée? Tu ne fais aucune publicité, à ce que je sache ? Tout ce que tu as à faire, si tu y tiens, c'est de mettre un message sanitaire quand tu encourages à boire comme un trou, tes vins ou les autres, ne sachant pas quel public de lis. Est-ce vraiment si contraignant que cela ? Et tu sais comme moi que c'est vrai : l'ABUS d'alcool est dangereux pour la santé. Un petit avenant, et puis voilà. De toute façon, qui connait les frontières de l'internet ??? Les pubs outrancières pour l'alcool sont accessibles d'un clic pour les marques mondiales...
"sur la différence fondamentale entre une boisson issue de fermentation et une issue de distillation" ...
Défendre sa chapelle en demandant de taper sur les autres ne m'a jamais semblé une solution durable, ni efficace.
Doit-on demander aux valaisans de faire fermer Morand, aux passionnés du Bollenberg de laisser tomber leur incroyable série d'eaux-de-vie (http://www.bollenberg.com/alcools.h...), à Michel Couvreur d'arrêter d'élever des single malts ? Non, cent fois non. Il y autant de passion et de patrimoine culturel derrière bien des distilleries que dans le monde viticole.
Que tu souhaites combattre un "alcool de masse" au profit d'un "alcool d'amateur", je le comprendrais volontiers. Je n'irais évidemment pas pleurer sur la disparition des mauvais blends, des infâmes tequilas et des ignobles gins qui alimentent les soirées étudiantes.
Mais je ne vois pas ce qui te pousse à mettre alcools forts et vins industriels au même plan ... Chez les distilleurs comme chez les vignerons, il y en a qui font de la quantité, et d'autres qui cherchent avant tout à progresser dans la connaissance de leur métier.
Réponse de HB : oui, j'en conviens, je n'ai pas pensé au 0,000001 % (et je suis gentil sur les 0
de distillateurs français ou étrangers qui s'efforcent, comme moi, de faire une boisson d'auteur, une eau de vie de derrière les fagots, avec une histoire et une tradition. Désolé, mais à l'échelle du marché des alcools forts, ils n'existent pratiquement pas... Une dizaine en France, une centaine dans le monde ? Mais bon, pardon de les avoir oubliés. Je les met de mon côté, avec quelques liqueurs historiques... Au fait, n'oublie pas le rhum, premier alcool mondial à base de résidu de fabrication de sucre de canne et la vodka, à base de n'importe quoi...
Quand à vins industriels et alcool forts, c'est leur puissance qui les réunis. A eux deux, ils changent, avec leur milliards de pub, la vision du consommateur et font tout pour leur expliquer qu'ils ont les mêmes valeurs que nous... La pub de Gallo, il ya qq années, scandaleuse, avec la fille Gallo, à l'arrière d'un vieux pick-up sortant une comporte de 10 kg de raisins était une honte, quand on connait comment les vins sont faits ! Combien y on crus ?
Bonjour hervé,
pour répondre à la question voici ci-dessous un petit lien pour rappeler que la distinction entre contenu publicitaire et contenu rédactionnel (un article de journal donc pourquoi pas un blog) n'est pas prise en compte par la justice :
http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...
En plus de ce triste exemple très éclairant où un journal d'information a été condamné je pense qu'il vaut mieux agir au plus vite même si le danger est à la porte du voisin et pas encore à la sienne... On m'a raconté qu'à l'époque de l'adoption de la loi Evin on avait fait miroiter au vignerons que seuls les producteurs d'alcool forts seraient touchés... Un peu de solidarité et de vision à long terme auraient peut-être fait changer les choses à cette époque?
Réponse de HB : cher Damien, les négociants champenois sont les rois de l'achat d'espace déguisé, au point que des "supplément" entiers de certains journaux leur sont spécialement étudiés par des régies publicitaires. Faire le panégyrique de négociants en retranscrivant les dossiers de presse ou en faisant semblant d'aimer des "cuvées spéciales" uniquement conçues pour avoir du rédactionnel, ce n'est pas ma conception du "journalisme". Les suppléments vins bien fait, contenant vraiment des conseils d'achat, des enquêtes et des avis de journalistes abondent. Ils ne sont jamais attaqués par le lobby anti-alcoolique. L'as tu simplement lu, ce fameux "supplément" du Parisien ? C'était édifiant... Et tout ce qu'a dit la justice, c'est que comme c'était à l'évidence de la publicité à peine déguisée, il fallait un message sanitaire... où est le problème ?
Je ne me sens absolument pas menacé dans ma liberté de communiquer sur mon travail, sur le goût de mes vins ni sur leurs spécificités. J'ai tout le loisir de faire de la pub, si j'en ai envie. Ma liberté individuelle s'arrête où commence celle des autres et en tant que producteur de vin, je me sens responsable et comprend que certaines dérives, officielles ou offiieuces, doivent être encadrées par la Loi. Libre à toi de prôner un ultra-libéralisme en la manière (voir les campagnes de pub des champagnes ou des alccols à l'export, c'est édifiant...) Libre à moi de penser que la situation actuelle est équitable.
Enfin, si tu crois que je suis solidaire avec Heineken ou Ricard sous prétexte qu'il y a plus ou moins d'alcool dans nos boissons, tu peux te mettre le doigt dans l'œil jusqu'au coude, parce que c'est pas le cas. On mélange pas les torchons et les serviettes, disait ma grand mère, et elle avait bien raison. Ne viens pas m'insulter sur mon blog pas en me mettant dans le même sac que les alcooliers et leurs open-bar dans les soirées étudiantes !
P.S. le Parisien, un journal d'information ?
"Au risque de me faire lyncher, je pense que cette loi, certes très restrictive, est plutôt bonne. Elle protège les jeunes. Elle associe la communication à un message sanitaire qui condamne l'EXCÈS de boisson et non son usage. Qui peut raisonnablement être contre ?"
Bien sur que personne ne peut être contre,mais on peut tout de même émettre de grands doutes quant à son efficacité et donc à son utilité.
"elle protège les jeunes et condamne l'excès":de ce coté là,elle a largement fait chou blanc et j' en veux pour preuve les soirées étudiantes ou toutes sortes d'alcools sont mélangés,de la vodka jusqu'à l'absinthe,le tout accompagné de substances fumeuses ou pulvérulentes encore moins licites.Quand mon ainé qui découvre ce milieu depuis cette année sur Toulouse me raconte ces soirées,ça me fait froid dans le dos!!!Lui qui a été élevé dans la culture du vin,celui qui est présent sur la table de tous les jours,et bien même lui est impressionné à la vue de tels comportements qui visent à se mettre minable le plus rapidement possible.Et je ne m'étalerai pas sur les fêtes du pays basques et autres"botellons gigantes"espagnols
Alors avant de rajouter une couche de répression,faudrait peut être faire un bilan de cette loi à mi-parcours;mais bon,je rêve un peu comme toujours car on a rarement vu des politiques se remettre en question!
Journal d'information ou pas, il semble que tu le lises malgré tout
(ou alors seulement ce fameux supplément?).
Pour faire court, et sans t'insulter le moins du monde, tu dis "nul n'est censé ignorer la loi", je dis "la loi est la même pour tous".
Je pense que parmi les bloggers participants, tout le monde est d'accord avec la distinction que tu fais entre journalistes corrompus, bloggers producteurs ou amateurs et grands alcooliers (en simplifiant un tout petit peu pour rester concis).
Cependant, j'attire ton attention sur deux réalités : ta bonne foi, ta passion, tous les messages sanitaires de la terre et le fait que tu n'es pas payé pour faire un article sympa sur un vin ou un autre ne te mettent AUCUNEMENT à l'abris. La loi est la même pour tous, et tu seras mis exactement dans le même sac que les alcooliers. ZERO communication sur Internet. Parce que dès que tu parles de vin, tu as 99% de chances de sortir de l'article 18 qu'Iris cite à juste titre.
La seconde réalité c'est que ton combat "le vin n'est pas un alcool comme les autres" (toujours pour simplifier un tout petit peu), est quand même perdu d'avance : les prohibitionnistes te diront que 60% des alcooliques sont alcooliques au vin (et ils auront raison sur les chiffres).
Tu as la chance d'avoir des vins et un nom connus et reconnus, ce n'est pas le cas de tout les producteurs. Pense à ceux pour qui pouvoir acheter quelques mots clefs et un ou deux bandeaux de pub sur Internet est synonyme de revenus nécessaires à leur survie...
Enfin, à titre personnel :
- mes soirées étudiantes ne sont pas loin derrière moi
- je n'y ai jamais bu/vu de vin
- je n'ai aucune sympathie pour les alcooliers non plus
Voilà, tu ne te sens pas insulté par ce message j'espère
Excellent débat, très intéressant. Personnellement je suis plutôt de l'avis d'Hervé et je pense que la loi Evin est comme la rime imposée des poèmes, elle nous protège de la facilité voir de la médiocrité !
PS Merci beaucoup pour ton invitation au Grand Tasting
le problème qui se pose surtout est : ou commence la publicité ??? est-ce par un compte-rendu élogieux ???
là est le problème...
Cher M Bizeul,
Je ne suis pas d'accord avec vous. Même si l'article du Parisien était condamnable (vous le dites, moi je ne le pense pas vraiment), la décision a fait jurisprudence et frappe donc indistinctement les bons et les mauvais articles; les journaux diffusent maintenant un message sanitaire quand leurs journalistes parlent de vin, à tout hasard. Le rédactionnel et la publicité sont amalgamés, les lecteurs sont traités comme des esprits faibles, sans aucun libre-arbitre, c'est une drôle de conception de la presse. Encore un ravage du fameux principe de précaution: au cas où un article pourrait inciter des consommateurs à boire trop, il faut avertir tout le monde et en tous temps. C'est bien sûr plus facile que d'éduquer à boire...
Et puis, il ne faut pas être angélique, cette décision de justice a été rendue sur plainte de l'ANPAA, dont les partisans pensent que la Loi Evin ne va pas assez loin, et prônent, non pas la modération, mais l'abstinence - c'est aussi ce que dit le directeur de la Santé (le Ministère, pas la prison :-)).
Vous n'êtes plus journaliste, moi si, et cette ingérence dans notre métier me gêne. Comme journaliste, je suis prêt à répondre de mes dérives éventuelles, il y a des lois pour ça, diffamation, atteinte aux moeurs, etc... Mais pas à m'autocensurer et à ajouter à mes textes sur le vin une mention qui laisse croire que j'encourage à consommer plus, ce qui est faux. Ou qu'on me prenne pour un publicitaire.
Enfin, croyez-vous que le problème de l'alcoolisme des jeunes est dû au vin? Comparativement aux mixers (soft + vodka, principalement), vin et champagne sont très peu utilisés dans les soirées arrosées: ils sont trop chers, et l'effet est trop lent, et puis, le pinard, c'est la boisson de papa.
Par ailleurs, même si je comprends votre souci d'une consommation responsable (j'y suis aussi favorable),
je pense qu'il y a vraiment danger que le vin, diabolisé comme il l'est, disparaisse des habitudes alimentaires. S'il faut choisir son camp, je suis dans celui des vignerons. Et oui, je pense qu'ils ont raison de manifester leur ras le bol: non seulement les temps sont durs pour certaines régions, mais il semble à beaucoup que l'Etat les traite en parias, tout juste bons à payer leurs taxes mais sans avoir le droit de communiquer.
Par ailleurs, les risques d'une ouverture de la pub, qui serait favorable aux grands groupes, ce que vous évoquez, ne justifient en rien la Loi Evin, ce sont plutôt des effets indirects. Chacun sait que lors de la mis en place de la Loi, celle-ci a eu la complicité des grands producteurs, qui voyaient là une occasion de maintenir leurs parts de marché, leur rente de situation. Alors je ne vois pas en quoi il serait plus sain, commercialement ou en termes d'hygiène publique, de permettre à Castel ou à GCF de garder des parts de marché que de les faire passer chez Constellation... L'Etat n'a pas à se mêler de concurrence.
Bref, si j'apprécie votre esprit de contradiction, votre côté loup blanc, pour l'occasion, je déplore que vous donniez des arguments à l'"ennemi" - ne vous y trompez pas, les lobbies anti-alcool sont puissants.
Cordialement,
Hervé Lalau
Secrétaire Général
Fédération Internationale des Journalistes et Ecrivains du Vin (FIJEV)
Réponse de HB : cher Hervé, merci avant tout d'intervenir sur ce modeste blog.
J'ai parlé dans mon billet de la réglementation de la publicité sur Internet, qui sortait, pour l'instant, du cadre de la Loi et que certains groupes importants se sont empressés d'utiliser d'une manière sans doute un peu provocatrice pour les anti-alcool. En ce qui concerne les "suppléments vins", je suis ravi qu'ils donnent des ressources aux journaux qui les fabriquent, à condition que le rédactionnel qu'ils contiennent soit un vrai travail de journaliste, de critique, d'enquête et de conseil. Ne voyez vous vraiment aucune dérive, parfois ? Ne vous inquiètent-elle pas autant que moi ? Permettez moi de m'en étonner. Vous devriez pourtant être le premier à vous en inquiéter, par simple déontologie... Ceci dit, croyez que je suis désolé si vous vous sentez "censuré". Pour ma part, rien de tel pour l'instant. Mais j'aimerai en reparler avec vous car je vous sens sincère et aimerai avoir connaissance de cas précis; j'avoue ne pas comprendre votre mal-être. En ce qui me concerne, je fais très bien encore la différence entre rédactionnel et publicité. Mais certains lecteurs de ce blog nous départageront peut-être.
Sur le reste, j'ai déjà évoqué sur ce blog la difficulté à être ivrogne (qui ne boit que du vin), au niveau du transport des bts, surtout ;-). Le billet était amusant. Enfin, j'ai la faiblesse de le croire...
Sur le vigneron méprisé, taxé, empêché de tourner en rond, c'est un autre sujet, vaste, complexe (le forfait agricole est sans aucun doute le plus formidable des paradis fiscaux du monde...) et nous en reparlerons à l'occasion On parlera aussi des exemptions de taxes, exemption de charges sociales sur les saisonniers, des aides à l'investissement, des aides à l'export, des aides au remembrement, du déficit de la MSA, etc., bref de tout ce que les vignerons passent sous silence et on fera l'addition/soustraction. Vous risquez d'être surpris... On est pas les plus malheureux, même si certains souffrent, ce qui me dépriment. Pour autant, je ne les croise toujours pas chez les cavistes, dans les hypers, sur les forums... Est-ce uniquement la faute de monsieur Evin ?C'est un bouc émissaire bien facile... Encore un vaste sujet qu'il faudrait plutôt traiter sur un forum (où je croise bien peu de journalistes, soit dit en passant...) que sur ce modeste blog.
Quand aux vignerons alsaciens qui la ramènent en manifestant sur "l'état", horrible qui les empêche de tout, ils sont les premiers à crier au secours quand on parle de leur supprimer le privilège exclusif de planter certains cépages, ce qui m'ai, comme à tous les autres vignerons français, toujours interdit (Riesling, gewurtz, etc...). Alors, trop d'état ? Pas assez d'état ? La poutre et la paille, ça n'a pas vieilli...
Je ne donne des arguments à personne. Je dis franchement et ouvertement que l'alcool est un vrai problème, qu'il faut éduquer, que ceux qui le disent ont des arguments parfois valables (même s'ils sont excessifs, bien souvent, j'en conviens) et que je dois les respecter comme ils doivent me respecter, moi et mes vins. Ennemis ? Drôle de vision...
Enfin, loi Evin ou pas, je vois fleurir de nouveaux journaux, on parle du vin un peu plus qu'avant et à la télé, même, nous avons eu cette fin d'année plein de reportages intéressants et même Mondovino. Alors, soyons créatifs au lieu de nous plaindre...
Bon, pardon pour les fautes, je me relierai demain...
Cher Damien,
Il n'est pire sourd que celui qui ne veut entendre... Tu devrais lire ce fameux article de la Loi Evin... Tout ce que j'écris sur ce blog ou sur les forums est PARFAITEMENT conforme à ce que la Loi m'autorise. Je ne parle en fait, directement ou indirectement, comme tous les bloggeurs sérieux, que de "des agents et des dépositaires ainsi que du mode d'élaboration, des modalités de vente et du mode de consommation du produit".
Ce qui est en question sur Internet à l'heure actuelle c'est par exemple la PUBLICITE que fait Heineken sur le site du Monde, de la Redoute ou de la vie des animaux... Rien à voir avec ce que nous faisons, nous, les blogger.
La publicité est de toute façon parfaitement autorisée pour le vin en France, dans certaines limites (même à la radio, d'ailleurs...) pourvu qu'elle soit accompagnée d'un message de prévention contre les EXCES... Le web va bientôt rentrer dans la norme, pas la peine d'en faire un fromage.
Quand au "petit producteur" qui achète un mot clef sur internet, tu crois VRAIMENT que ça va lui faire vendre du vin ??? Tu ferais ça, toi, si tu étais producteur ? Bon courage. Quand à ma notoriété, c'est gentil, mais tu l'exagère grandement. Si je vends un peu de vin, c'est parce que je vais à la rencontre des amateurs et que je leur fait gouter. Pour le reste, si c'était si simple...
Pour Frédéric, un compte rendu, élogieux ou pas, n'est en aucune façon concerné par la loi qui ne régit que la PUBLICITE. Donc, il y aurait problème si je te payais pour dire du bien de moi. Là encore, du moment que tu ne fait que dire ce que tu as ressenti, c'est parfaitement autorisé du moment que c'est accompagné d'un message d'avertissement sur le EXCES ;-).
Détendez vous donc un peu et attendons les textes.
Psssst Mr Bizeul......Entre nous,sur le paragraphe du "vigneron méprisé",faut pas cracher dans la soupe,ça nous a tous bien aidés pour démarrer notre activité en plus du salaire de "maman".Et puis si l'on doit disserter sur tous les avantages corporatistes de ce pays,on va y passer le réveillon.....
Réponse de HB : loin de moi l'idée de critiquer subventions et allègements. Elles m'ont été bien utile et si l'occasion se présentait, je ne manquerai pas, si je le peux, de continuer à en profiter pour renforcer la performance et la compétitivité de mon entreprise. Mon seul propos était de dire que le vigneron n'est pas toujours la "victime" de l'état, comme certaind souhaitent le faire croire (dont des vignerons, d'ailleurs...). Il y a du bon ET du mauvais dans la puisance publique et il me semblait important de le rappeler. Désolé si mes propos prètaient à confusion.
J'ai exhumé un article du Professeur Didier Houssin, directeur général de la Santé, dans un numéro spécial du Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire consacré à l'état des lieux de l'Alcool et de la Santé en France :
"Réduire la consommation globale d’alcool reste le seul moyen de répondre avec efficacité aux enjeux de santé publique posés par la consommation d’alcool. C’est aussi l’objectif de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique. L’atteindre passe par l’augmentation du nombre d’abstinents et la réduction de la consommation des petits et moyens buveurs, les plus nombreux".
En parlant du lobby anti-vin, j'avais mis le mot "ennemi" entre parenthèses. Je ne veux ostraciser personne, il y a certainement des gens de bonne foi dans les deux campas. Mais comment désigner des gens qui voient dans le vin un ennemi? Et quelle serait notre fonction, journalistes vineux, dans un monde où boire serait antisocial? Apologistes de comportements déviants?
En ce qui concerne les mentions sanitaires, je constate qu'elles ont actuellement et mystérieusement disparu des grands journaux sur le web - il y a 6 mois, je les avais relevées sur le Figaro, le Point, à côté de tout article présentant des vins.
H. Lalau
Je vous félicite Monsieur Bizeul pour votre prise de position honnête et, en lisant les réactions qu'elle engendre, je me rends compte que c'est aussi une position courageuse.
L'esprit de corps de vignerons (y compris de bons vignerons) avec les grands alcooliers fait peur. Je suis amateur de vins mais aussi simple père de famille.
Hervé
je suis d'accord avec toi, cette loi est nécessaire pour combattre des formes de publicité qui risquent de promouvoir l'abus d'alcool ou la consommation des mineurs, et pour encadrer donc une publicité pour une consommation modérée.
Elle ne concerne ni les blogueurs (qui écrivent sur le vin et qui pourront continuer à le faire) ni les publicités sur internet bien encadrées - avec avertissements sanitaires, et seulement sur les sites qui n'ont pas pour cible directe les jeunes, les sports...
Une chose que personne n'ose discuter c'est qu'il y a un critère très simple pour distinguer entre les formes d'alcool qui se prêtent à des abus, et celle qui restent du domaine de la modération (et ce n'est pas distillé/fermenté...) : LE PRIX. On n'ouvre pas un Lagavulin ou un Clos des Fées, ni un Bandol de 15€ ni même un Vin de Pays à 6€ pour se saouler... ce seront des vins à 2-3€ (Minervois Pierre Chanau, Cahors Carte Noire), des packs de bières bas de gamme (Fischer, 33 Export), des distillés à 11-14€ le litre (whiskey William Peel No 6, rhum Old Nick). Quiconque suggèrera de limiter la publicité aux produits dépassant un seuil de prix se fera tacher d'elitiste, bien sur. Et pourtant, il me semble que ce serait déjà efficace: pas de pub pour des produits alcoolisés qui reviennent à moins de 0,50€ par centilitre net d'alcool pur (pour une bouteille de vin, cela fait ~5,55€).
@tous,
Je pense que nous avons désormais en main toutes les clefs du problème et sachant:
Que l'alcoolisme est un réel danger et un échec de la société pour la société.
Que les intérêts sont biens différents entre les producteurs d'alcool (en général) et le peuple, donc l'Etat dans sa politique santé publique.
Que les dangers de l'alcool sont les mêmes, quel que soit le type de produit, du moment qu'il en contient. Car il existe des alcooliques consommant exclusivement du vin, que leur motivation se cantonne au rapport alcool/volume/prix et que la question du transport est secondaire pour le toxicomane en manque qui a déjà perdu toute autocritique. Laissez par exemple quatres alcooliques en manque, seuls avec une bouteille de La petite Sibérie et vous verrez le résultat...
Qu'il y a une différence sémantique entre déguster et boire et que celle-ci prend tout son sens lors de l'avènement de soirées - pas forcément - étudiantes - mais - où - en tout cas - de très jeunes gens consomment de l'alcool d'une façon non constructive.
Qu'on peut faire une différence idéologique et qualitative entre production de masse et production artisanale mais que ce n'est pas un critère suffisament objectif.
Que je suis étudiant, que je ne pratique pas le "binge drinking", que je bois du vin régulièrement mais que je suis attentif à ma consommation en pratiquant au minimum 1 jour d'abstinence par semaine (d'alcool, bien entendu).
Que la majorité de la production d'alcool et de vin - que ce soit en Languedoc-Roussillon, en Bourgogne, à Bordeaux, à Jurançon, en France, dans le monde - correspond à de la production de masse.
Que l'alcoolisme est bien moins présent dans les régions où boire - et produire - de l'alcool font partie des pratiques culturelles.
Que j'ai déjà éprouvé du plaisir à boire un mauvais Label5 alors que j'étais bien accompagné.
Qu'internet est un média qui permet à son utilisateur d'aller voir ce qu'il veut (et que parfois ce qu'il ne veut pas viens à lui).
Nous pouvons donc en déduire:
Qu'il faut réglementer la promotion des boissons alcoolisées afin de ne pas dépasser certaines barrières.
Que les politiques publiques doivent s'orienter vers la nécessité d'éduquer nos enfants à l'existence de l'alcool et de l'ivresse, ainsi qu'à ses dangers et donc doit promouvoir une consommation modérée de boissons alcoolisées dans un cadre culturel sain accompagné d'une parole éducative; plutôt que d'inciter, par l'usure, à diminuer la consommation d'alcool globale (ce qui ne règlerait pas le probléme, bien au contraire).
Qu'il y a donc une nécessité de pouvoir communiquer librement autour des boissons alcoolisées et du vin, d'une façon objective et argumentée, tout en rappelant les dangers de ces produits.
Si les acteurs de la filières n'avaient pas laissés la place vide, les hygiénistes auraient moins de quoi alimenter leur moulin. Si nous étions volontairement irréprochables, moins des lois absurdes auraient vu le jour.