Des arbres à terre

Bientôt trois jours que nous tronçonnons.

Les routes sont dégagées. Il reste encore toute l'oliveraie, où plus d'une trentaine de pin immenses sont tombés, bloquant tout passage dans les terrasses.

Certaines branches ont été fendues net par le vent tournoyant à une vitesse folle.  Quel âge peut-avoir ce chêne ? Et malgré sa force, il n'a pas échappé à la correction des éléments. Je suis sans voix.


A d'autres, encore vivant mais grand blessés, il manque comme un bras, ou une jambe. Survivront-ils à cette "guerre" ?

Certains amandiers ou oliviers sont à genoux. Il faudra les couper. D'abord des routes, ensuite, nous verrons les parcelles. Mais la taille doit aussi continuer, alors, en attendant, nous le verrons s'éteindre, à petit feu, son feuillage flétrir, jaunir, lentement, dans une longue agonie silencieuse.

Au détour d'un tronc brisé, des couleurs flamboyantes m'interpellent.

Comment ne pas penser sang quand on voit la couleur de cette sêve ?

Ses nuances, ses textures, même en mourant, ces arbres sont beaux et arrivent à m'émouvoir.

Leurs fibres torturées, brisées, ressemblent à une chair douce et intime, mise à nue dans la tempête.

En passant, une dernière caresse. Je l'avoue sans honte, j'ai eu l'envie d'en prendre certains dans mes bras...

Mais il faut travailler. On coupe ce qui est cassé, espérant sauver certains arbres et les voir repartir.

Au Clos des Fées, beaucoup d'arbres poussaient dans le creux de vieux murs.

En mourant, ils ont entrainés les murets de pierres sèches avec eux. Il faudra reconstruire.

Pas d'accès, chaque branche, chaque buche, chaque billot se transporte à la main ou sur le dos.

Au bord de la route, les morceaux s'entassent, chaque heure venant augmenter un tas déjà immense.

Toute l'esthétique du lieu est bouleversé, toute les perspectives. Je perd totalement mes marques, je ne reconnais plus mon Clos des Fées.

Je sais que mon regard, mon esprit, mes souvenirs, tous s'adapteront et que, dans quelques mois, j'aurais peine à me souvenir de certaines vues qui pourtant m'étaient chères.

Mais pour l'instant, impossible de me raisonner. Je crois qu'il faudra que j'évite cet endroit quelques jours...

Presque à tous les coins dégagés, d'immenses tas de branches attendront d'être brulées, dès que le temps et le climat le permettront.

5 commentaires

#1. 1ppy | samedi 31 janvier 2009 - 20:01

Comme "Klaus" (le cyclone coupable des ftotos ici présentes) est passé chez moi en Galice (Nord Ouest Espagne) environ 36h avant son parcours en France, je pense utile de (te) commenter ici qu'un nouvel avis de tempête a été donné chez moi pour cette nuit (du sam-31-jan au dim-01-fév) avec des vents de plus de 100km (entre 130 et 180 pour "Klaus").

#2. 1ppy | dimanche 1 février 2009 - 19:30

Le résultat: entre 100 et 126km/h de vent cette nuit d'aprés les mesures officielles.

#3. muriel | lundi 2 février 2009 - 15:30

De tout coeur avec vous, en espérant que comme ici en Gascogne, une fois les dégâts passés et le 'nouveau paysage' apprivoisé nous garderons en mémoire la solidarité et l'entraide de chacun. Bon courage à vous.

#4. laurentg | mercredi 4 février 2009 - 11:23

Désolation. Bon courage.

Enorme vent chez moi aussi, mais pas dégât (j'attends tjs la réparation de ma ligne téléphonique).

Les experts du CNES évoquent ces "modifications climatiques" sans trop savoir les circonscrire.

Et pendant ce temps dans la bande de Gaza ... (soupir !).

#5. Oleiculteur | lundi 9 février 2009 - 11:48

http://www.afidol.org/forum/viewtop...

Une petite vision sur les oliviers, de l'autre coté des pyrenées, ou Klaus est passé

Cordialement

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