Où l'on revoit (vite...) sa définition du mot crise
Après bientôt quatre ans, je suis toujours aussi surpris d'écrire ce blog. En mai 2005, j'ai commencé tranquillement, sans trop me poser de questions. Qui étaient les 220 visiteurs de ce joli mois de Mai ? Sont-ils toujours là ? Qu'allais-je écrire ? Je ne savais pas, quand j'y repense, ce qu'était vraiment un blog et je me demande certains soirs si je le sais d'ailleurs...
Après quatre ans, on se rend compte d'une chose, que je pense vous diraient tous ceux qui ont un blog actif, c'est que c'est vraiment un "genre" d'écriture qui a sa propre personnalité, sa vie, ses rythmes. Je le vois bien quand je lis certains billets d'autres bloggeurs sur le vin, nous avons tous, plus ou moins les mêmes attirances/répulsions, les mêmes interrogations, les mêmes problématiques qui pourraient se résumer la plupart du temps par "écrire ou ne pas écrire, voilà la question". Raconter, se dévoiler, montrer du doigt, un blog n'est ni un journal, ni un livre, ni une nouvelle, ni une revue, ni un site internet, c'est... un blog. Bon, après cette longue introduction/introspection, qui arrive, j'en convient, comme un cheveux sur la soupe, sans qu'il n'y ait le moindre évènement pour la justifier, je vais peut-être en revenir au sujet que je gardais sous le coude depuis la semaine dernière 
Alors que le mot "crise" est sans doute le plus utilisé depuis quelques mois, et que j'en suis, comme vous sans doute, un peu las, j'y repensais pas plus tard que dimanche dernier. Dans le noir, une bougie à la main, après être allé mendier une pochette d'allumette chez mon voisin/sauveur, en train de me demander combien d'eau il faudrait chauffer pour le bain la toilette des enfants, je me suis dit que, finalement, cette tempête était un bon moyen de voir ce que serait une "VRAIE" crise.
Pas d'électricité, cinq jours, et tout change...
Les gens, bien sûr. Les mauvais deviennent méchant, vindicatifs, agressifs, faisant sortir d'eux une sauvagerie dont on perçoit alors qu'elle était à fleur de peau, à peine canalisée par un fin vernis social. Pour un peu d'eau, pour un peu d'essence, pour un groupe électrogène, on se rend compte très très vite, au fur et à mesure que rien n'avance, que l'homme des cavernes est tout proche, avec sa violence intacte. Les bons, en revanche, deviennent généreux. Les intelligents deviennent solidaires. Si j'étais né en 1917 à leidenstadt... Mon dieu que cette chanson est d'actualité. Ça vous dit ? Allez, Christian, fait nous chauffer un peu de musique ;-).
On est heureux, au final, de vivre dans un village. Même si, bien sûr, l'ambiance a bien changée, c'est sans doute la meilleure organisation sociale pour vivre une vraie crise.
Les choses, ensuite. On parle de crise, mais, quand on y est vraiment, on prend la mesure de l'extraordinaire confort, de toutes ces facilités, de ces incroyables "avantages acquis" dont nous jouissons, sans en réaliser le prix, sans en savourer le luxe. La lumière. La chaleur. La conservation des aliments. La musique. Les loisirs. La liberté de rythmes de vie, apportés par notre maitrise de l'énergie. Très vite, la vérité nous saute aux yeux : vivons comme des enfants ultra gâtés. Et, dans, le noir, dans le froid, collé à sa bouillotte en fausse fourure (et oui, on ne se refuse rien ;-), sachant bien sûr que ça va revenir, même si ça tarde un peu, on se dit, très égoïstement et sans doute un peu naïvement : "pourvu que ça dure...".
En même temps, au fur à mesure que les jours passaient, j'ai trouvé extraordinaire de pouvoir ainsi "décroitre". Au niveau énergie. Au niveau nourriture. Au niveau loisirs. Très vite, on change ses rythmes, on s'adapte aux saisons, les rues du villages s'animent à nouveau, les gens recommencent à se parler, puisque c'est le seul moyen désormais de transmettre de l'information. Le café se re-remplit, les habitudes changent. Tout ne serait sans doute pas négatif à la crise... La cheminée sert à nouveau à chauffer doucement des mets qui étaient sortis de notre ordinaire, et on se surprend à revenir à la réalité, celle d'une simple soupe qui a un tout autre goût lorsqu'elle est montée en température en deux heures plutôt que de "vibrer" au micro-onde... Et la famille prend plus d'importance, tout le monde se replie plus et s'ouvre plus, en même temps. C'est difficile à expliquer. Et c'est sans doute hors sujet sur ce blog. Mais bon, voilà, c'est écrit 
Bon, c'est promis, j'aurai désormais une caisse avec des bougies, des lampes, des piles, des allumettes, un groupe électrogène pour ma chaudière. Je vais pas encore stocker du riz ou des pâtes, mais parfois, je me dis que je devrais quand même en avoir quelques paquets de côté 
P.S. : la vie passe. Je suis stupéfait par la faculté des gens qui m'entourent à reprendre une vie normale, à ne faire comme si rien ne c'était passé, à ne rien changer à leurs habitudes...Il n'est de pire aveugle que celui qui ni veut pas voir...
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3 commentaires
Salut HB
Nous avons connu ça en Décembre 99.
Le contenu de notre cave était d'un réconfort...
Nous n'avions alors plus froid dans nos chambres sans chauffage et nous nous étions pris au jeu de l'éclairage à la bougie. Bon souvenir malgré tout.
A un tout autre niveau, qui n'a rien à voir avec ce que tu as connu, lors de notre séminaire dans le Jura, pas de TV.
Mais une salle de travail jouxtant une cuisine à l'ancienne avec une vaste cheminée où on rentre debout.
Bref, à ce tout petit niveau, on a connu, notre petit groupe, ce sentiment de communauté qui manque tellement dans la vie courante.
Bravo pour tes papiers, toujours fascinants à lire : continue, continue !
Le Petit Laurent - tu aurais été fier - a réussi à nous faire une brouillade aux truffes digne de ta recette : merci !
Comme vigneron, l'interdiction des dégustations gratuites sur le lieu de vente vous inquiète-t-elle?
Et comment éduquez vous vos enfants au vin?
Les deux éléments font partie du projet de loi "Hôpital, santé... etc". et j'aimerais connaître votre avis.