Une semaine cruciale
Pardon de n'avoir rien écrit cette semaine, cher lecteur.
Du travail, encore du travail, toujours du travail et aussi un mauvais virus qui m'a rendu aussi mou qu'une barre de guimauve, toussant, crachant, chourmouillant (on a le nez plein de trucs verts et jaunes, qui sortent en flux presque continu, le lieu de fabrication de toutes ces glaires incroyables étant placé très haut dans le conduit nasal, donc, hors de portée physique, quelque soit la force de votre soufflerie interne ;-), bref, une vision d'horreur, indigne d'un vigneron de ma qualité
Pas beau à voir, le Bizeul, revenu à l'état d'un petit garçon géniard, comme tous les hommes dans cette situation (vas y, lectrice, lâche toi sur les commentaires 
Pourtant, le vendredi arrivé, je me disais hier que la semaine était une de ces semaines "cruciales" qui ont une grande influence sur l'échec ou la réussite d'un millésime.
Je ne sais pas si je vais arriver à vous faire comprendre le truc, tout simplement parce que je le comprends pas moi même complètement. C'est du feeling pur et dur. Disons que dans un millésime, il y a comme ça quelques journées ou, en même temps, on peut (le temps le permet, essentiellement, mais il y a aussi le personnel et le matériel) mais surtout on DOIT faire une foule de choses dans la vigne et dans la cave... C'est LE bon moment. On le sent. Et le problème, souvent, c'est qu'il tout faire en même temps. Pour se glisser entre deux pluies pour labourer le maximum de terres au "top". Pour finir la taille des vignes. Pour continuer à avancer celle des oliviers. Pour arriver à désherber à la machine à dos les vignes non labourables, car pour une fois, il n'y a pas de vent. Ce qui permet aussi de finir au passage de brûler les branches héritées de la tempête. Pour soutirer quelques cuves tardives car les malos sont finies. Parce que les vins réduisent un peu et qu'il faut agir sur leurs lies. Parce qu'il faut aussi décider des assemblages. Parce qu'il faut broyer le reste des sarments. Parce que ceci, parce celà. Et bien, cette semaine, on a tout fait. Enfin presque, bien sûr. Mais on a fait beaucoup de choses...
Pendant ce genre de semaine, incroyablement productive, et bien tout se fait. Le matériel marche. Tout le monde est sur le pont. Les décisions prises, parfois très en amont, des années avant, portent leur fruits. Les tractoristes labourent droit, avec le bon matériel. Les sarments se broient. Le chenillard se faufile entre les vieilles vignes. Et c'est la semaine ou il faut faire et ne faut pas chipoter sur heures supplémentaires, car c'est là que l'ont marque des points.
Je me demande souvent si j'ai eu raison de "grandir", de tenter de passer du statut de petit vigneron solitaire, travaillant seul ou à deux quelques hectares à celui d'organisateur d'un "domaine". Souvent, j'ai du mal à trouver la réponse, à avoir des certitudes. Mais cette semaine, alors que les... seize collaborateurs, permanents ou saisonniers, s'affairaient comme des abeilles sur un amandier en fleur, j'étais, je l'avoue, heureux d'être à l'origine de cette organisation complexe qui, pour une fois, travaillait sans à coup.
Bon, lundi, c'est le jour des chèques. Tout le monde méritera largement le sien. Restera bien sûr à trouver l'argent pour payer salaires et charges. La "crise" nous permettra t'elle de continuer ou fauchera t'elle en plein vol des entreprises encore fragiles comme les nôtres ? Aie, pourtant, en commençant, j'avais le moral 
La recherche de l'excellence est un chemin ou les illusions n'ont pas leur place. Il faut à la fois être d'une totale lucidité, tout en supportant les aspects les plus rebutants. De toute façon, il est trop tard pour reculer 
P.S. : j'ai désormais un ami pharmacien. Je devrais peut-être lui demander des conseils quand je suis malade. il a eu la gentillesse de tenter une verticale de Vieilles Vignes. Trainant ma misère et mon rhume, son compte-rendu, digne d'un pro m'a requinqué. C'est bien sûr pour ce genre de résultats que nos efforts quotidiens ont un sens. C'est ICI.
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