Sur la terrasse de l'Hôtel de Paris

Non, chers amis, je n'ai pas acheté un petit bateau et je vous montre pas sa photo ;-)

Existe t'il au fait un blog d'hyper-riche ? Un blog qui raconte la vie d'un jet-setter ? D'un milliardaire russe ? Cela ne manquerait pas d'intérêt et gageons qu'il y aurait un sacré paquet de commentaires...

Non, cette photo, c'est bien sûr, tout le monde aura reconnu ;-) le port de Monaco.

L'anneau (le droit d'attacher son bateau à ce bout du quai, stratégique), coûte sans doute plusieurs millions d'euros (si je me trompe, un commentaire m'aiderait bien ;-), ce genre de bateau, je l'avoue, je n'ai aucune idée de ce que ça peut valoir, ni à l'achat, ni à l'entretien, ni en gasoil quand on part se promener.

Mais en regardant les matelots nettoyer le pont de ma chambre d'hôtel,  je me suis dit que le prix de certains vins étaient définitivement une chose toute relative...

Bon, ce qu'il y a de rassurant, c'est qu'on peut être riche et avoir mauvais goût. Ces chaises, ça vous ne rappelle rien ? Comme disait mon grand père, qui en avait vu d'autres, "si haut qu'on soit assis, on ne l'est que sur son cul" et là, en l'occurence, sur son cul et sur une chaise de supermarché sur laquelle on peut même pas se relaxer le dos en arrière sinon ça plie ;-) Mais vous l'avez déjà essayée, j'en suis certain. Egalité, chère égalité ;-)

Bon, à Monaco, vous l'avez compris, tout hyper-riche qu'on soit, on a toujours le risque d'être le pauvre de quelqu'un : à 100 m à vol d'oiseau, des bateaux beaucoup, beaucoup plus grands ;-)

En revanche, sur le port de Port-Vendres, aucun risque, si ce n'est de paraître légèrement décalé dans un petit port qui est resté dans son jus, romantique à souhait et calme, calme ;-)

Bien, du tracteur à l'hôtel de Paris, voilà bien le genre de grand écart qu'on demande au vigneron d'aujourd'hui. A l'invitation de Wine-Business Club de Monte-Carlo (merci Guy-Thomas...), naissant mais avec des membres passionnés, nous voilà, avec nos sabot dondaine, avec nos sabots, livrés à nous même au milieu des bugatti, des bentley et autres marques prestigieuses. Première épreuve, oser donner son véhicule tout terrain plein de boue et de ficelles et autres immondices inévitables dans une voiture de vigneron, au voiturier qui semble heureux, pour une fois, d'avoir des gants.

Premier conseil, ami vigneron qui sera un jour invité là bas : pense à nettoyer ta voiture (ou à la faire nettoyer, si tu viens d'un vignoble prestigieux ;-)

Trouver ensuite la terrasse, au jardin parfait, en se demandant si on a choisi la bonne tenue. Garder son costume de mariage est finalement une bonne idée, comme celle de garder la ligne pour y rentrer dedans aussi. Cravate ? Pas cravate ? On va essayer sans cravate. Erreur... C'est hyper-chic....

Bon, on commence à se sentir très  mal, on file à l'arrière, on examine les menus, on discute avec le sommelier (MERCI, MERCI !), sorte de sauveur avec qui on se dit qu'au moins lui va  nous comprendre. Température, ordre, rythme, je crois qu'on est bon...

Même le menu, pas encore ouvert, est intimidant...

Un Bacchus, heureux, s'en met jusque là, sans complexe. Ca ne vas pourtant être le ton de la soirée, c'est clair. Puis on se jette dans la foule qui, fort gentiment, vous demande comment vous êtes arrivé là...

"Euh, la qualité de mes vins, Madame. Enfin je crois". Ah... bon.

Grâce à Yvan, aussi (merci Yvan !)

Tout le monde est en place. La nuit tombe doucement. Les derniers invités, qui viennent du cocktail donné par son Altesse ou de la fête annuelle du Yacht-Club arrivent. On me tend un micro. C'est parti pour une heure et demie d'explications, en live, sans filet, devant un auditoire qui a tout vu, tout mangé, tout bu.

Trop tard pour partir ? Pour m'enfuir ? Je commence à faire passer notre passion pour nos vieux grenache. Ca va le faire.

Au dernier moment, Franck Cerruti a accepté de modifier le menu. J'aurais tant aimé faire une répétition avec lui, pour faire vraiment coller sa cuisine à nos vins. Un autre jour, j'espère.

Le Blanc est délicieux avec le homard aux épices, le clos des fées passe haut la main sur la chair du loup, si particulière, et la sauce niçoise. La nuit est tombée. Les éclairages sont féériques. Sans vraiment réfléchir, je raconte nos espoirs, nos efforts, nos difficultés qui semblent si loin de cette vie dorée.

La petite Sibérie, grand vin ou grand bluff ? Ce soir là , grand vin. Tout le monde est soufflé par le 2002, puissant, soyeux, infiniment long et reste stupéfait par le millésime mystère, un 2007 mis en bouteilles quelques jours avant, impénétrable et pourtant séducteur. Un vin pour les pirates des caraïbes ? En tout cas difficile à comparer avec autre chose.

On se congratule, on échange des cartes, merci encore au chef d'avoir bouleversé ses prévisions, mais cela en valait la peine.

Tour des tables. Félicitations que j'espère sincères. Des questions reviennent : "Au fait, où êtes vous ?" Pour la première fois, je me rends compte que je n'ai pas parlé du Roussillon, dont personne ici, de toute façon, connait l'existence et la situation. Somewhere on the road to Barcelona... C'est tout de suite plus clair.

Retour à l'hôtel, à la vie normale déjà. Passer ainsi de monde en monde est un des charmes de ce métier. Tiens, l'année dernière, presque à la même époque, c'était Cannes et Sharon. Etrangement, ce soir là, j'ai été plus impressionné. Un petit pas pour moi, un autre petit pas pour la petite Sibérie ;-)

13 commentaires

#1. Michel Bettane | mercredi 8 juillet 2009 - 15:05

Tu vois qu'il t'arrive à toi aussi d'accepter des mondanités qui font partie des charges inévitables de ton métier. Ne le reproche donc pas aux autres et songe que sans cela tu n'aurais jamais approché la divine Sharon.....

Amitiés

Michel

#2. maussc | mercredi 8 juillet 2009 - 15:09

Quel poète cet Hervé !

Beau jus : bravo. Tu verras, un jour un Ministre te convoqueras. Essaie aussi l'Académie Française : il y a quelques fines gueules et la cave ne doit pas être tristounette.

Il te restera en finale le Vatican, mais là, tu as encore du chemin à faire…

#3. Silvia | mercredi 8 juillet 2009 - 15:11

L'anneau ? Eh non, c'est pas ça le plus cher ! Sauf que ça ne s'achète pas, ça se loue :
- Prix par jour (haute-saison) : 50 €
- Prix par an : 1 143 €

A peine quelques Petites Sibéries donc...

http://www.journaldunet.com/economi...

Quant au prix du bateau, je ne suis pas certaine que même son propriétaire le connaisse...

#4. laurentg | mercredi 8 juillet 2009 - 17:12

Il ne reste plus à espérer que des hôtes sincères (et un peu connaisseurs), pas trop influencés par des dégustations qui ne se font pas à l'aveugle (still water runs deep ... encore plus dans de tels milieux).

J'ai diné il y a quelques semaines sur Bordeaux avec le responsable des vins du château de Pommard, qui avait amené un 2007 et 2004.
Le 2007 se goûtait très mal, et il nous affirmé qu'il était très bon la veille.

#5. maussc | mercredi 8 juillet 2009 - 18:08

Silvia : si vous me trouvez dix anneaux à ce prix, je vous les paie 100 € par jour car cela vaut beaucoup, beaucoup plus !

Hervé : prix d'un yacht : facilissime à calculer : € 1M le mètre + accessoires

#6. Jacques Perrin | mercredi 8 juillet 2009 - 22:47

Ah que d'émotions Hervé ! Je connais bien ce port parce que Ladyfish y est amarré ! Et j'adore la cuisine de Franck Cerutti. J'eusse tellement aimé découvrir ce menu avec tes vins !

#7. laurentg | jeudi 9 juillet 2009 - 09:08

Vers Barcelone : pourvu qu'ils ne pensent pas au Priorat ... :-)

#8. Vincent | jeudi 9 juillet 2009 - 10:49

Ah oui, les chaises en plastique sur le yacht, les gens sont plein de paradoxes... Je comprends mieux qu'à côté de ça, on puisse refuser de visiter les premiers crus classés de Bordeaux tout en se vautrant dans les jacuzzis de Monte-Carlo ;-)

#9. Laurent | jeudi 9 juillet 2009 - 14:03

à 50 € l'anneau/jour, ce serait un prix pour Port-Vendres Sylvia, en basse saison, et encore....

Plus que jamais, ne confondons pas assiette en vermeil et côte Vermeille...

Je sais laquelle me fait rêver, ...
Laurent

#10. Damien | mardi 14 juillet 2009 - 19:23

Peut être que le bateau avec les chaises de jardin sont pour le personnel du gros bateau du fond... comme je dis si souvent : "ce château ? c'est celui de mon jardinier ..."

#11. Emmanuel | mercredi 15 juillet 2009 - 11:49

d'accord sur le prix du yacht et pour l'entretien compter 10% du prix d'achat, par an.... Merci pour votre blog.

#12. Michel Smith | lundi 27 juillet 2009 - 09:26

C'est bien connu, les nouveaux riches ont des goûts de chiotte ! Sauf, bien entendu, s'ils peuvent s'offrir la Petite Sibérie. Mais poser la bouteille sur une table en plastoque, alors là, non !

#13. Jeff Carrel | lundi 10 août 2009 - 19:11

Bonjour Moonsieur Bizeul,

vous comptez encore quelques amis, jacques perrin et michel bettane, mazette!

dites moi ferez vous partie de l'aventure en journaliste de la nouvelle mouture de terre de vins?

un confrère,

A+

Jeff Carrel

Réponse de HB : je n'ai pas été soliicité. Et puis déjà pas de temps pour ce blog, alors... ;-)

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