Vendanges 2009 - Jour 6 -Peut-on s'accélérer soi même ?

Oui, bien sûr.

Enfin, c'est difficile à expliquer, parce que c'est à la fois manuel, mental et physique.

Ceux qui ont travaillé un jour dans la restauration, en salle ou en cuisine, me comprendront. On est à fond. Enfin on se croit à fond, surtout au début de sa carrière ;-). Et tout d'un coup, il y a encore plus de monde, plus de travail, à la fois sur une courte durée (le fameux "coup de feu") et sur une plus longue période (une saison d'été ou d'hiver). On se met alors littéralement à accélérer. Physiquement. Son pas. Ses mouvements. Sur une heure. Puis sur une journée. Puis sur une période de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines, au fur et à mesure que l'on est totalement envahi, habité par son travail (et sa passion ;-). Très précisément, hier, à Walden, je suis rentré dans cette difficile et délicieuse phase. En montrant à la stagiaire comment passer la raclette, lestement, ce qui n'est pas très romantique, j'en conviens. Mais c'est comme ça. Puis on a enchaîné sur "comment avoir un œil derrière la tête", "comment se hâter dans la cave pour aller prestement en pensant toujours à l'accident possible", et puis c'est parti ;-). On a vraiment l'impression de booster la fréquence de son processeur interne. Après, il y aura plus que le bouton "overdrive" ;-). On se met à penser à plusieurs choses, pas à la fois (il n'y a parait-il que les femmes et Napoléon qui peuvent ou pouvait faire ce genre de chose ;-), mais on saute d'un sujet à un autre, très vite, avec beaucoup de variété dans les sujets abordés ou non, mêlant le présent (les raisins en cuve, l'analyse gustative des moûts, la gestion de la cuverie au quotidien, les choses déjà réalisées), l'analyse du passé (on commence à mettre en mémoire, dans une multitude de petites cases, les souvenirs des raisins qu'on a ramassé, la gueule de chaque terroir à la vendange et pendant l'année) et bien sûr, de plus en plus présente, la gestion du futur, sorte de grand entonnoir dans lequel on se met à tourner au fur et à mesure que tout s'accélère, qu'il faut tout vendanger, tout assembler, tout vinifier, déjà penser à décuver... De la stratégie de vendange dépend bien des choses, et pourtant, on en parle jamais.

Hier, j'ai commencé à accélérer. J'ai aussi ressorti ma musette à la "24 heures", sorte de vieux sac pourri où, comme Jack Bauer, je vais glisser une foultitude de cochonneries pendant toute la période qui s'annonce fébrile : papiers, contrats, factures d'essence, de péage, de bricolage, barres de céréales, pomme, déjeuner, clés USB pour échanger avec la cave de Walden où il n'y a pas d'internet, appareil photos, couteau suisse, amandes récoltées à la Chique, etc. C'est vrai que cette accélération, mon copain Jack, il le fait très bien à la télé : il accélère tout au fur et à mesure que les 24 heures se passent et, si vous regardez attentivement, c'est souvent sa façon de bouger qui vous oblige à vous "tendre" avec lui. Bon, sa musette, son "sarrou", comme on dit en catalan, elle est pas marquée "Love", si vous voyez ce que je veux dire. La mienne, oui ;-)

Bon, du coup, réveillé à 5 heures, rendu fébrile par la journée qui m'attend, j'ai eu le temps d'écrire. Je tiens le rythme, non ? ;-)

un commentaire

#1. gus | jeudi 10 septembre 2009 - 13:33

Attendre l'envie de ch... qui vous oblige à vous lever le matin:c'est quand même le plus grand luxe dans ce bas monde de stress,non?

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