Décuver ou ne pas décuver, voilà la question
Plus que quatre cuves à décuver.
En goûtant les derniers vins sous marc, en train soit de finir doucement leurs sucres, soit de mijoter bien au chaud dans la cave (chaque année je me réjouis d'avoir pris des groupes de froid réversibles...), je me disais que, comme disent les traders, "la difficulté n'est pas d'avoir raison, mais bien d'avoir raison au bon moment".
Seuls ceux qui suivent ce blog savent combien cette phrase aurait plu à ma grand-mère... 
Devant un verre de Carignan, noir et terriblement poivré, pensif, après un long silence qui avait de quoi fortement inquiéter Serge et Éric assis en face de moi, je me me suis dit que je donnerais cher (comme les traders sans doute aussi
pour connaître l'avenir.
Les journalistes du monde entier pérorent sur un nouveau "millésime du siècle", pétris de certitudes, pendant que le vigneron lui même, devant sa cuve en pleine fermentation, se pose toujours questions après question sur des décisions qui peuvent transformer, peut-être, un vin en bon vin, un bon vin en très bon vin, un très bon vin en grand vin.
Bien sûr, les raisins sont une étape indispensable. Mais pour autant, le grand vin ne se fait pas tout seul et cette année comme les autres, les choix en cave seront essentiels. Température de récolte. Levurage ou pas. Durée de la Fermentation Alcoolique (FA pour les pro...), durée de cuvaison, extraction en phase aqueuse ou alcoolique, température de la cuve au fil des jours, décuvage rapide ou lointain...
Mon ami Jean-Pierre Xiradakis, sur son blog, ICI, illustre magnifiquement ce que bien des journalistes devraient faire (et que je suis le premier à amèrement regretter de n'avoir pas fait lorsque je le pouvais) : se balader à pied dans les vignes pendant les vendanges et mettre le nez (et les mains) dans le chai. Il dit en mots châtiés combien le millésime à Bordeaux, du Médoc à la côte de Pavie, lui semble hétérogène, dans les vignes même. Pendant ce temps, sur LPV, François Dubernard expose aussi en toute franchise ce qu'il voit autour de lui, ces multiples façons de faire, ces possibilités de réussite et d'échec. C'est ICI, c'est franc et vrai.
Bon, ces disgressions sur les différences "du temps médiatique" et du "temps vigneron" étant terminées, il est tant de faire mes choix : celui ci, cuver. Celui ci, décuver. Le drame, c'est qu'on ne saura jamais ce que le vin aurait été si on avait travaillé différemment. Ce qu'il y a de formidable, c'est d'accepter cette part de mystère et de non-agir.
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5 commentaires
Decuver ou ne pas decuver, aerer ou ne pas aerer, piger ou ne pas piger, elever en fut ou en foudre, etc..... ??????
On pourrait trouver tellement de questions lors de l'élaboration d'un vin !!
Mais c'est aussi cela la magie du vin, ce qui fait que celui de voisin sera diffèrent.
Finalement, un vin, c'est aussi un vigneron !! disons que c'est l'expression d'un travail d'un homme !!
Et c'est peut être aussi pour cela que le vin est un élément de la culture et de la civilisation !!
Allez Hervé, bonnes réflexions, et a bientôt j'espère !
Pablo (Seguret)
C'est surtout un vigneron, un artiste, un artisan qui fait des choix et qui realise son vin.
Bref, nous autres "journalistes bouffis", ne faisons pas notre boulot. On ne peut pas toujours être partout non plus. Faut-il demander aux seuls producteurs de juger leurs vins, à présent? ;-))
Réponse de Hervé : cher Hervé, tu sais très bien ce que je veux dire, enfin j'espère. Tu as aussi tes certitudes, j'en suis sûr... Lire en ce moment tant "d'articles" qui ne sont que des reprises de communiqués de presse me navrent, dans un sens comme dans l'autre. A ne jamais aller ou presque sur le terrain pendant les vendanges, les journalistes perdent une grande partie de leur crédibilité, tant ils sont éloignés de la réalité du terrain. Ne penses tu pas qu'avoir fait la balade avec Xira dans les vignes donnerait un autre sel à ton point de vue du millésime ? Bon, de toute façon, je me bas contre des moulins à vent, le millésime du siècle - encore - est là (alors que les vignerons eux même, les sincères, n'en sont pas encore certain). Tu peux juger mon vin quand tu veux. Tu aurais une autre façon de voir si tu passais du temps dans mes vignes (et celles des autres). Tu liras avec intérêt aussi j'en suis sur le compte rendu du championnat d'europe de dégustation organisé par la RVF et la perception du comportement des journalistes par les "amateurs". Bon, après, bouffis est un peu méprisant, je l'avoue. Je change par "pétris"...
Je suis d'accord avec toi, c'était juste de l'humour, ça n'allait pas plus loin. Nous gagnerions tous à être plus souvent dans les vignes et dans les caves.
Hervé
Je pense qu'un vin se juge de lui même d'après l'odeur la teint, la robe, que dire d'autre !!!