Journée sweet and sauer

Début de journée détente. Désolé pour hier, mais rentré trop tard et pas en état d'écrire. Dommage. Parce qu'un blog qui n'est pas écrit est en fait un blog perdu. Surtout à Shanghaï où tout va si vite : ce que je voulais vous dire hier n'est pas tout à fait perdu, je pense; mais plein de bonnes et amusantes pensées et aventures sont simplement et purement remplacées par d'autres choses, différentes, nouvelles, prioritaires même si elles ne sont bien sûr pas forcément meilleures.
J'ai beaucoup appris sur une certaine Chine en quelques jours. Pas sur la Chine avec un grand C, bien sûr. Mais sur cette petite partie de la Chine qui évolue sur un autre espace temps que la Chine elle même, j'ai nommé Shanghaï. Oh, sans doute est ce atrocement prétentieux de ma part, mais il s'avère qu'autour d'une bonne bouteille de vin, on apprend, on perçoit, on ressent des choses qu'il est difficile de sentir en se promenant dans la rue.
La principale chose que j'ai appris, c'est qu'il est en fait impossible de connaitre cette Chine type "Shanghaï". Parce qu'elle bouge si vite, si fort, si passionnément qu'à peine rentré en France, dimanche, elle aura sans doute déjà changé, avancé, évolué. A une vitesse folle. Et que donc tout ce que j'aurais pu analyser, prévoir, sera sans doute déjà obsolète ou parti dans une autre direction. Tant pis. Et tant mieux. Car cela est justement la clé de la communication avec les Chinois qui vivent ici : au lieu de tenter de s'adapter à tout prix, à tenter de les analyser, de comprendre ce à quoi ils aspirent, mieux vaut rester au milieu du fleuve, comme un rocher paisible, savourant l'eau toujours différente qui vous caresse, attendant que les poissons et les algues qui vous conviennent s'accrochent ou se rapprochent de vous. Vous ne comprenez pas ? Moi non plus, mais il est 4 heures du matin, alors, c'est un peu normal 
En passant, Yvan m'a enfin révélé comment gérer le problème du jetlag. C'est excessivement simple. Il suffit de ne jamais dormir... Après deux ou trois nuits blanches ou presque, on s'habitue, étrangement, à ce nouveau mode de vie.
Soirée épique hier soir. Peu de monde. Avouons le, je ne déplace pas les foules. Aubert de Villaine était là, quelques jours avant moi avec quelques topettes d'un domaine que l'on semble apprécier ici comme ailleurs, j'ai nommé, pour les ignares, la Romanée Conti. Hum. Deux vignerons. Une belle gamme de vin. Mais pas vraiment le même accueil ;-).
Bon, j'avais pas pensé déplacer des foules à la Madonna, mais je vous rappelle que j'avais un objectif modeste (+ 6 ;-). Bon, en fait, au milieu de la dégustation, l'illumination du rocher s'est imposé à moi et finalement, j'ai renoncé à chercher à vendre quoi que ce soit, pour me contenter de partager une passion pour le vin que tout le monde a senti, je le crois, sincère. Merci Philippe. Merci à son épouse qui s'est démenée avec une gentillesse et une passion incroyables pour traduire mes idées étranges et mes images parfois surprenantes.
Il y avait là le maire du district, sans doute le futur maire de Shanghaï. Les Chinois qui ont le pouvoir sont tout sauf ce qu'on décrit. Une immense modestie. Une grande capacité d'écoute. Une envie d'échanger et de comprendre. J'étais impressionné. Et puis monsieur X. Tellement important dans le marché monétaire de la Chine, qu'il lui est interdit de voyager. Pourtant, depuis quinze ans, il s'est découvert une passion pour le vin qui a tout bouleversé dans sa vie. Il ne parle pas anglais. Mais il connait notre système d'AOC presque mieux que moi, a dans sa cave non pas tous les vins chers mais beaucoup des vins que j'aime et que j'admire, ces vins d'auteurs si rares encore en Chine. Il comprend vite, comme tout le monde autour de la table, que je ne suis pas là pour vendre mais simplement pour parler de mes "expectations" et ma passion pour le raisin fermenté. Difficile de communiquer. Difficile même de lire un langage non verbal qui lui même est différent entre nos deux cultures. Mais les vins nous rapprochent et c'est quelqu'un que j'ai envie de revoir, avec qui j'ai envie de boire une bouteille qu'il aurait choisi puis une que j'aurai choisi. Juste comme ça, sans parler puisque nous ne le pouvons pas. Étrange.
Deuxième tasting dans la soirée. Pas le bon endroit. Pas les bonnes personnes, sauf les amis qui m'ont organisé ça, bien sûr, et qui me sont si chers. Mes clients ne sont pas là et n'y seront jamais, j'en suis maintenant persuadé, dans cette frange de la société chinoise qui me semble un bras mort (au niveau du vin, le reste, je ne sais pas), achetant des étiquettes et des deuxièmes vins de "first growth", n'aimant pas, en fait boire de vin. L'évidence de la révélation du Ha Kao est de plus en plus forte
: je me refuserai désormais à vendre du vin si c'est pour le voir dans la cave de spéculateurs ou d'ignorants. En France, en Chine, partout dans le monde. Une petite envie sera désormais nécessaire, voire une grosse, comme celle de tous nos clients/amis 
Michelle sauve la soirée. Merci Gérard C. de nous avoir mis en contact
Nous parlons beaucoup. Elle me donne beaucoup de clés et m'aide à comprendre bien des choses sur la Chine d'aujourd'hui et aussi de demain. Un discours, une intelligence, une sensibilité qui me stupéfait et me charme : nous sommes dans le cœur de la problématique, dans le cœur de la société chinoise, donc dans l'avenir de celle-ci. Un incroyable melting pot multi-culturel, multi-modèle social, multi-modèle homme-femme, avec des gens brillants à qui on demande de franchir des seuils incroyable tous les cinq ou dix ans, tout en alimentant le monde en tout et faisant désormais attention de n'être pas la cause de son déséquilibre. Ça rigole pas, hein. Et bien oui, ça rigole beaucoup. C'est pas facile. Mais l'époque est formidable et, au final, je pense que Michelle ne l'échangerait pas pour une autre...
Nous terminons avec Yvan et Michelle dans un bar (un peu à vin ;-), minuscule au bout de Shanghaï. Qui entre quelques minutes plus tard ? L'associé de Gérard Gauby, au Soula, accompagné de son staff technique et des ses importateurs. Un truc de ouf. A part, : "le monde est petit", désolé, je ne sais pas quoi dire
Alors on commande un Egly-Ourié. Et on attend que le jour se lève. Drôle de voyage.
P.S. : super déjeuner chez Jean-Georges. Bel endroit. Maitre d'hôtel comme on en fait plus (salut Jackie ;-), menu à 18 euros avec... deux plats niveau 2 macarons Michelin et un quatuor de dessert niveau trois, d'un niveau que je n'avais pas retrouvé depuis mon dernier déjeuner à l'atelier de Robuchon (désolé, Sofree... ;-). Rapport qualité prix incroyable, vue sublime. Je crains que je n'ai attrapé le virus "Shanghaï" 
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un commentaire
il y avait peut-etre un match de hockey ce soir là à Shangai.
Jean-Baptiste