Yop la boum à London
Je me demande vraiment parfois où je trouve ces titres idiots. Sans doute la joyeuse influence des romans policiers de gare que j'ai lus pendant une courte période de ma post adolescence., essentiellement OSS 17. Genre "Pruneaux à Lugano" ou "Avanies en Albanie" ou encore "Interlude aux Bermudes..." Je me souviens fort bien où mes grands parents les rangeaient, au grenier de leur grande maison, allée des Caméiias, Perpignan, France. Nous y logions pendant les vacances scolaires, dans un confort sommaire mais plein de charme. Tiens, j'y pense, et peu à peu les souvenirs reviennent. La grande terrasse battue par les vents, du nord, du sud, de l'ouest, que ma mère, certains étés, me racontait "rendre fous" certaines personnes qui devaient alors être enfermées... Je devais être petit, car j'ai des souvenirs de regards d'en dessous la balustrade de pierre reconstituée. Je ne devais donc pas dépasser le mètre 20, voire moins et avoir la taille et l'âge de Gaspard, autour de six ans. Et pourtant je me souviens très précisément de la sensation de mes pieds sur le linoléum, vert, et des craquements du vieux plancher de bois usé, dessous. Bizarre. Chacun sa nostalgie. Certains, c'est la madeleine, d'autres le linoléum. Bon, "Yop la boum", c'est bien sûr en hommage à Maurice Chevalier, dont je ferais mieux de tenter carrément d'imiter l'accent, au lieu d'être ridicule avec mes accents toniques au mauvais endroit 
Encore dans l'avion, les amis. J'écoute Diana Krall. Mais je ne l'ai pas vue, à London City. Elle habite là, non ? Bon, c'était pas prévu, il faut bien l'avouer
J'aurais bien aimé. Après tout, on ne sait jamais. Et on peut toujours rêver, non ? Qu'un jour on se réunira entre gens de qualité autour d'un de mes vins. Qu'une petite partie du monde saura où est le Roussillon. Que je plairai à tout le monde. Non, là, faut pas exagérer dans le fantasme, quand même
Bon, attendez, je me contorsionne un peu. Je suis dans un Avro RJ 85, l'avion que je déteste le plus. On peut pas bouger le petit doigt quand on dépasse les 50 kg... C'est le genre d'avion où l'on regrette qu'Air France ne soit pas plus indiscret et ne vous demande pas votre poids corporel à l'embarquement, afin qu'un logiciel ami, au lieu d'essayer de vous faire payer le plus cher possible votre voyage, fasse tourner son processeur pour intercaler un "Laurel" et un "Hardy"
Tiens, une idée pour Ryanair : on paye un supplément et on voyage à coté d'une jolie fille. Le pire, c'est que ça marcherait...
Enfer, deux paragraphes que je bavasse et j'ai toujours pas commencé le récit de mon grand écart à Londres. Grand écart. C'est le mot qui m'est venu à l'esprit, dans le taxi, hier soir. Il y a deux semaines, Shanghai et une tentative pour expliquer la différence entre l'alcool et le vin à des consommateurs au tout, tout début du chemin. Hier, dégustation dans un bâtiment dont des marchands de vin ont entamé la construction en 1600 et des brouettes, peut-être avant même que le Roussillon ne soit rattaché à la France. Boiseries massives, ambiance gothique, feu de bois dans la cheminée, collection d'orfèvrerie autour du vin tout simplement incroyable. Robin des bois n'est pas loin et Claudine, si elle était venue, aurait été magnifique avec son nouveau hénin
Bon, l'ambiance n'est plus au collant médiéval mais au costume sur mesure, aux tissus de ouf, avec les rayures dans le bons sens (le bon sens pour moi, c'est à dire de haut en bas ;-). Face à tous ces amateurs de vin qui sont NÉS avec une cave profonde et bien remplie par les générations précédentes, une magnifique sélection de vignerons stars de la Loire et du Rhône, certains de ces derniers ayant un sourire comme collé sur le visage : ce sont ceux de Chateauneuf, grâce aux dernières notes de Parker qui, à l'évidence, a été kidnappé par une secte chateauneuvoise et souffre du syndrome de Stockholm, tant les notes sur le 2007 sont stratosphériques. C'est donc "happy face" de rigueur. Et au milieu de tout ça, notre paysan du Roussillon qui n'a, pour lui, que ses vins.
Mais quels vins, mon ami... Galvanisé par l'endroit ou le challenge, nul ne le saura, les vins sont au mieux de leur forme, parfaitement "conformes", ce qui n'était pas le cas à Bruxelles, vendredi. Bruxelles, mon Waterloo.... Vite, y'a t'il des membres d'LPV Londres dans la salle ? Ouiiiiiii ! (private joke que seulement ceux qui sont LPV conprendront. Sorry pour les autres. 
Euh, un instant, je change d'avion...
Voilà, je suis passé du Londres-Paris au Paris-Perpignan.
Bon, la dégustation commence mal, comme d'habitude, ai-je envie de dire. Je suis décidément bien nostalgique, ce soir... Je me souviens de ma première dégustation, en 1999, sur les Champs Elysées, dans le sous sol d'un grand hôtel, organisé par le syndicat des Côtes du Roussillon. Dix ans plus tard, rien n'a changé : les dégustateurs se ruent immédiatement sur les vins "cultes", les AOC '"prestigieuses" et m'ignorent ostensiblement. Mais je suis mieux placé qu'à l'époque, au début de la salle et quelques inconscients, qui n'ont pas saisi qu'un "petit vin du sud", un Roussillon s'est glissé au milieu des grands vins du Rhône (merci Giles...) tendent leur verre pour goûter mon blanc.
Merci, mon blanc, merci. Ce soir là, c'était toi le meilleur. Juste mûr. Juste tendu. Juste fruité. Avec ces quelques grammes de sucre résiduel, qui m'ont tant été reproché alors que je ne les ai jamais vraiment voulus mais juste assumés. Sans boisé lourdingue et prétentieux, tu respires le fruit sain, gorgé de soleil, juste doré comme une grappe de grenache blanc à la fin de l'été.. Oh, tu ne veux pas être un grand vin. Une grande histoire histoire d'amour, ambitieuse et passionnée. Juste un ami, un frère, quelqu'un qui vous veut du bien. Je t'ai trouvé un nom, hier soir, si un jour je te rebaptise : tu seras "the girl next door"
(je progresse, en anglais, hein, je progresse ;-). Charmé par le blanc, on goûte le rouge. Et c'est parti. Un, puis deux, puis trois, puis peu à peu, comme en 1999, je suis le vin qu'il faut, ce soir là, avoir goûté...
Je suis toujours autant fasciné par la bêtise de certains qui me prennent toujours pour une sorte de "Kaa le serpent", ayant de grands yeux vitreux et rotatifs dans le livre de la jungle, apte à hypnotiser l'amateur le plus averti, capable de faire croire à tout le monde que ses vins sont bons alors qu'ils sont mauvais. Le produit. Rien que le produit. Le vin. Rien que le vin. Et la confiance absolue dans la capacité du consommateur d'apprécier. Voilà l'important. Passons sur le reste, voulez vous ?
Par chance, comme en Belgique, le prix de la petite Sibérie n'est pas marqué sur le tarif. C'est idéal. Ceux qui savent tendent leur verre d'un air gourmand, heureux que je continue à la faire goûter, ce que j'ai bien l'intention de faire le plus longtemps possible. Les autres sont juste avertis : là, après le Clos des Fées, mon vrai "Top Wine", c'est... autre chose. Un cru, Un grenache noir. Une émotion, j'espère. Goûtez et, si vous voulez, on en parle après. Ni du pourquoi, ni du comment. Juste de la sensation, que l'on aime ou pas.
Sur mon iphone, en mode aléatoire, une chanson passe alors que je suis dans l'avion : You heart feels. C'est ça que j'avais envie de dire, hier : do you heart feels ? Ce sera pour la prochaine fois. Ma table ne désemplit pas jusqu'à la dernière minute et une bonne vingtaine de dégustateurs repassent pour un dernier verre, qui du Clos des Fées, qui de la petite Sibérie. C'est le fameux "Happy Ending"
Quel meilleur compliment pour un vigneron quand on y pense ? Il faut littéralement "chasser" les derniers fans, la dégustation est terminée, l'endroit doit être nettoyé. Je suis fier, je l'avoue, que mes vins provoquent encore l'enthousiasme. Tout ce travail, tout ces efforts, tous ces risques : tout est justifié, oublié.
D'où m'est venu cette subite nostalgie, hier, à Londres ? Oh, je sais, bien sûr. D'Isabelle et de Brooke, deux femmes que j'ai beaucoup aimé, l'une d'amitié, l'autre d'amour et qui, miracle du net, ont ensoleillé ma soirée et ma table d'une bouffée d'un passé heureux autour d'une séance de retrouvailles dont le web regorge. De Brooke et de Tarek, son mari, je me souviens des brunch heureux, des dimanches matin ensoleillés, à la terrasse de mon restaurant, le Gourmet's, place Dauphine, place divine, où ce drôle de restaurant mi-suédois mi auvergnat faisait cohabiter les œufs brouillés au saumon, les toast poilane-grillés-gouda-confiture d'orange, la charcuterie de Laguiole et les rires de jeunes gens insouciants.
D'Isabelle, je me souviens d'un Meursault immense, servi par l'ami Didier Bureau, alors que nous nous séparions, moment sur le coup tragique, finalement, avec le temps, juste inoubliable, où, en pleurs tous les deux en pleine salle du Clos Lonchamp, la moindre gorgée de vin nous ramenait inévitablement au plaisir et au rire. Puis les pleurs. Puis le plaisir d'un gorgée de Chardonnay. Épique. Merci Brooke, merci Isabelle. On s'est retrouvés. On se revoit.
Je sais, je sais, je suis un mec bizarre, qui balise sa vie de souvenirs de vins, de mets, d'odeurs, de goûts, de souvenirs de petits plats familiaux où de restaurants étoilés. Suis je vraiment normal ? Question idiote, je n'y peux rien, c'est moi et c'est comme ça.
Bon, pas encore un billet franchement court. Mais fallait pas me laisser écrire dans l'avion... Allez, je relève la tablette, on arrive. A +
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5 commentaires
En passant, j'ai découvert votre blog aujourd'hui, et j'en suis ravie. Je fais désormais partie de vos groupies du Québec.
Dans mon cours de sommellerie ce soir, mon prof nous a fait faire un petit exercice à partir de la fiche descriptive de votre Petite Sibérie. Nous devions identifier tous les éléments pouvant nous aider à mieux comprendre les facteurs qualitatifs contribuant de façon significative à l'élaboration d'un grand vin.
Nous n'avons pas pu déguster votre vin pour valider notre analyse en classe, mais comme le plaisir est dans l'attente, c'est partie remise.
Bon retour en Languedoc.
"private joke que seulement ceux qui sont LPV conprendront. "
Tant qu'on les prend pas pour des cons.
Réponse de HB : comprend pas. Tu peux préciser ?
Je pense que degustateurs fait réference à la faute de frappe : "coNprendrons" au lieu de "coMprendrons". Lapsus (revelateur ? ;-)) ou coup de fatigue lié au nombreux voyages et aux décalages horaires multiples ? Le lecteur s'interroge
Denis
conprendront = comprendront
Aucune malice vis à vis de LPV ou de vous-même, juste un jeu de mot à 2 euros.
La fameuse table de deux au Clos Longchamps où, inévitablement, c'était pour des ruptures au point que plus personne ne voulait y aller servir !
Toute une époque…