Corrrespondance commerciale, suite
Monsieur Dorra me fait l'honneur de me répondre :Bonjour,
Je vous prie de nous excuser si cette demande vous a importuné.
Bien entendu, en tant qu'amoureux du vin et fervent défenseur du Languedoc Roussillon, je comprends votre réaction.
Je ne suis pas sans connaitre la qualité de de vos vins et ma collaboratrice a fait une énorme erreur d'inclure votre domaine de renom sur une demande qui ne correspond pas à ce que vous défendez et vos vins, dont je suis par ailleurs un grand amateur.
Ne vous emportez pas non plus sur le marché Chinois, il est encore jeune, mais je peux vous dire que nous voyons sur Shanghai et bien Hong Kong des prémices de marché orienté moyenne gamme (le marché haut de gamme n'est en fait pour le moment pas des amateurs, juste des nouveaux riches voulant le plus cher).v Par "monstre sacré", j'entendais justement cette dérive des officiels chinois qui consiste à ne parler que des 1er cru classé d'un classement, je ne vous apprends rien, datant de centaine d'année et qu'on peut aujourd'hui remettre en cause bien souvent et dont les prix flambent à des niveaux inconnus jusqu'alors...
Néanmoins, nous ne changeront pas ces consciences en un jour bien que nous souhaitons être les acteurs de ces changements.
Concernant notre demande, les coopératives produisent des vins pour ce marché (1 à 3 Euros, bien entendu nous essayons de tirer les prix vers le haut) qui à mon avis restera existant et dont la France ne doit pas se priver car au final c'est un marché de non amateur et qui ne souhaite pas le devenir (ces vins finissent en boite de nuit généralement...).
Je vous prie de m'excuser dans tous les cas, même si nos avis divergent (ce dont je doute en réalité, il s'agit à mon avis d'une incompréhension sur la nature de notre entreprise ; mais je peux comprendre votre réaction).
Très amicalement, Jim Dorra
Réponse de HB---------------------------------------------------
Merci pour votre réponse, et d’avoir pris du temps pour le faire.
Un amoureux des femmes ne bat pas la sienne. Un amoureux du Roussillon ne cherche pas des vins à un euro, destructeurs du paysages, d'économie, de lien social. Seuls comptent les actes. Ils parlent d’eux mêmes, désolé. Le "fait ce que je dis, pas ce que je fais", j'y ai gouté dans ma jeunesse, ça marche plus avec moi.
Si les chinois veulent boire des vins à un euro, qu’ils boivent des vins de table. Ce que font d'ailleurs certaines personnes en France. Mais ça se calme, hein... Qu'ils aient la qualité en rapport avec leur choix, financiers et personnels. Pas des AOC au rendement moyen cette année de 25 hl/ha dans le département. Quand j’achète un jouet à 2 euros, en plastique, made in China, je ne m’étonne pas qu’il soit détruit par mes enfants en moins de 24 heures. Pour deux euros, je ne demande pas aux chinois des jouets en bois, de qualité, qui soient beaux, ludiques, fonctionnels et solides. Pourquoi en serait il autrement dans le vin ?
Ce qui me choque, ce n’est pas le prix que vous demandez (moins cher que l’eau minérale française vendue en Chine, sic), c’est la qualité que vous demandez en regard de ce prix misérable lorsque l’on a enlevé ne serait ce que les coûts de mise en bouteille et de stockage.
Qui prendra l’oseille, au fait ? Vous, bien sûr. Et le Chinois qui les revendra à ses copains dans “les boites de nuit”. Où est l’éthique ? Où est le commerce équitable dans le sens nord-sud ? Un comble que de dire cela, non ?
A habituer les Chinois à boire du mauvais vin au plus bas prix, c’est répondre à une demande de gens qui veulent se bourrer la gueule. Pas les former à une culture, au respect d’une origine, à l’admiration pour le travail d'autres paysans, ailleurs, différents, mais qui trouvent la terre tout aussi basse. Ce respect que j'ai pour le thé, par exemple, et qui me semble facile à comprendre, car ce respect, cette connaissance, voilà qui est créateur de plaisir, de richesse et de durée pour tous.
Oh, rassurez vous, vous n’êtes pas le seul à me tenir de tels discours de “justification”.
Je suis désormais sans doute personæ non grata chez AIR FRANCE, dont l’acheteuse, m’a dernièrement renvoyé sur les roses et annoncé joyeusement que pour la classe affaire, à 4 000 euros le billet mini, elle n' achètera JAMAIS un vin du Languedoc-Roussillon à plus de 5 euros... Un Bordeaux, oui. Un L.R., non. Je lui ai dit que c’était honteux d’avoir de tels aprioris (et qu'au moins, elle pouvait le dire avant de lancer des appels d'offres; mais il faudrait du courage pour le faire et l'écrire). Et je le lui ai même écrit, avec cette faconde qui plait tant aux lecteurs de ce blog mais qui me dessert, parfois, vous vous en doutez bien. Le croirez vous, elle l’a mal pris!, habituée sans doute à voir en face d’elle des vignerons du Sud qui acceptent beaucoup, ce que je peux comprendre quand on y est obligé pour manger, mais aussi baissent la tête et ferment leur gueule. Vous m’excuserez, je ne suis pas de ceux là, et si je ne peux vendre mon vin à son juste prix, corrélé tant à ses coûts de production, à ses rendements et à sa qualité intrinsèque, je préfère abandonner tout de suite que crever à petit feu.
Je ne vous en veux bien sûr pas. Chacun gagne sa vie comme il peut. Mais je tenais à vous faire toucher du doigt qu’à chaque container de vin à 1 euro (ou moins, vous en trouverez...) du Roussillon que vous expédierez, c’est à l’arrachage d’un hectare dans les PO que vous aurez contribué.
Chacun ses choix. Chacun ses contradictions. A chacun de les assumer.
Cordialement cette fois ci, Hervé Bizeul
P.S. : je vous conseille la lecture de ce billet, édifiant, d’un confrère en cave coopérative. Peut-être pouvez vous essayer de vous mettre à sa place, pour comprendre ce qu’il ressent lorsqu’il écrit cela ?
C'est ICI. Et sa coop vend bien plus d'un euro...
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9 commentaires
bravo, Hervé - j'ai fait des lettre du même style en réponse à des demandes (il y a aussi des importateur Américains et leurs acolytes en France, qui se trompent de cible dans les vignerons du Languedoc du temps en temps). Moi aussi, cela m'est arrivée, de recevoir des "excuses" du même genre... que je trouve encore plus affligeantes que les mails d'origine...
Et c'est bien, d'avoir mis le lien vers Jean-Paul, qui est une source incontournable, pour comprendre, de quoi tu parles, quand tu les traite de ce qu'ils sont: des profiteurs/fossoyeurs!
Et je suis malheureusement sure, qu'on trouvera assez de représentants de la grande distribution Française, à qui on pourrait faire les mêmes lettres ouvertes.
ce genre de demandes est parfaitement honteuse ! des requins prêts à mettre les autres dans un pétrin innommable pour s'enrichir toujours plus, en étant sans foi ni loi
le problème est que l'économie mondiale, qui n'est pas régulée et ne le sera jamais par manque de conviction de TOUS les politiques quel qu'ils soient
ce genre de zouzous mériterait de se retrouver sur la paille, sans rien, ou de faire un stage obligatoire pour par exemple aider les pauvres malheureux qui ont tout perdu, les aidant à écoper l'eau et la boue, lui rendant un tant soit peu d'humilité et d'humanité.
ta réponse a été sans aucune ambiguïté, je suis même surpris qu'il ait répondu, pour ne rien dire surtout...
ce genre de gars est le côté obscur du monde du vin, celui des profiteurs et des escrocs (utilisons le mot adéquat
ce n'est pas le système qui est mauvais, comme d'habitude, c'est une partie des hommes...
"ma collaboratrice a fait une énorme erreur"... Ben voyons! Dans ce tissu de bêtises (avec un grand C...:-)), c'est vraiment le pompon!!! C'est NAVRANT...
Il y a peu, j'ai donné un coup de main à des amis pour répondre à un appel d'offre pour de l'import sur un pays asiatique. Le prix recherché départ cave était bas, 2€ HT, non pas parce que les intermédiaires s'en mettent plein les poches comme vous semblez le penser mais il y a le transport, l'importateur (il faut une licence pour importer le vin dans le pays concerné) et les taxes (65%) car il n'y a pas d'accord de libre échange comme avec le Chili. Au final le PVP va pas être loin de 12, 15 € TTC. Si je touche une com elle sera de 2,5% sur le prix départ cave avec une forte chance de se faire doubler par un des acteurs de la filière.
Pour ce marché la vin doit être rond et soyeux pour ne pas dire 100% Merlot. Le goût est comme ça et vice versa quand on importe en France du saké on évite pour le goût français les alcools un peu bizarre comme les nigori (saké trouble et pétillant élevé sur lie) par exemple.
J'ai sollicité le Languedoc Roussillon (alors que le marché ne connait que le Bordeaux et la Bourgogne) car c'est une région que j'aime bien et créative. J'ai trouvé du bio à 2,3 € HT que j'ai placé dans la sélection dans l'espoir que lors de la dégustation ce vin ressorte.
Je viens d'apprendre que nous sommes en concurrence avec des vins chiliens qui ont fait sensation lors de la dégustation et qui sont surtout, du fait d'un accord de libre échange, deux fois moins cher.
De fait je comprends cette recherche pour le marché chinois et je ne pense pas qu'il faut imaginer l'importateur comme une escroc. Au contraire il est souvent le meilleur ambassadeur d'une région.
Pour la recherche je n'ai sollicité que des coopératives à l'exception du domaine qui produit en bio.
Ce qui m'a le plus étonné c'est la facilité avec laquelle j'ai trouvé la quantité recherchée. Au total, un cumul de plus d'un million de bouteilles et aucun des responsables export que j'ai eu au téléphone n'a été surpris par ma demande. Un seul était tendu au niveau des stocks disponibles et m'a proposé en échantillon du brut de cuve, toutes les autres coopératives avaient du stock déjà embouteillé.
Je sais qu'une des tendances actuelles pour faire baisser le PVP est d'acheter en vrac et de mettre en bouteille dans le pays destinataire.
Arnaud
Réponse de HB : merci pour ces longues et intéressantes précisions. Simplement, je préciserai que entre 1 et 2 euros, il y a un monde... Sur le Chili, je confirme. Mais finalement, vous cherchiez du vin, comme vous auriez cherché du blé ou du lait, sans vous soucier vraiment de provenance. 50 ans d'AOC après, ça fait mal...
Une indécence dont il n'a même pas conscience!
Et de toute façon c'est toujours de la faute à la secrétaire...en ce jour de la femme....
Bravo Hervé ! Merci d'avoir pris du temps pour expliquer que nous avons le droit de vivre décemment sur nos terres. Bah, ils n'ont qu'à prendre du vin à un euro si ça leur chante. Dans 10 à 20 ans, ils viendront pleurer pour avoir un bon vin du Midi.
Hervé, bravo pour cet exemple qui est à la fois navrant (félicitations pour vos réponses) et révélateur de l'évolution du monde moderne (mondialisation). Le problème se pose dans tous les domaines (Airbus livre ses techniques aux Chinois - on va voir le boomerang dans quelques années) et la réponse n'est pas simple. Mais la profession doit continuer à s'adapter. Il ne faut pas se voiler la face (votre lien vers le viticulteur est explicite) et certaines coopératives ne sont plus à même de répondre aux demandes du marché (des marchés) car leur méthode de production, leur positionnement, leur capacité financière mais surtout leur méthode de pensée ne sont pas adaptés. Ce n'est pas un jugement de valeur et il faut accompagner les personnes qui en font partie à finir leurs activités du mieux possible (pour les plus anciens), à s'adapter (vers le haut d'un point de vue qualité) pour ceux qui le peuvent voir à intégrer plus de valeur dans la chaine (venir à la vinif).
Le monde entier est en surproduction et soyons francs, il n'y aura pas de retour en arrière. Le monde viticole doit se rénover et investir vers d'autres secteurs d'activités complémentaires. Tous ne sortiront pas indemnes, beaucoup ne voudront, ne pourront ou n'auront la formation pour répondre aux demandes du marché (accueil de visiteurs à la ferme, etc ...). Par exemple, les entreprises recherchent en permanence des méthodes de "team building" pour leurs cadres. Je faisais le calcul (simpliste bien entendu) à partir des chiffres de "cecicela") : Pour des groupes de 10 personnes (à 400 € / j / pers) restant 5 j, on voit que le revenu correspond en gros à 10 groupes dans l'année... Allez, on package ca et on fait venir des cadres chinois !!! (NB : les chiffres sont totalement modulables mais c'est l'idée) !
Aucune réponse n'est simple, à part avoir la courtoisie de ne pas mettre l'erreur sur le dos de sa secrétaire !
Herve,
il est tres clair que cette personne ne connait pas le marche dont il parle. Quelques precisions a son intention:
1/ On ne parle pas du marche Chinois en citant Hong-Kong et Shanghai comme exemples. Hong Kong est un marche a part aussi bien en termes de reglementations que d'habitudes et de niveau de consommation.
2/ Shanghai est UN des marches de la Chine et ne peut etre LA reference pour l'ensemble du territoire.Il y a beaucoup d'autres villes et regions ou la consommation du vin evolue vite et ou les preferences en termes de gout et habitudes de consommation sont differentes de celles de Shanghai.
3/ Le Merlot. D'ou vient cette affirmation que les Chinois preferent le Merlot? Ou sont les donnees qui justifient cette affirmation? En l'occurrence, je dispose d'une etude realisee recemment sur les preferences gustatives des Chinois dans 4 villes de Chine et je peux vous affirmer que le Merlot n'arrive pas dans les 3 premiers cepages preferes.
4/ Le "marche haut de gamme pour les nouveaux riches qui veulent le plus cher". Je trouve ce commentaire reducteur et deplace. Il y a en Chine des amateurs/connaisseurs a haut pouvoir d'achat qui ont des preferences en matiere de vins haut de gamme non liees aux prix et qui sont ouverts a de nouvelles decouvertes.
5/ La consommation de vin dans les boites de nuit. Non, assez peu. De nouveau consultez les statistiques sur les reseaux de distribution, les boites de nuit n'en occupent qu'une tres faible part. La consommation dans les boites de nuit reste tres liee aux spiritueux avec le whisky en tete.
6/ Enfin "les chinois ne souhaitent pas devenir amateurs" !!!! D'ou vient de nouveau cette affirmation reductrice et meprisante? A l'heure actuelle, il existe des clubs d'amateurs de vins dans la plupart des grandes villes et les cours d'oenologie pour amateurs ne desemplissent pas. Il y a un vrai interet pour le vin et un vrai desir d'apprendre.
Je trouve toujours un peu facile de parler de la Chine quand on ne connait pas ce pays.Verifiez vos informations ou venez passer 1 ou 2 ans en Chine avant d'induire d'autres personnes en erreur et de les degouter definitivement de ce pays.
From HB : Merci Gwen, pour ces éclairages passionnants... Hervé
Bonjour Hervé,
J'adore !
Mais quelle distance (pas au sens kilométrique mais philosophique) nous sépare de ces chinois ou tout du moins de comment cet acheteur veut nous les faire passer.
Pour moi avec mes 400 références de vins à la carte de mon restaurant épicurien (où je suis tout seul pour tout faire), c'est un vrai bonheur que de te lire.
NB : Je tutoie facilement les personnes avec qui je m'entends bien et que je respecte profondément ! N'en doute pas tu fais bel et bien parti de cette catégorie ! Permet-moi donc de te tutoyer sur la suite de ces billets d'humeur.
Pendant les cours d'oenologie que je dispense à mes clients, je m'évertue à rabâcher sans cesse qu'un vin est la résultante de 3 choses :
1/ un ou des cépages (notion à laquelle "l'américain de base" se borne) mais c'est aussi,
2/ un terroir
3/ MAIS AVANT TOUT DU TRAVAIL D'UN VIGNERON ; je précise même - mais peut-être ne seras tu pas d'accord avec moi ? - Vigneron et pas viticulteur (celui-ci étant pour moi, un paysan - sans aucune connotation péjorative) mais impliquant par là qu'il ne façonne pas le vin, se "contentant" d'en assurer la culture et la vendange (je sais bien évidemment à quel point tous les choix quotidiens dans la conduite de la vigne auront également un impact sur le vin final).
Je dis aussi que sur les quelque 400 références de vins que j'ai sur ma carte (tiens, il n'y a pas de "monstre sacré bordelais" !?), une première condition de ma sélection est de proposer exclusivement des vins de vignerons (donc pas de coopératives ni de négociants). Parce que pour moi, le vin c'est l'extrapolation de la personnalité du vigneron.
Deuxième condition pour figurer sur ma carte, c'est que le vin soit bon (cela va sans dire mais cela va encore mieux en le disant !). Et "bon", cela signifie des vins que J'AI envie de boire. De même que MA cuisine est représentative de ce que J'aime manger. Pour autant, je n'ai pas la prétention de tout savoir ni sur les vins ni sur la cuisine mais juste celle de faire partager ma passion viscérale des uns et de l'autre.
Enfin, car si jusque là c'était nécessaire, cela ne s'avérera suffisant qu'avec cette troisième condition : il faut aussi que j'ai un bon feeling avec le vigneron et que je le connaisse personnellement car pour bien parler du vin qui, comme je l'énonçais précédemment est l'extrapolation de la personnalité du vigneron il me faut raconter l'histoire du-dit vigneron.
Et là, à propos de tes fabuleux vins (dommage qu'ils coûtent un peu plus d'un euro ! lol) et de ton Caractère (ressemblant étrangement au mien, tiens,comme par hasard !) je vais avoir de quoi raconter à mes clients !!!
Je suis heureux que l'on travaille ensemble !
A bientôt de te lire et j'espère au plaisir de te faire goûter ma cuisine "oenologastronomique" !