Du « lien au terroir »
Plusieurs jours que ce billet me trotte dans la tête. Enfin, plusieurs semaines, en fait. En vrai, plusieurs mois... Bloqué par la neige, je m'y attaque en espérant le finir avant mon départ pour la Suisse.
Pourtant, cela devrait être simple, de parler du « lien au terroir ».
Ce mot « lien au terroir », les passionnés de vin n'ont pas fini de l'entendre dans les mois et les années qui viennent. Et chaque vigneron, en fait, devra l'expliquer, voir le prouver à des fonctionnaires européens qui se sont mis dans la tête (qui leur a mis, d'ailleurs, quelqu'un sait ?) que ce fameux lien au terroir devait être la condition sine qua non à l'obtention du nouveau label AOP (Appellation d'Origine Protégée), qui va remplacer notre bonne vieille AOC. Ou qui est en train. Ou qui l'a déjà fait. Enfin, on en sait foutre rien, en fait, mais tout le monde fait semblant de savoir exactement où on en est...
Ce lien au terroir, c'est sans doute un ensemble de paramètres qui fait que le vin qui est né là a "la gueule de l'endroit où il est né" comme dit Jacques Puisais. C'est un mélange d'acquis et d'inné, de "phénotype" et de "génotype" (pour ceux qui ne l'ont pas lu ma tentative d'explication du terroir, il faut je pense le faire ICI), ou de Gestalt, aussi, je pense, une explication qui fait réfléchir, ICI.
C'est facile à dire, "terroir", même en anglais, où il n'y a pas de traduction mais où le mot prononcé avec une pointe d'accent vous classe aussitôt dans la catégorie des connaisseurs ;-). On voudrait bien le croire, qu'il existe, ce terroir. Tous, tant que nous sommes. Mais comment le PROUVER ?
Ah, voilà une question qu'elle est bonne. Déjà qu'on est à peu près les seuls au monde à croire que le terroir existe... Pour bien des vignerons, c'est en quelque sorte l'équivalent de la Foi chez les croyants : on l'a, on l'a pas. C'est comme ça. Ceux qui sont sûr d'en avoir un font les fiers envers ceux qui ne l'ont pas ou doutent, parfois. On fait aussi le pari de Pascal, sans même s'en rendre compte : avoir foi dans son terroir (et crier partout qu'on en a un...), ça coûte pas cher, y'a peu de contraintes réelles, y'a pas de risque sauf celui d'être gagnant, à la fin, sans même avoir besoin de mourir pour en être sûr... Pas besoin de Pascal pour en définir les gains...
Donc, comment je vais expliquer mon "lien au terroir", autrement qu'en chantant en toute les langues « buvons un coup ma serpette est perdue » ;-)? Pour l'expliquer, faudrait que je le connaisse, que je le définisse, ce satané terroir... Au minimum, il faudrait que je puisse en définir les limites. Voilà à quoi je pense quand vous me voyiez rêver sur mon stand à Vinisud au lieu de reconnaitre les amis... 
Bon, au final, c'est encore mon amour pour la Science-Fiction qui va m'inspire. Je n'ai que peu d'espoir que mes lecteurs aient un jour plongé dans l'œuvre magistrale en cinq tomes d'Orson Scott Card, un des tous grands auteurs de SF contemporain, j'ai nommé "Basilica, terre des origines". Je ne vais pas vous raconter l'histoire en détail, celle d'un retour d'une civilisation vers notre terre, celle des origines donc, après des milliers d'années d'implantation sur une autre planète, sous la protection d'une intelligence artificielle logée dans une batterie de satellites. C'est pas l'envie qui m'en manque, c'est le temps, désolé ;-). Mais dans ce roman, l'une des femmes - toutes importantes, voire essentielles dans l'intrigue, ce qui est bien en cette journée de la femme
– voit dans sa tête, visualise les liens entre les êtres. Elle les voie vraiment, et les qualifie. Vous allez comprendre, car vous pouvez le faire, aussi, et c'est passionnant, pour peu que vous ayez fait un peu de relaxation ou de sophrologie. Enfin, elle, elle est sensé les voir vraiment. Nous, on va juste les visualiser, hein 
Alors, j'explique. On se relaxe (ça s'apprend, pour ceux qui savent pas), on se met dans un état de détente profond, et on visualise.
Quoi ? Et bien des gens qu'on aime, des proches ou des lointains, des amis, des parents. Et on essaie de voir le lien qui nous unit à eux ou elles.
On tente de visualiser un vrai lien, qui part d'un endroit de notre corps (tête, ventre, cœur) et qui aboutit à un endroit de leur corps (qui peut être différent).
Si la personne est loin, le lien est très long... Si elle est dans votre lit au moment ou vous visualisez, il est très court ;-). Il peut être très fin ou au contraire très gros. Il peut être fin et solide comme gros et fragile... ll peut être ancien ou récent. Il est d'une couleur particulière, pour chaque personne ou pour chaque famille de personne : rouge, vert, noir, etc, il peut même briller plus ou moins intensément. Il a grossi au fur à mesure de la relation. Il peut être incassable, dans le cas d'une filiation, même si on peut ou on voudrait essayer... Il peut être même poilu... Mais ça, c'est quand vous pratiquez la visualisation depuis longtemps et pour un type de relation très particulière ,-). Bon, je rigole, parce que je suis un peu dans l'intime et on est vraiment borderline des limites que je me suis fixé pour ce blog, mais bon, le terroir, c'est aussi, quelque part, un truc intime pour moi.
Donc, n'arrivant guère à définir par des mots, ou des verres tendus, mon lien au terroir, je me suis dit que j'allais tenter de le visualiser avec cette méthode qui m'a tant apporté. Et pourtant, j'avais rien fumé, je le jure 
Quelle surprise ! Ce que j'ai vu, c'est une chaine ! Une bonne grosse chaîne avec des gros maillons, bien propres et bien brillants, légère mais très solide, qui me reliait à lui en me saucissonnant littéralement, comme si on allait me jeter au fond de l'Hudson dans une série B américaine... Pourtant, ces multiples tours d'acier, ne me pesait pas et me rendaient plutôt heureux. Certes pas libre du tout de faire ce que je veux, mais finalement assez content de pouvoir m'exprimer dans un cadre, hum, un peu étroit 
Me voilà enchainé à mon terroir. Je ne sais pas si les fonctionnaires européens vont comprendre... On est pas rendu 
P.S. : si tu es psy, diplômé ou non, exerçant ou "de
comptoir", tu peux faire un commentaire, mais ne sois pas certain que
je le publierai 
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2 commentaires
"Qu'est-ce que le vin ? C'est un corps vivant où se tiennent en équilibre les "esprits" les plus divers, les esprits volants et les esprits pondérés, conjonction d'un ciel et d'un terroir." Gaston Bachelard
Original, pertinent, très clair.
Juste un point :
"Si la personne est loin, le lien est très long... Si elle est dans votre lit au moment ou vous visualisez, il est très court "
Pas forcément, cela peut être tout le contraie (en développement personnel).
Tout dépend de la durée et de l'intensité de la rencontre (de son authenticité).