Où je me prends pour la Comtesse de Ségur
Jean-Luc m'écrit :
Bonjour,
J'ai trouvé votre blog passionnant. N'ayant aucune qualification professionnelle si ce n'est qu'une formation dans l'informatique, j'apprends très vite. J'ai d'ailleurs appris la majeure partie des choses que je connais en autodidacte.
Je vous écrit car j'ai postulé à une offre d'emploi "d'aide viticole" pour de l'ébourgeonnage justement. Ayant envie de changer d'environnement professionnel et de vraiment trouver ma voix, je me suis dit pourquoi pas. C'est un contrat de 45 jours, non loin de chez moi.
J'ai pu lire ça et là que c'était une tâche très dure physiquement et mentalement, notamment sur votre blog, où vous semblez dire que vous souffrez du dos. C'est aussi mon cas, depuis toujours malheureusement. Je suis jeune et il est vrai que c'est un handicap pour une personne de mon âge. Seulement je ne veux pas démissionner, je me suis présenté et on me rappellera dès que le travail commencera.
Serait-il possible d'avoir un peu plus d'informations sur cette tâche, qui consiste, si j'ai bien compris, à retirer tous les bourgeons inutiles du pied de vigne, qui vont "pomper" toutes les ressources et ainsi affaiblir le pied de vigne ?
Selon vous est-ce une tâche réalisable pour une personne débutante ? J'ai déjà aidé mon frère qui est jardinier.
Je m'excuse d'avoir raconter ma vie, mais j'avoue être un peu anxieux quand à l'ambiance de travail et au fait que je sois complètement ignorant dans ce domaine, votre blog m'a rassuré car j'y ai vu également de la passion.
Je vous remercie d'avance. Cordialement, Jean-Luc
Bonjour Jean-Luc,
Pas beaucoup de temps pour vous répondre mais votre mail m'a touché.
Au niveau du dos, je suis presque sûr que le vôtre ira mieux à la fin qu'au début... Tout est une question de mobilité des articulations et, quand on est jeune, c'est facile à retrouver. A cinquante ans, c'est plus compliqué...
Le premier conseil d'un kiné à quelqu'un qui a mal au dos, c'est bien souvent : faites de l'exercice... Si ça se trouve, c'est de rester sur une chaise devant un ordi qui est le plus nocif (là, par exemple, je devrais être à la piscine me disent mon dos et mon kiné ;-). Attention cependant aux bonnes et aux mauvaises postures, à ne pas trop tirer vers le bas au début et à ne pas hésiter à plier sur vos jambes ou à poser un genou à terre, de temps en temps, pour laisser le temps à vos lombaires de s'habituer à vos nouvelles exigences. Une ceinture élastique, qui s'achète en pharmacie, est aussi un bon allié (en passant, bu un Coteaux du Noiré 2004 au top samedi, merci Franck...). Attention à bien vous couvrir les reins le matin, s'il fait humide, la "ceinture de flanelle" de nos grands pères est un outil qui était loin d'être bête. Chez nous, elle était rouge, la faixa et on la laissait pendre sur le côté. Enfin, je dis nous, mais pas prêt de me voir en costume traditionnel, hein. Encore que la Barretina, le bonnet rouge e laine feutré, avant Noël, c'est un must ;-). Mais c'était bien pour les reins. Une jolie gravure de ce qui aurait pu être nous à la fin du siècle dernier, pour mettre un peu de couleur dans ce billet 

Important, un peu d'échauffement, le matin, un réveil musculaire, vous aidera, au début, à bien démarrer. Une ou deux séances de Pilates, pour bien comprendre comment respirer, c'est une idée. Mais bon, les cours de Pilates, à Vingrau, c'est pas facile à trouver. A Saint-Tropez, dont vous n'êtes pas loin, en revanche... Si vous avez des jours de formation, je vous le conseille mêmei ca risque d'étonner votre futur patron (parlez plutôt à sa femme, elle connait...) Je plaisante un peu, mais à peine. Au fait, pour les pauses et le soir, couvrez vous bien le dos dès que vous arrêtez, sauf bien sûr s'il fait caniculaire, mais ça va pas être le cas, j'en ai peur, cette année.
L'ébourgeonnage est ce qui me plait le plus, dans le cycle de la vigne. Il fait beau, en général, car c'est le printemps. Il faut à la fois "faire" et réfléchir, en même temps; c'est répétitif certes mais en soi très relaxant car on doit être concentré et donc, on oublie tous le superflu. Et surtout, on se rend compte que c'est superflu
Les premières heures vont être longues, c'est presque certain, mais, après deux ou trois jours, très vite, votre corps va s'habituer et vous trouverez, je pense, dans un travail manuel qui oblige le corps et l'attention à se mobiliser, une grande paix. La nature aide aussi à retrouver son calme, surtout si vous êtes dans une vigne loin de tout, protégée de tout.
Je suis certain que l'on va vous former. C'est assez simple à comprendre si ce n'est que de l'ébourgeonnage, où l'on enlève tout, et non de la taille en vert, où il faut réfléchir un peu plus. De toute façon, vous allez être encadré et vous pourrez poser toutes les questions. Il faut le faire et ne pas hésiter, si vous voulez progressez vite dans la technique. Puis, très vite, vous maitriserez le geste, puis vous l'intégrerez et enfin, vousle ferez dans une sorte de semi automatisme. C'est le savoir faire. C'est super. Après, on peut chercher la vitesse et, surtout, plus important que cela, la qualité et la régularité, sur toute une journée de travail, ce qui est une autre paire de manche. Le soir, j'espère sincèrement néamoins que vous ressentirez la satisfaction d'avoir été utile, de vraiment avoir "fait" quelque chose, de l'avoir bien fait, avec son corps, et ses mains et sa tête. Peut-être même en éprouverez vous, loin de toute idée reçue, une grande fierté teinté d'une BONNE fatigue. Si vous faites ça avec des mauvaises idées dans la tête, en revanche, l'impression d'être esclave ou inutile, comme je l'ai vu malheureusement, arrêtez...
L'accomplissement, la réalisation, tout cela peut se trouver dans la plus petite chose, dans le plus petit geste, si l'on est dans le "ici et maintenant" tel que nous le montre le zen japonais. Je vous souhaite de trouver cette paix et cette joie dans cette expérience.
Cordialement, Hervé, qui a un peu l'impression de se prendre pour votre grand-mère 
P.S. : attention à votre alimentation. Beaucoup d'eau, des fruits à 10 h et à 15h, c'est le secret...
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5 commentaires
Bonjour, jamais je n'aurais pensé qu'une lecture matinale sur l'ébourgeonnage m'aurait passionné autant
Merci!
Bravo, beaux conseils, tellement bien dit... et vécu!
Je confirme ce qui est dit : se baisser en pliant les genoux plutôt que de se pencher en avant et invesir dans une ceinture mais également dans une paire de gants souples et solides car les mains peuvent soufrir(j'utilise des gants d'égoutier en tissu recouvert de matière plastique). Le soir, se faire faire un bon (et long) massage du dos...
Ensuite, bien se faire expliquer le travail mais surtout comprendre ce qui est demandé et ce que l'on fait, dans quel ensemble global cela s'inscrit (Perso, je fait toujours mieux ce dont j'ai compris la finalité) et se dire que chacun de vos gestes aura une influence sur la récolte qui va venir et donc sur la qualité du vin.
Et enfin, profiter de la nature et de l'environnement pendant quelques brefs instants (une jolie fleur au milieu de la verdure, l'odeur de la menthe sauvage sur laquelle l'on vient de marcher, une coccinelle sur un cep, le vol bruyant d'une nuée d'oiseau, un nuage, le vent,....). Ca rend la tâche moins dure en apparence...
Denis
Bonjour. Merci encore pour vos conseils.
La date est fixée pour le 3 Mai si tout va bien pour une durée de 45 jours.
J'espère passer un bon moment malgré la difficulté apparente de la tâche à accomplir mais cela sera de toute façon une expérience enrichissante j'en suis sûr.
Amicalement.
PS: Merci à Denis également.^^
@ Jean Luc : De rien et bon courage
Denis (qui arrete ensuite de squatter les commentaire du blog d'HB...)