C'est au pied du fourneau...
16 heures. On a trainé sur le marché et dans les épiceries. Il fallait s'y attendre tant nous sommes gourmands tous les deux, Franck et moi ;-). " Et ça, c'est quoi ?"; "Et ça, ça se cuisine comment ? "...
A peine le temps d'une rapide sieste de quelques minutes sur le canapé du salon de Franck (je suis toujours plus ou moins jet laqué (comme dirait le Pékin Duck
et il est l'heure de montrer ce que l'on sait faire.
Dans l'expression "faire à manger pour 15 personnes", le mot qui m'angoisse, c'est en fait le chiffre... Pour 4, pour 6, pour 8, voilà qui m'est habituel. Mais pour 15, la complexité est exponentielle. Problème de four. De taille de plat. De tailles d'animaux... Bon, réfléchissons un peu. Rien de trop ambitieux, rien de trop moderne, rien de trop compliqué, de la simple cuisine familiale des bords de la Méditerranée.
Nos hôtes sont charmants. La maison vaste et moderne. On cuisine souvent ici et aucun accessoire ne manque. Une cuisine extérieure, comme souvent autour de l'océan indien, est une excellente idée à retenir si je construis un jour une maison.
5 ans d'école hôtelière, voilà un bagage peu voyant que l'on emmène pourtant toute sa vie avec soit et qui m'aura été – oh combien – utile au fil des ans. C'est un peu comme les gens qui ont fait le petit séminaire, il y a de beaux restes
Pour Alex, surprise, cela fait aussi partie de son backround. Il attaque de son côté l'apéritif, coupant avec une dextérité qui ne trompe pas courgettes, ail, aubergine et poivrons et les faisant griller en tranches fines, avant de mélanger le tout dans une généreuse quantité d'huile d'olive. Tout à l'heure, sur des tranches de chiabata grillées et tartinées d'un épais pesto maison, cela donnera le ton : on n'est pas chez Ducasse, mais on est pas loin ;-). Je le referai et vous donnerai la recette, promis.
De mon côté, l'organisation se met en place dans ma tête sans même que j'ai franchement besoin d'y réfléchir. D'abord ce qui va cuire longtemps. Et ainsi de suite. Je dégaine donc ma polenta gros grains, reçue tel l'encens des mains de Balthazar par les mains de Marie, la semaine dernière à Gstaad, de mon ami Robert Speth, pour qui j'ai une admiration sans borne, accompagnée d'une recette que, je l'avoue je n'aurais jamais trouvé tout seul. Quelque minutes plus tard, la voilà à mijoter sur la plaque à induction, partie pour trois heures (et oui...) de cuisson lente. Il faut vraiment que je m'achète une plaque à induction, c'est décidé.
L'autre recette qu'il m'a gentiment transmise, c'est celle du "Chutney" qui va accompagner le fromage. Après 30 minutes de pelage et d'éminçage, le voilà qui commence à réduire aussi.
Il faut parer les gigots, qui, malgré les efforts de Franck, semblent avoir traversé l'Australie à pied avant de prendre l'avion jusqu'à nous, tant ils me paraissent musclés... Réussir la cuisson ne va pas être une mince affaire... Croisons les doigts.
On se met aux navets. Alex pèle, je tourne, afin de leur donner une forme identique, secret du braisage/glaçage qui va suivre. C'est long. Mais la cuisine, c'est ça : un don de soi. Quand on l'a compris, rien n'est pénible.
Ouah ! il est déjà 18 heures et il faut encore aller se changer rapidement à l'hôtel ! Je montre à Alex comment je voudrais les calamars, arrose les gigots d'huile, de beurre, jette dans la plaque trois tomates et deux oignons et je le lui confie, d'un air maternel. Il les prend dans ses mains d'un air maternel aussi. La famille, c'est essentiel pour lui. Je sais qu'il va s'en occuper...
19h30. De retour, douché à l'arrache, changé. J'essaie de ne pas me tâcher. Il me manque une veste de cuisine. Faudra y penser. Tout s'accèlère, vite, puis très vite, puis très très vite. On fait une belle équipe, c'est sûr. Les plats s'enchainent : tartines de légumes d'été; calamars "comme des piballes" découverts il y a vingt ans à la Tupina (le piment d'Espelette fait un malheur !); spagettinis aux cigales de mer (c'était ttttrès bien Franck, ne t'en fais pas ;-); gigot d'agneau rôti Provençale, découpé à table, "à la Française", son jus, navets glacés à brun, polenta gros grain crémeuse, ultima patata à la vingraunaise (j'aurais dû en faire trois kilos tant elle s'arrache...), Saint Bectaire et Reblochon fermier, Chutney à la mode de Gstaad, ananas flambé au poivre blanc comme me l'a appris mon cher professeur de salle, Jean-Pierre Fissore, il y a trente ans.
Ouf.
C'est fini. Un peu crevé, mais très heureux 
Et les vins, au fait ? Et bien les amis, ils se sont montrés sous leur meilleur jour et ont surtout démontré une aptitude remarquable à se bonifier en vieillissant. Vieilles Vignes 2003, Sorcières 2006, Blanc 2003, Clos des Fées 2004, Petite Sibérie 2009 (échantillon), 2005 et 2003, tout se goûtait à la perfection, avec encore un potentiel d'amélioration énorme. Merci Vingrau et son terroir !
Et au passage, nous avons trouvé un nouvel usage pour la "Lazzy Suzan" traditionnelle : on met les bouteilles en rond, on fait tourner et chacun prend un peu de ce qu'il préfère 

Tout le monde a l'air ravi, on s'échange des recettes, des promesses de ré-invitations, on jure qu'on reviendra vite.
C'est fini. C'était bien.
Et c'est donc de Vingrau que se termine le récit de ce voyage qui je l'espère vous a plu bien qu'il ait généré... zéro commentaire 
Ajouter un commentaire
Abonnement aux commentaires
S'abonner pour recevoir les commentaires de ce billet par email
5 commentaires
Lecteur assidu, je me lance alors Mr BIZEUL pour le premier commentaire :
Merci pour ces beaux récit et en espérant que vous nous transmettrez comme une mère à sa fille vos fameuses recettes!
C'est un mélange d'admiration et de jalousie qui nous coupe toute velléité commentatoire
Ton talent pour décrire des lieux, des odeurs, des sensations nous laisse admiratifs. La plupart des billets sollicite nos 5 sens. Parfois ils nous suscitent même des émotions inattendues...
Ce dernier nous donne davantage envie de découvrir ta cuisine que tes vins encore que le mieux serait évidemment de découvrir les deux, judicieusement associés par leur créateur.
Quant au fait de pouvoir vivre de sa passion, même si évidemment tu es loin du train de vie de certains compères bordelais ou bourguignons, elle titille un peu notre jalousie. Mais cette jalousie est vite éclipsée par le plaisir de connaître (même par écrans interposés) quelqu'un dont la passion et le courage sont suffisament forts pour lui permettre d'en vivre, de voyager et de partager des expériences aux quatre coins du monde.
Ce message a même donné envie à mon épouse de retourner à Singapore alors que sa première expérience l'avait plutôt déçue (Il faut dire qu'un stop over de 8 heures au milieu d'un voyage éprouvant auquel s'ajoutent le décalage horaire et le changement de climat ne sont pas les meilleures conditions pour aimer un nouveau lieu)
Une petite question pour finir : Le reblochon est-il meilleur à Singapore ?
P.S. Le Saint Bectaire est évidemment le cousin azertyuiopais du Saint Nectaire
P.P.S. Longue vie au BGC !
Ben c'est les vacances... - pour certains ;+) - donc béatitude silencieuse à la lecture de ces récits, ... et pis quand on n'a rien à dire....mieux vaut...
Cher Hervé!
Nous manquons à tous nos devoirs de lecteurs... perso, je lis le blog dans mon aggrégateur RSS (je ne rate jamais un billet comme ça!), c'est vrai que ça n'aide pas à commenter. Honte sur moi! Un grand merci pour ce récit touchant et au pas de course.
Je regrette vraiment d'avoir manque le diner precedent (en particulier le mariage tofu+truffe + clos des fees.. et l'opportunite de discuter avec vous ) -Visiblement Singapour vous a plu donc a tres bientot...