6 septembre - Premiers blancs, premiers doutes
Alors que plus de la moitié du Mas de la Chique est vendangée, nous commençons à peine à trier les grenache gris à Vingrau. Pourtant, à vol d'oiseau, les vignes sont à sans doute moins de 3 ou 4 kilomètres. Mais voilà, au milieu, il y a une masse colossale de calcaire très pur, une altitude différente, des expositions différentes, des pluviométries différentes.
En vendangeant ce matin, j'étais stupéfait de voir combien les raisins semblaient différents. Les vignes, dans leur port. La structure des grappes, dans leur architecture. Et que dire du goût... Acidité différente, fruit différent, longueur, équilibre, tout est différent. Une grande partie de la journée, j'ai pensé à la chance - au hasard ? - d'être installé là, sur ces terroirs, sur ces vignes qui boostent nos efforts et nous redonnent tant de joie et de beaux fruits en échange de tant de soins et de sacrifices...
La journée s'est globalement bien passée. Mon lumbago s'éloigne doucement, je peux recommencer à grimpouiller en haut des cuves de Walden, l'atelier-Relais de Rivesaltes où nous faisons "les petits vins". Je n'ai pas l'impression, en goûtant ce soir une bouteille de Domaine de la Chique 2009, qui est proposé à partir de ce soir d'ailleurs dans de nombreux Carrefour en France, que le vin est "petit". Son prix, oui, sans doute. Sa rentabilité, au vu des rendements et des coûts, certes
Mais sa qualité, non, vraiment. Tout juste est-il plus buvable, plus accessible, plus "compréhensible" et moins destiné à la garde. Mais "petit", certes, non.
5 hectares de Cinsault et 5 de Syrah plus tard, une chose est sûre, nous sommes bien partis pour faire pire, au niveau rendement, que l'année dernière, déjà la plus petite de l'histoire du vignoble Catalan. 10 hectares, 160 hl au mieux, inutile d'être un cador en calcul mental (je vous parlerai un de ces jours de l'impossibilité navrante de tous les jeunes en stage ou en début de carrière autour de nous de faire la moindre opération mentale...) pour comprendre que ce n'est pas assez pour rester sur la propriété. Qui vivra, verra...
A Vingrau, tri dans les grenaches mêlés, les "vignes métissées" comme les appellent joliment nos confrères de Roc des Anges. On cueille d'abord les gris. On reviendra pour les blancs. Puis pour les noirs. On court beacoup, c'est compliqué pour l'organisation. Les gris ont de l'acidité, plus que d'habitude, ce qui semble être aussi le cas des premiers rouges, avec beaucoup de malique me dit ce soir Agnès, l'épouse si douce de Jean-Philippe Padié, qui suit les vinifications de Walden avec l'ICV. Premières analyses ce soir, surprise demain avec des degrés sans doute importants mais de la couleur, du goût, du fruit, une grande douceur, une première impression de millésime simple et bon, un peu comme le film d'hier soir sur la 2, l'excellent "je vous trouve très beau" d'Isabelle Mergault, tout en mélancolie et en justesse. Vu déjà deux fois, juste saisi quelques scènes touchantes, trop fatigué. Medeea Marinescu donnait une meilleure image de la Roumanie que celle véhiculée par les polémiques actuelles... Je l'aime bien. Elle me fait penser à Juliette Binoche. Bon, je dérive, désolé, c'est la fatigue 
Pas de panne, pas de casse, pas d'accident, donc une bonne journée, juste une course contre le temps, la météo, la montre, l'absence d'un cadre pourtant essentiel et dont le travail retombe en grande partie sur moi. C'est ainsi. Avec mon stagiaire, Vincent et une nouvelle recrue embauchée en catastrophe, bien jeune, me voilà à crier partout comme dans une mauvaise émission de télé-réalité ou je jouerais le méchant dans un jury type "Master-Chef" : pas ceci, pas cela, vite, là, non ici, branche, débranche, change, ferme, ouvre, sort, rentre, monte, descend, nettoie, nettoie encore, recommence avec une éponge (non, ça, c'est pas nettoyer !), note, sort, rentre, balaye, move ! MOVE ! Je me demande, si une caméra filmait ça, si autant de lecteurs ou de clients continueraient de rêver de faire du vin...
Bon, voilà, je suis douché, nourri, j'ai même pas fait de photos des blancs, magnifiques, et j'écris ces lignes, qui me semblent bien incohérentes. C'est comme ça, hein, pendant les vendanges : on prend ce qu'il y a. Ou alors, j'écris pas 
Ce qu'il y a de bien, dans un blog, c'est que personne n'est obligé de lire et que comme c'est gratuit, il serait, vous en conviendrez, malvenu de se plaindre 
A demain, et merci pour les commentaires...
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5 commentaires
Très live - on entend ta "bande de son"... ici, grand calme après une nuit agité par l'orage - maintenant, l'impression, que le jour, à peine levé sous une épaisse couche de nuages, s’assombrit à mesure... étrangement calme, parce que avec le marin, qui pousse les nuages contre la montagne en face, tout les bruits de la route au Nord sont estompés.. d'autres orages et fortes pluies annoncé pour la journée et la nuit suivant - je n'ai pas encore allumé la lumière, juste l'éclairage blafarde de mon écran, tant qu’on peut oser de se brancher sur la ligne, sans craindre la foudre - il ne va pas y avoir beaucoup d'énergie solaire aujourd'hui, pour charger les batteries...
L'inspection de la vigne sur la colline, cela va être pour demain - l'état des raisins était bon jusque là, mais cela manquait encore un brin de maturité - même si les premiers prélèvement des nos chers sangliers/blaireaux semblaient indiquer le contraire...
J'aimerais bien être au stade des cris énervés pendant la récolte....bonne continuation pour toi... au plaisir de relire la suite!
Si c'était pas si loin de chez moi...
Je viendrais volontiers te faire profiter de mon aisance en calcul mental et subir tes foudres ^^ pour quelques journées de vendanges
Cher Hervé,

à mon avis, tu tiens le prochain concept d'emission de téléréalité version "retour-à-la-vraie-vie". Vinochef.
Faut creuser... on en recause
Bon courage pour ces journées chargées, tendues, difficiles, mais j'en suis sûre ô combien satisfaisantes
Je vous imagine mal en jury de "master Chef"!
Mais vous avez 10 000 fois raison d'insister sur la propreté, l'hygiène et la salubrité du matériel, des cuves, des canalisations, des pompes enfin que sais-je encore?
Et si on n'explique pas ça très tôt aux stagiaires et aux jeunes, que va t-on déguster dans quelques années?
Et de un!
J'adore ces billets-vendange certes, ils sont peut-être un peu décousus, mais qu'est ce qu'ils sont enracinés!
Merci