7 septembre - jour 2 - Il pleut, je rêve d'enfance
Nuit difficile.
Dur de s'endormir, réveils fréquents ce qui ne m'est pas habituel, en pensant à chaque fois à un des multiples défis qui m'attendaient aujourd'hui.
Du coup, souvenirs de rêves, dont un, très étrange, où je mangeais de petits morceaux de pain beurré saupoudré de chocolat "Dardenne". Au moins 40 ans que je n'ai pourtant pas regoûté à ce chocolat étrange et délicieux qui s'achetait en pharmacie (le brevet garantit une assimilation pour certains qui, parait-il, ne le digèrent pas, j'attends les commentaires du corps médical, surtout Belge ;), sous un packaging beige d'un autre temps, et dont les petits granulés ont enchanté ma petite enfance. Un clic sur le web et je me rends compte que l'habillage a changé au moins autant que moi ;-). Mais le goût en est peut-être le même si la recette a été conservée...Je me plais à rêver que ce soit le cas
Étranges circonvolutions du cerveau humain qui, sous l'effet du stress, vous renvoie dans cet état si doux de dépendance, d'abandon, d'ignorance, de curiosité et de sécurité qu'est l'enfance...
Bon, à 6h30, l'enfance était déjà loin et la pression déjà digne d'une cocotte minute. On remplit le pressoir dès l'aube, de raisin soigneusement stocké la veille au soir, afin de presser à froid. C'est là le seul secret que je vous révélerai, un peu las d'être copié dès que je trouve un truc un peu sympa. Le programme de pressurage change de toute façon chaque année et pour chaque cépage. Le "Sutter cage ouverte" sonne pour indiquer son premier cycle, il s'enclenche, tourne, se renverse et la membrane centrale se met à gonfler, poussant les baies sur la cage en inox; le jus s'écoule, à 10° (C, hein, pas d'alcool ;-), doux et sucré. Du côté des blancs, l'année s'annonce fastueuse.
Une équipe à droite, une à gauche, une cave ici, une autre là, je jongle. Au Clos des Fées, il est temps de passer des gris aux blancs. Comme un jour sans fin, on repart dans les même parcelles afin d'isoler les blancs. A la Chique, les Grenache sont bien avancés. Les olives grossissent doucement, le planning semblant bien s'enclencher cette année. Tout le monde travaille. Les premiers jours ont été difficiles pour beaucoup de vendangeurs et vendangeuses, mais tous en "veulent" et le dos commence à se roder. Le rythme est soutenu, cela se sait et beaucoup renoncent désormais à nous demander un job d'automne, préférant des équipes plus "cool"...
Journée intense mais parfaitement réglée, qui se termine pour les derniers dès 17h30 avec en plus le temps de préparer des commandes pour les USA avec contre étiquettes, code cartons, palette NIMP15 et tout le toutim. Pendant les vendanges, les enlèvements continuent et le couloir, bien qu'encombré, fut aujourd'hui le théâtre de belles dégustations animées par Claudine. Pittoresque est le mot qui convient, vu le chantier qui règne dans la maison.
19h, un bel orage, 10 minutes à peine, mais parfait pour nettoyer les raisins, faire tomber la poussière des chemins, donner un peu de fraîcheur aux feuilles. Il le fallait, nous l'avons eu, bien qu'un peu de rab cette nuit serait le bienvenu
En le regardant tomber, je pensais, grave, à mes confrères du Gard, du Vaucluse, du Rhône qui, avec 100, 200, voire 300 mn plus de la grêle à certains endroits, risquaient de tout perdre (et en tout cas leurs rêves d'excellence...) à quelques jours du but. Je sais que rater un avion de 2 mn ou de 2 heures ne change rien à l'affaire, mais dans la vigne, il me semble encore plus terrible de tout perdre à la veille des vendanges qu'avant. Il y a bien des fois "loin de la coupe aux lèvres" et autres "peau de l'ours".
Pourvu que ce ne soit pas trop grave...
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3 commentaires
C'est clairement rageant de tout perdre au dernier moment... Après avoir résisté à tous les pièges qui s'étaient posés avant et avoir vu des raisins prometteurs qui doivent nécessairement nous projeter dans le futur en imaginant le nectar que l'on pourra en tirer... Bon courage à eux !
Et bon courage à toi et à tes vendangeurs pour les journées chargées qui vont continuer de s'enchaîner
Les boires et déboires des conditions climatiques...
On continue à croiser les doigts!
Aaah le Dardenne... Tu imaginerais bien que c'était une raison de vocation ? Non, hélas, la chose avait disparu des comptoirs alors qu'en terme de digestibilité mon petit estomac apprenait ce qu'est une vie de guindaille universitaire et les délicieux menus qui vont avec...
J'ai du me rabattre à l'aube de la profession sur le vin de quinquina... pas trop facile non plus... Et maintenant, tu vois, je vends d'autres antidepresseurs que le produit d'une fève, moins royaux, toutefois, en Belgique, il nous reste un Dardenne, assez vineux !