Cahier de vacances
Trouvé sur une plage, dans le sable du net...
Binder: du verbe anglais : "to bind", lier :
• la plante : relie entre elles des énergies : "energy-binder"
• l'animal : relie entre eux des points situés dans l'espace: "space-binder".
• l'homme : en plus des énergies et des points dans l'espace, relie encore entre eux des moments dans le temps dépassant sa propre durée vécue : l'homme est un "time-binder" :
Et j'écris à mon tour, dans le sable des vacances, sans que la mer jamais ne puisse jamais l'effacer ;-) :
• Le Vin : en plus des énergies, de l'espace et du temps, il relie entre eux les hommes et les femmes (et leur permet de temps en temps de se mélanger avec délices ;-)) : le vin est un "human-binder".
Un peu de pragmatisme
Quatre ou cinq fois par an, je suis régulièrement contacté par des inconnus qui veulent devenir vignerons.
Il y a de tout, je l'avoue, le pire côtoyant le meilleur, il faut bien l'avouer.
Le pire, c'est une personne d'un certain âge, n'aimant pas particulièrement le vin, avouant avec une candeur désarmante ne pas en boire souvent, n'ayant aucune idée de la différence entre un cep et un poirier, ayant eu une activité sédentaire toute sa vie, 100 % urbaine, bien sûr, et sans gros moyens financiers. En résumé, c'est : je vends ma maison et je m'installe ! "On m'a dit que les 50 000 premières bouteilles, c'était facile à vendre"... J'essai alors de conseiller de tenter de faire d'abord un cycle complet, avec un vigneron, pour voir si on est vraiment fait pour ce métie ...
Le meilleur, c'est un jeune passionné, BTS viti-œno, 6 à 10 ans d'expérience dans trois ou quatre domaines dans différentes régions viticoles, costaud, avec des paluches commak, polyvalent vigne-cave-commerce, qui ferait 50 mètres sur les mains pour tremper ses lèvres dans un vin culte qu'il ne connait pas, amoureux fou du grenache bien que marié avec une femme au moins aussi passionnée que lui ;-), ayant solide boulot à côté (et qui entend bien le garder jusqu'à que cela marche, c'est à dire longtemps).
Qui réussira ? Qui échouera ? Nul ne peut le dire. Ils me demandent des conseils. Je les écoute, patiemment, pour tenter de saisir ce qui les motive, ce qu'ils aiment, ce qu'ils veulent faire, quel est le but final. Et j'essaie, le plus gentiment du monde, de dissuader certains de se lancer dans le vin, comme d'encourager les autres à le faire, en leur donnant des clés, des idées, des stratégies, en leur indiquant aussi les erreurs à ne pas faire, en ayant moi même fait beaucoup. Mais ce n'est qu'un avis...
Peu m'écoutent. Enfin, peu m'entendent, devrais je dire. Ils veulent de toute façon creuser leur propre sillon, alors que je pense pour ma part que la vie est trop courte pour faire toutes les conneries soit même, et que l'on peu s'enrichir des erreurs des autres. Écouter, les autres vignerons, les consommateurs, la nature, la vigne, voilà pourtant bien l'une des clés de ce satané et passionnant métier.
L'autre jour, chez Nature et Découvertes, j'ai trouvé ce livre passionnant. Je le conseillerai désormais à tous mes nouveaux visiteurs attirés par la lumière des grands crus. Lors de leurs premières et longues journées à la vigne, bien loin des commodités du monde urbain, sa lecture leur rendra de fiers services ;-)

Le cheval et le social
Quand on se met en tête de recommencer à mettre de la traction animale dans les vignes, on est en général fier de soi.
On devrait pas. Bien vite, on se rend compte de toutes les difficultés que représentent le fait de réintroduire le cheval ou la mule dans les vignes. Il faut s'occuper des animaux toute l'année, ça, on l'a oublié, et ce n'est pas comme un tracteur dont le soir, on coupe le contact avant de le rallumer quand on veut. Il faut aussi les harnais, les outils, difficiles à trouver ou à retaper ou à créer puisque les forgerons et les bourreliers ont disparu des villages. Et puis il faut trouver celui qui va courir derrière le cheval, avec passion et amour, de son travail, de la nature, de son cheval, bien sûr.
Franck au Clos des Fées, avril 2005. J'aime bien cette photo.

Rapidement, on se rend compte aussi que la société a changé, que rien n'est comme avant, les rythmes, les routes, les granges, la capacité des voisins de supporter les mouches ou les odeurs alors qu'il y a à peine quarante ans, il y avait encore plus de 80 chevaux et mules à Vingrau. Les troisièmes étages de toutes les maisons, greniers autrefois réservés et étudiés pour le stockage du foin, sont aujourd'hui des pièces à vivre ou des terrasses. Le cheval n'est plus le bienvenu ici et les moustiquaires, autrefois indispensables et noires de mouches tout l'été, ont disparues depuis longtemps des fenêtres des maisons.
Ici, les dernières vignes non mécanisables sont donc destinées à être désherbées ou arrachées. Notre ami Franck, le muletier, nous en fait encore deux ou trois hectares, à la mule, mais sa présence est trop aléatoire (il a d'autres clients et fait l'hiver du débardage) pour pouvoir vraiment compter sur lui, la météo et son planning de disponibilité n'étant que rarement synchrones. Là, je l'attends. Où est tu, Franck ? On a besoin de toi ;-)
D'autres reviennent au travail du sol pour ne plus tasser avec des enjambeurs de plus en plus monstrueux et de plus en plus lourds. C'est le cas de mes amis Alfred Tesseron et Jean-Michel Comme, au Château Pontet-Canet. Pendant les primeurs, j'ai volé quelques minutes à Jean-Michel pour me faire expliquer sa démarche et voler quelques photos.
Je trouve cela génial. Je vous explique. Vouloir labourer, c'est bien. Mais quand on a beaucoup d'hectares, un temps pluvieux, des hautes densités et donc beaucoup de rang, 35 heures et aucune envie de la faire rejouer Zola par ses vignerons, impossible d'imaginer mettre 20 personnes à courir dans les vignes : ce serait considéré aujourd'hui comme inhumain.
Alors, Jean-Michel a inventé les sulky de labour : un cadre hyper-léger pour les sols, un siège confortable pour le conducteur, deux freins à disques parce que tout le monde n'est pas Zingaro, et, tout d'un coup, tout le monde veux bien labourer au cheval, même ceux qui l'ont jamais fait et ceux d'un certain age qui n'ont plus la forme suffisante. Il suffisait d'y penser... Dommage, trop de cailloux ici et des vignes en gobelet, cela n'est pas pour moi. Mais gageons que cette bonne idée va faire du chemin ;-)
Le cheval (un des...), plutôt ravi de vivre désormais dans un Cru Classé 1855, et en plus en bio ;-)

Le sulky, en train ici de décavaillonner avec deux bons vieux interceps mécaniques.
Vous remarquerez la batterie, pour les feux stop, et la plaque d'immatriculation, car nous sommes bien en présence d'un véhicule agricole et donc, il faut respecter les normes ;-)

Discussion animée
Jacques Berthomeau me fait l'honneur de mettre un commentaire sur mon blog. Ça vaut le coup de faire un billet, au cas où vous ne liriez pas les commentaires ;-)
"Cher Hervé,
A propos de métier de cons j'ai le souvenir d'un certain Lelong, breton
et vaguement Sec d'Etat aux PTT qui avait qualifié le tri de m de c...
Désolé quand je prends le 1ier métro pour gagner une gare y'a beaucoup
de cons dans la rame et en prime ils sont bronzés.
Quand au SMIC quand j'étudie les comptes des viticulteurs ils sont loin
du compte et que je sache l'objectif de faire gagner de l'argent dans
les vignes à partir du raisin n'est pas un crime : nous importons les
alcools pour muter nos VDN, les mouts concentrés et le marché des vins
de base pour mousseux explose... Mais ce n'est pas noble sans doute !
Jean Clavel qui est un sage a raison, je trouve facile de se faire
mousser auprès de lecteurs convaincus par avance il est bien plus
difficile d'aller convaincre les présidents de caves coops et la
fameuse base.
Moi j'essaie, en pure perte sans doute, mais même si je me fais traiter
de suppot de BK je tente de sortir la région de son pessimisme.
NB. Hervé tu devrais aller visiter la coop de Florensac dans l'Hérault pour voir s'ils font un métier de cons...
Amical souvenir"
Réponse de HB : Mon cher Jacques, le "métier de con" dont je parle, c'est celui que prône l'ami Kessler : corvéable à merci d'un négoce international géré par des cols blancs sortis d'une école de commerce de province, dans une agriculture productiviste digne de l'après-guerre, entièrement mécanisée, peu soucieuse des conséquences de ses actes sur l'environnement et la société, pourvu que le "marché" soit content, produisant des "vins boisson" interchangeables, aussi interchangeables que ceux qui les produisent, dont le cours fluctue en fonction du déplacement d'El Nino, à 2 euros chez Lidl, en pensant que c'est la solution pour que le consommateur boive plus...
Oui, c'est facile de donner des conseils : ce métier là, tu le prendrais, toi ? Moi, non, sans hésitation. Je préfère le tri ;-), au moins, on n'est pas seul toute la journée.
Quand à vouloir me monter contre les caves coop, c'est petit. Car non, ce n'est en aucun cas le modèle actuel des caves coopératives, où, que je sache, chacun est propriétaire de son outil de travail (et co-propriétaire de l'outil collectif) et responsable de la qualité de ses raisins. A refuser d'élire à leur tête des commerciaux, qui, certes, auraient sans doute gagné plus d'argent qu'eux mais leur en auraient fait gagner beaucoup et permis de rester libres et indépendants, ils ont (et préfèrent toujours) continuer à produire sans se soucier du marché. A eux alors d'assumer les conséquences de leurs actions (ou de leur non actions : combien de coopérateurs passeront-ils cette année un samedi dans le rayon vin d'un Hyper, fier de présenter la production de sa cave ?).
La solution, tu la connais comme moi : il suffisait d'élire à la tête de l'INAO un "grand dictateur" qui, enfin, dirait aux vignerons, en tapant sur la table : l'AOC, tu l'aimes, tu la respectes, ou tu la quittes ! Et à nouveau, on respecte les règles, qu'il était inutile de changer, parce qu'excellentes. On mettait les contrôleurs dans les vignes (en supprimant le label, on en aurait eu de reste), accompagné des douaniers en pré-retraite depuis Schengen, et tous ceux qui n'étaient pas conformes : vin de table. Et si pas content, c'est pareil. Et l'AOC, elle aurait retrouvé vite fait qualité, couleur, prix et crédibilité, le vin Français aussi. Mais non, on en remet une couche, le tout avec un Champenois à la tête de l'usine à gaz INAO, qui, une fois qu'il aura augmenté de manière scandaleuse l'aire d'AOC de la Champagne, ira couler une retraite heureuse. Et personne moufte. On est des moutons. J'ai honte pour mon ancien métier de journaliste. Vous avez dit AOC ? Vous avez dit Terroir ? On est ridicule aux yeux du monde entier... On est d'ailleurs ridicule aussi parce qu'on dépense de l'argent public EN MEME TEMPS pour dire aux français : "buvez moins, le vin, c'est un poison" et aux étrangers : "buvez plus, le vin français est un nectar" ! Et tu me parles de cohérence ? Tu me fais bien rigoler. La "base", il faudrait peut-être que les politiques commencent à lui dire qu'ils la respecte et que la viticulture, ils l'aiment d'amour et de plaisir. Le président, qui s'insurge parce qu'on ne lui dit pas boujour à la télé, en tête. C'est quand la dernière fois qu'on a invité un grand vigneron français dans un voyage présidentiel, au fait ?
Oui, il faut sans doute du vin industriel. Mais comme le dit un commentaire fort juste, dans quinze ans, avec l'arrivée de la Chine, ce modèle sera à nouveau obsolète. On a toujours un train de retard, je préfèrerai qu'on en ait un d'avance. Toi aussi, je crois.
P.S.: pour voir une cave dynamique, je n'ai pas besoin d'aller si loin, j'ai Embres et Castelmaure à côté, avec les résultats brillants que l'on connait, Mont-Tauch pas loin, qui investit, contrôle et se bouge, et le fruité Catalan, un vrai concept quoi qu'on en dise, en ville, chez les Vignerons Catalans. Et je n'ai pas été le dernier à faire l'éloge des Vignerons Ardéchois ou de Plaimont. Si la coopé n'avait pas oublié ses principes fondateurs, elle serait la reine du monde du vin...
Un avenir glorieux
Abonné à la emailing de Vitisphère, je tombe sur l'interview de Bruno Kessler, le directeur des achats de Grands Chais de France. Elle est édifiante. Je vous la conseille. C'est ICI.
A lire un passage, je n'en crois pas mes yeux ! Je cite :
Question : "Cette course au rendement ne va-t-elle pas conduire à une nouvelle baisse des cours ?"
Réponse : "Si bien sûr, mais c’est grâce à cela que nous redeviendrons compétitifs par rapport au Chili et à l’Afrique du Sud. Mais qu’importe la baisse des prix si grâce à l’augmentation des rendements, le producteur touche un meilleur revenu à l’hectare. Aujourd’hui, les vins de cépages rouges chiliens sont à 64€ l’hl franco. Si nous arrivons à ce prix là en France, nous reprendrons des parts de marché. Et pour le producteur, à 100 hl/ha, cela fait un revenu de 4000 € à l’hectare en tenant compte des frais de vinification et de transport. Pour peu qu’on travaille sur la réduction des coûts de production avec la taille minimale par exemple, cela devient une activité très rentable. C’est un marché qui peut générer des marges pour tout le monde. Il n’y a aucune raison de laisser ce marché à nos concurrents, surtout pour le marché européen qui devrait être notre chasse gardée."
Tout l'interview est du même acabit.
Voilà donc ce que Monsieur Kessler propose comme "solution" à la crise : des "vignerons" dignes des "temps modernes", fonctionnaires du négoce international, pour qui le vin n'est qu'une matière première comme une autre, dont le cours "fluctue" comme le pétrole – au point que si l'on a une marque forte et beaucoup de chimie, le vin peut venir de n'importe où – pratiquant une viticulture "minimale", à l'aide de machines, à 200 hl/ha, à l'aide d'intrants chimiques surpuissants, sur des surfaces inhumaines, afin de réussir à "survivre" s'ils arrivent à produire du vin au même prix que des pays où l'on produit moins cher, grâce à des SMIC divisés par 10, 70 heures de boulot par semaine et où se blesser signifie mourir.
Tocqueville, mon vieil ami Tocqueville, écrivit un jour : « Le spectacle de cette uniformité universelle m'attriste et me glace, et je suis tenté de regretter une société qui n'est plus. »
Voilà, aujourd'hui, qui me glace tout autant...
P.S. : Jacques Berthomeau semble attiré par cette "viticulture" et cette "vie" là. Ou plutôt cette "survie"... C'est sur son blog, ICI. Nous ne serons, encore une fois, pas d'accord. Cher Jacques, ce boulot de con, que tu proposes à certains, tu le ferais, toi, pour le SMIC ? Pour ma part, si c'est ça l'avenir du Languedoc, je me demande si ceux qui arrêtent pour faire autre chose ne sont pas les plus intelligents...
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