Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir…

« A Vingrau, il n’y a pas de mildiou…»

Voilà un peu le discours que, pendant des années, on m’a tenu sur la place du village.

Soleil, vent, peu de pluie, avouons que la modélisation climatique n’est pas très favorable au développement du mildiou

Et pourtant, étrangement, après chaque fleur, on me disait aussi que la coulure avait été importante, souvent dans les mêmes secteurs, les plus humides, les plus propices au parasite… L’observation, régulière, presque quotidienne est alors irremplaçable pour savoir quand, où et avec quoi traiter.

Sur les parcelles du secteur dit de « Génégals », presque toujours trempées avec la rosée matinale, les pluies fréquentes de cette année, suivies de périodes chaudes, ont été presque idéales pour le développement de la maladie. J’ai passé un petit cuivre, puis un produit de contact sur environ 30 % des parcelles, puis un pénétrant sur les 5 % les plus exposées. C’est la «lutte raisonnée extrême », comme je l’aime. Chaque traitement est précis, adapté à la parcelle, même la plus petite possible. Pour cela, l’atomiseur est l’allier le plus précieux et permet d’adapter son traitement sur des zones de quelques centaines de mètres carré, s’il le faut.

Il y a trois semaines, on se moquait de nous et Serge se faisait chambrer lorsqu’il disait que cette année, le mildiou était là et bien là.

Regardons un peu quelques feuilles et grappes prises sur une vigne limitrophe, d’un de mes voisins qui ne croit pas au Mildiiou à Vingrau et « maitrise » comme il me l’a affirmé la semaine dernière alors que je l’avertissais gentiment du danger…

1- Feuille côté recto. Quand c’est marron, c’est plus actif et déjà bien trop tard…

2 – Feuille côté verso, on voit bien le champignon qui progresse…

3 – Plus rare, on ne fait rien et le sarment est attaqué, devient marron, pourri et finit très cassant. L’attaque est donc ancienne et aurait du être détectée depuis longtemps. Mais on peut le confondre avec l’excoriose, alors…

4 – Sur grappes, en gros plan, particulièrement actif. Il est déjà bien trop tard. Un simple traitement préventif aurait évité tout cela

5 – Sur grappe encore, à la fin de l’offensive, tous les grains sont atteints, la récolte est perdue.

6  – On passe  une semaine après. Après un bon coup de tramontane qui a tout nettoyé. Comme « il n’y a pas de mildiou à Vingrau », on accuse la « mauvaise floraison » et on fait contre mauvaise fortune bon cœur. Quand on est (mauvais) ouvrier, c’est aussi ce qu’on dit à son patron qui, n’ayant pas vu les étapes intermédiaires, peut le croire… Entre 30 et 90 % de la récolte est de toute façon perdue. Impossible d’atteindre l’équilibre financier pour le vigneron ainsi touché.

Mais ce n’est pas fini : alors qu’il aurait suffit d’un ou deux cuivre ou d’un produit de synthèse assez doux et puis terminé, pour peu que le temps reste pluvieux, le champignon étant installé, il va falloir désormais traiter deux à cinq fois plus et avec des produits beaucoup plus nocifs si l’on veut conduire la récolte à son terme.

Pour nous, sauf catastrophe climatique, le mildiou ne sera plus un problème cette année. Maitrisé, il ne se réinstalera plus. Un petit cuivre au 15 août, pour renforcer les feuilles et prévenir les humidités automnales et ce devrait être bon.

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