Vendanges 2014 – Jour 12 et 13 – Regarder la pluie tomber


Et relire Kipling, encore et toujours.

«Ou perdre en seul coup le gain de cent parties, sans un geste et sans un soupir…»

Espérons que tout cela finira bien. En attendant, regarder la pluie tomber. 130 mn., dimanche, de 20 h à 3 heures du matin. Une journée de répit, lundi, où l’on rentre le dernier blanc, une plantation de Grenache qui n’aurait pas tenu, enfin je pense, chargée comme elle était. On passe entre les gouttes, on attend 9 heures que les vignes et les arbres sèchent un peu et on tente quelques olives. Et ça repart, le soir, pour sans doute pas loin de 100 mm. encore. Bon, rien à voir avec Montpellier, c’est clair. La pluie est douce, le sol absorbe. Les vignes en pente, c’est compliqué, c’est fatiguant. Mais quand il tombe VRAIMENT de l’eau, et bien faudrait être stupide pour ne pas voir la supériorité du convexe sur le concave, comme dit mon ami Gérard Gauby. Ah, et les vendanges manuelles, aussi, hein, là, c’est bien… Pas question de faire entrer une machine dans un terroir un peu lourd avant plusieurs jours. Et là, même, quand elle va rentrer, bonjour les dégats sur les sols…

Du coup je suis bloqué au bureau. Ca tombe bien, j’envoie les mails pour notre prochain we à Lille et en Belgique avec deux diner Clos des Fées, à la Motte au Bois et à Bruxelles. Je devrais mettre un peu plus d’info sur ce blog, ça serait plus commercial. Mais bon, c’est pas le sujet.

Sur Spotify, un peu d’Herbie Hancock, son album avec plein de feat. comme on dit. Superbe. Possibilities. Je vous mets le lien sur Itunes, tiens, c’est parfait pour la pluie, triste juste ce qu’il faut, et après, ça groove. Des possibilités, il y en a de nouvelles, c’est clair, y compris de ne pas faire de Clos des Fées ni de petite Sibérie cette année. Et je ne pourrai m’en prendre qu’à moi même. C’est ça qui est fort, ici, on ne peut pas rejeter la faute sur le climat, la météo, le matériel, les terroirs, la conjoncture, les journalistes : on est seul, face à ses choix, à ses erreurs, à ses succès aussi. On assume.

Sur Facebook, j’apprends que Michel Rolland va conseiller Lafitte. Je lis vite, de bon matin. Je suis content pour lui. Un premier cru, ça a toujours été son rêve. Pour un consultant, c’est la consécration, un peu comme «meilleurs ouvrier de France» pour un chef. Ou trois macarons chez Michelin. Depuis le temps qu’il l’espérait… Je lui souhaite de réussir, de faire encore mieux (faudra se mettre d’accord sur le terme…). Ah, ce n’est pas le même Lafitte… C’est une propriété de l’entre deux mers, vers Yvrac. Houps… Ca m’aurait amusé de le voir piloter Lafitte (qui s’en sort très bien sans lui, ceci dit…). Je tape vite, mon correcteur auto me propose «picoler» Lafitte. Ca pourrait être bien aussi, une grosse quille, au déjeuner, sous la pluie, tiens, c’est ce qu’il me faudrait pour raffermir un peu mon courage très moyen (ça tombe, ça tombe…). Dégainer du Grand Cru, un truc avec une majuscule, détruire un peu de valeur, péter dans la soie, quoi, comme disait ma grand mère. J’ai deux perdreaux qui m’attendent, on va aller se faire péter un grand cru, avec mon Chinois, tiens, ça c’est une bonne idée, ça fera un peu diminuer la pression.

La pression, j’en ai, croyez moi, ce jour là. J’assumerai mes choix, c’est clair, mais à choisir, j’aimerais bien avoir fait les bons, sinon, va falloir se serrer un peu la ceinture dans la vigne dans deux ans. De toute façon, vendanger avant, ça aurait été bon mais pas grand. Et donc, déclassé parce que je ne mange pas de ce pain là. Pas de regrets ? Non, pas de regrets. Et une profonde excitation pour les jours qui viennent. Et une grande fierté aussi. Météo France me prend 2 euros pour me dire que nous allons vers une «amélioration notable». Sévèrement burné, pour vendanger, il faut être. Merci Yoda, on le savait.

Bon, Serge se joint à nous, deux perdreaux dans la poche et on tombe sur un Clos de Tart 2002, sublime, forcément sublime, qui va accompagner les bestioles juste à la cocotte, avec un romarin dans le cul et trois gousses d’ail. On monte le feu, ça va dorer…

Bon, un grand vin, ça vous détend un vigneron, ça vous calme un homme, ça vous réjouit un Chinois, qui doit halluciner de voir ces vendanges qui n’avancent pas, un peu abandonné au milieu de la cave.

Demain, Tramontane, soleil, on va voir si on a eu raison ou tort…

2 commentaires

  • Serres
    01/10/2014 at 7:45

    Je vous souhaite une semaine de grand soleil!!!
    Philippe

  • Vincent Pousson
    02/10/2014 at 1:30

    Ne me dis pas que tu t’es fait avoir par ma blague sur Lafitte (avec deux T)?…

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