Attachages multi-culturels


Je me demande toujours en cette saison pourquoi j’ai eu l’idée un jour de planter autant de vignes en gobelets, sur échalas individuel….

Sur le plan qualitatif, je reste convaincu de l’intérêt des tailles courtes. Au niveau de la qualité, de la résistance aux maladies du bois, de la longévité potentielle de la vigne, de la meilleure gestion de la ressource en eau, de la régulation naturelle des rendements, de l’homogénéité des raisins. Peu de doutes, donc.

Sur le plan économique ou pratique, en revanche, je suis effaré, chaque année, des conséquences de ces choix sur les coûts de production du Domaine, et, à chaque fois, je dois me rendre à l’évidence : quoiqu’on en dise, on trouve beaucoup de qualité à la Guyot associée au palissage métallique, qui, peu à peu, a tout balayé sur son passage,  ses qualités étant surtout économiques…

Clairement, les petits rendements naturels ne sont la solution que pour très peu de domaines viticoles. Bon, le gobelet, ici, de toute façon, c’est dans les gênes du Clos des Fées. Alors, on continue.

Esthétiquement, honnêtement, je suis fier de nous, c’est franchement beau… De plus, pour un esprit, comment dire, un peu « rebelle » comme le mien, quel plaisir de pouvoir tracer son propre chemin dans les parcelles, de zigzaguer sans contraintes au gré de son humeur…

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Mais bon, voilà j’ai au bas mot cinquante mille pieds à attacher et il me faut bien trouver des mains pour le faire; et vite… Souvent, à Pentecôte, la tramontane dévaste les vignes qui ne sont ni attachées, ni dans les fils. La difficulté du geste, pour la Syrah sur échalas, c’est que trop tôt, c’est impossible à faire car les sarments sont trop courts et l’on fait alors plus de mal que de bien. Mais trop tard, cela risque d’être cassé par le vent, les sarments n’ayant rien où s’accrocher. Donc, il faut passer au bon moment et vite. La clé, c’est avoir du monde, beaucoup, pendant de courtes périodes. Des mains habiles pour glisser le rafia entre les sarments et l’échalas, embrasser délicatement les jeunes rameaux, les ramener vers le piquet, nouer, vite, en serrant bien, mais pas trop pour ne pas interrompre les flux de sève ou casser carrément le sarment, ce qui souvent ne se voit pas sur le moment mais quelques jours plus tard. En fait, en le faisant, avec l’habitude, on le « sent » physiquement casser, mais bon, c’est trop tard.

Comme ca aurait pu être un eu simple, on a un complexifié le truc dans cette syrah, qui est au cœur de la cuvée « Clos des Fées » : c’est une plantation « multi-clonale » donc cinq clones plantés au hasard, bien mélangés. Du coup, rien ne pousse en même temps et il faut donc repasser plusieurs fois, tous les quatre ou cinq jours, en fonction du soleil, de la chaleur, de l’humidité des sols.

2017 avance et, comme chaque année, la météo, n’en fait qu’à sa tête : après un débourrement ultra-précoce, le temps est glacial et contrarie la pousse. Comment mobiliser du monde sans savoir quand il va devoir travailler ? Bon, j’arrête de vous embêter avec mes problèmes d’horrible patron. Je n’avais qu’à mettre du palissage métal, après tout. J’aurai pu mécaniser. Je sais. Mais on aurait pas eu ça, cette beauté. Et puis j’aime travailler avec des hommes et des femmes, même si souvent, avouons le c’est compliqué. Aucun regrets, l’humain reste et restera la clé de voûte de notre projet.
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Au fait, pourquoi ce titre bizarre ? Et bien parce que comme chaque année, ce sont Polonais et Roumains qui vont nous sauver la mise, n’en déplaise à Marine Le Pen… Comme la plupart de mes confrères vignerons, sans main d’œuvre étrangère, nous serions condamnés à une mécanisation à outrance, à l’abandon des coteaux. Car, et je vais bien sûr me faire insulter en disant ça, rares sont encore les personnes ici qui veulent travailler de leurs mains en plein air. C’est la vie, c’est le sens de l’histoire, c’est comme ça et l’on ne reviendra pas en arrière. Il faut juste, peut-être, se réjouir, si notre nouveau président tient ses promesses, que l’exonération de certaines charges, un peu comme dans le défunt « contrat vendanges », récompense ceux qui ont encore le courage de se casser le dos pour que le grand vin de pentes naisse…

En attendant, attristé de voir les villages limitrophes au mien ayant voté à forte majorité Front National, je me permets ce clin d’œil, cette piqûre de rappel qui n’a pas vieilli… C’est ICI.

P.S. : je précise qu’il n’y a pas chez nous de «travailleurs détachés» et que tout le monde est payé au tarif des travailleurs français…

2 commentaires

  • Willioam
    10/05/2017 at 2:07

    Trop trop bonne ta piqure de rappel :-)))))
    et tellement d’actualité …..

  • Michel Chardon
    18/05/2017 at 11:26

    Bonjour Claudine …merci Hervé … ton message – toujours fidèle à toi même / j’aime !
    Simplement ce soir  » la petite Sibérie 2003  » la dernière de ma lignée m’a quitté pour quelques
    fraises ainsi sublimées -.un jeu pervers .-l’enharmonie des couleurs n’était que prétexte !
    Il est vrai que je ne pouvais mieux partager .C’était un bonheur de voir mon cousin et sa femme
    suivre pas à pas cette 2003 parfaite puis simplement sublime sans retenue. Amitié Michel

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