Arroser alors qu’il pleut


Bon, parfois, aussi, on est mauvais. Faut pas croire. Mais bon, en général, hein, l’homme ne s’en vante pas. Le vigneron, taiseux par nature, encore moins. On fait moins l’intéressant quand on n’a pas de raison de le faire, comme dirait l’autre… Mais bon, faire l’autruche n’avance à rien. La semaine dernière, en rentrant sous un orage court mais violent, je me marrais à l’avance d’écrire ce post… Car  le matin même, on avait arrosé…

C’était balo, j’en conviens, car la météo nous avait pourtant bien annoncé l’éventualité d’un «petit orage localisé». On s’est dit, le nez au vent : on le sent pas, cet orage, la météo se trompe souvent, arrosons donc. Le soir, c’est nous qui nous nous sommes fait bien arrosés, un beau 20 mn, ce qui ici, en cette saison, vaut de l’or.

Je vous avais fait une petite vidéo mais bon, je sais pas vraiment les mettre dans ce blog d’un clic. Un jour, j’aurai un geek à côté de moi, et il y aura des vidéos dans ce blog. Juste avant une chaîne You Tube. Mais bon, on est pas rendu… Vive le «fait-maison», pour l’internet aussi.

On va se contenter de jolies photos de nos «remplaces», les jeunes plants de vignes qui sont complantés au milieu des vieilles. Ces vignes là, plus de 60 % de la superficie du domaine, elles ont entre 50 et 100 ans et je ne veux pas les voir mourir de mon vivant, si vous voyez ce que je veux dire. Alors, on «complante», on «remplace» celles qui sont mortes, au fil des ans, par de jeunes plants. On les appelé les vignes «patrimoine». J’aurai pu choisir «Carignan Sentiment» ou «Grenache je m’attache», parce qu’on est plus, à ce niveau, sur des critères économiques, rationnels ou cartésien. On est dans le sentimental pur, l’émotion, la croyance, l’attachement, le temps long…

Pratiquement, ça commence par un beau trou à la tarière ou à la mini-pelle pour enlever les vieilles racines. Puis un peu de repos, un bon seau de fumier de cheval, un jeune plant à la barre à mine, un filet de protection pour les lapins. Mais pas question, chez nous, ensuite, de les laisser à leur sort. Terre très pauvre, concurrence des voisines, il faut les bichonner, les protéger de l’herbe et surtout, surtout, pendant trois ans les arroser (j’ai bien dit trois ans, on est au sud, je vous le rappelle) parce que déjà il n’y a rien à manger. Alors, si il y a rien à boire… Comptez entre deux et trois fois pendant le printemps puis l’été, une à l’automne, si il est sec. Certains ont essayé de s’affranchir de l’arrosage. Ils le regrettent. Sauf miracle, c’est à dire année où il pleuvrait toutes les mois et abonndement, tout meurt ou végète, la concurrence des vignes alentours étant rude et les terrains ultra caillouteux et souvent superficiels, à cause des cailloux, genre nougatine.

arrosage2

Un gros boulot ? Non, un ÉNORME boulot, parce qu’il faut les travailler régulièrement à la pioche, pour maintenir une jolie cuvette apte à accueillir 10 litres d’eau à chaque arrosage, puis les rebuter, à la pioche encore, pour garder un bulbe humide. Ah, pour l’arrosage, on est pas dans Pagnol, donc il faut un tracteur, la cuve du pulvé (la plus grosse possible, l’eau est village, à 7 km de routes sinueuses), une lance et un long tuyau, parce que ces veilles vignes sont plantées «au carré», soit 175 x 175 et le tracteur ne passe pas dans les rangs. Trop facile sinon…

En résumé, comment vous dire : c’est que de l’amour… Il faut être VRAIMENT persuadé du patrimoine et de l’impact des vieilles vignes sur la qualité du vin. Et avoir un peu de moyens. Sinon, ne démarre pas…

masfarine-arrose

Super résultat. Sauf que le soir, on a pris 20 mm. Hum. En même temps, ils valent vraiment de l’or en ce moment. Tant pis si on a la sensation d’avoir un peu perdu la journée… Dans mon lit, savourant la fraîcheur apportée par l’orage, je pensais à la grande semaine de boulot économisée d’un autre côté, car entre les plantations de l’année et les autres parcelles complantées, c’est le temps qu’il nous aurait fallu pour tout arroser. Et puis, avec la tramontane qui va tout sécher dès le lendemain, les cinq litres par pied ont quand même du bien. Donc po-si-ti-vons. Si tu ne sais positiver, de toute façon, tu fais pas ce métier, «un métier sacré qui est aussi un sacré métier», l’une des plus charmantes énantiosémie que je connaisse, de Pierre Lazaref. Il parlait du journalisme. Certain qu’il ne m’en aurait pas voulu, je fais de son bon mot mon mot de la fin. Vu l’époque, on en est pas à un antonyme près 😉

Faut que je vous parle de cet étrange millésime 2017, au fait…

Laisser un commentaire

Archives