Floraison


Dans les oliviers. Je vous ai dit que je m’occupais de quelques oliviers ? On les a pris en fermage, il y a huit ans, pour les sauver de l’arrachage. Drôle d’idée. Bon, c’est comme ça.

Une fois par an, je suis récompensé de mes efforts, au moment de la floraison, magnifique dans les lucquiers. On fait essentiellement des olives de bouche, des Lucques, apportées à l’Oulibo, une excellente coopérative de Bize-Minervois. La Lucques, c’est l’enfer, pour se lancer dans le truc, faut être cinglé. C’est l’olive préférée de la mouche, la moindre piqûre la rend bonne à jeter. En plus, ça fait pas ou peu d’huile donc c’est la bouche ou rien. A la moindre rayure, on les met au panier. Bien sûr, ça se ramasse à la main, comme les cerises. je vous dis pas le boulot…

L’olivier, c’est passionnant. Au moment de la fleur, on voit si on a bien bossé ou pas, si on a «du potentiel». Si on a bien cultivé, l’arbre est magnifique, pleureur, les rameaux de l’année sont tous en fleurs et on oublie tous les tracas…
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Bon, mais tout, ça, c’est «potentiel»… Un peu comme Perrette et le pot au lait… Seule une fleur sur des centaines, sur des milliers cette année, donnera UNE olive. En cas de coulure, il n’y aura rien. Et tant que la petite olive n’a pas atteint une taille suffisante (un demi grain de riz), une grosse pluie accompagnée d’une tramontane enragée peut tout faire tomber, ce qui nous est arrivé soit-dit en passant cette année sur les Picholines…

Voir des Lucquiers comme ça, je vous assure, c’est rare… Les rameaux dépassent parfois les vingt centimètres, résultat d’un gros boulot de taille, d’irrigation, d’amendement, les fleurs abondent, l’odeur est merveilleuse, assez proche de celle de la fleur de vigne, sauf que dans la vigne, il y en a beaucoup moins et que c’est donc à la fois plus fugace et plus difficile à sentir.

Là, pendant une semaine merveilleuse, je tente, aussi souvent que possible, de marcher un peu dans les arbres en fleurs, pas aussi beau que les cerisiers au Japon mais tout aussi chargés de promesses, comme eux, le premier jour, de réussite, le second d’accomplissement, le troisième, de fin, illustrant ainsi parfaitement ainsi les âges de la vie.  La floraison, si fugace, si fragile,  nous permet, parfois, de prendre conscience ou de méditer sur cette impermanence, mère de toutes nos souffrances dans le boudhisme tibétain, cet état dont nous avons tant de mal à accepter les effets sur les choses, les êtres et donc nous même.

Au milieu des fleurs, j’hésite entre deux états si opposés qu’ils me sidèrent… Une partie de moi, élevé dans cette idée depuis mon plus jeune âge, se désole de mon peu d’avancement spirituel dans le renoncement et l’altruisme… L’autre, le paysan, attaché à sa terre, conscient du pouvoir du marché, se demande si, cette année, il aura des olives, s’interroge sur leur grosseur, se demande s’il pourra les vendre, équilibrer ses comptes, voire gagner un peu d’argent…

Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous ?

Ni veau, ni vache, ni couvée, pas de rêves de ménagerie, mais un tracteur, peut-être, une charrue, sans doute, une épareuse, qui sait et, dans un rêve fou, la nouvelle Honda Africa Twin DCT, pour se balader le nez au vent à moto l’été prochain  😉 ?

 

fleurgrosplan

 

L’équilibre n’est décidément pas un état statique, mais un état de repos entre deux forces opposées, comme me disait mon père, si justement… Tiraillé entre ma philosophie de comptoir et mon envie de môme d’un long road trip en moto, pur fantasme, au milieu ne coule pas une rivière, mais une passion où je m’immerge encore et toujours avec délice : cultiver la terre.

2 commentaires

  • monik des Berges
    08/06/2017 at 8:05

    Sans hésiter, allez-y pour le « rêve fou »

  • Marie-José
    11/06/2017 at 4:44

    Moi je dis « Banco » pour la moto…. !

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