Vendanges 2017 – Jour 10 – Jour feuille


Je ne trouve plus rien de mûr. Alors, je déclare un jour de pause. C’est la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est qu’on va la passer quand même dans les vignes à faire des tries et de l’effeuillage. On sacrifie un bien être actuel (en profiter pour ne rien faire et se reposer) en vue d’un bien être futur supérieur. C’est la définition de l’investissement. Enfin on espère toujours au début du jour. Le soir, parfois, la vision a changé. Personne n’aime trier, ni sur la vigne, ni, à fortiori, avant.

Serge est parti faire un tri sur un Mourvèdre un peu chargé, dont on avait fait les manquants il y a deux ans. Entre jeunes et vieilles vignes, la cohabitation se passe plutôt bien. Mais l’été a été chaud, très sec, et, sur ce terroir composé essentiellement d’un mètre de cailloux avec une misère de terre au fond, libérer les ceps de leurs grappes pour ne laisser que le top à se prélasser au soleil nous semble indispensable. Rosé ? Peut-être.

De mon côté, je vais effeuiller les carignans les plus tardifs, ceux de la vallée nord où, là où la vallée s’arrête, je suis désormais le dernier à m’accrocher devant la nature sauvage qui, comme on dit si bien, reprend ses droits. La situation a Vingrau ne s’est pas arrangée, elle ne va pas le faire et si la moitié du vignoble a été perdu en trente ans, il se pourrait bien qu’une nouvelle moitié soit en train de disparaitre, la pyramide des âges étant sans pitié. On est sur un des plus grands terroirs du sud, un des plus majestueux, j’ai ouvert une voie mais, étrangement, cela ne semble intéresser personne. J’ai un côté défaitiste, une part de moi qui ne demande qu’à se résigner. Le nez planté dans les gobelets de vieux Carignan, somptueux, mes mains effeuillent sans réfléchir et la nostalgie m’envahit peu à peu. Le temps n’arrange rien. Il fait 9° ce matin, on est à 500 m, plein nord, le soleil ne franchira la barre de la serre de Vingrau que vers 11h, la tramontane souffle gentiment à 60 kilomètres heure, on se gèle. Mais que c’est beau… Dans le calcaire, le vent chante, donnant l’impression terriblement bien imitée de vagues se jetant sur des rochers. Immense banc d’huîtres fossilisées, le calcaire urgonien nostalgique se souvient qu’un jour il a été mer avant d’être montagne. Quelle beauté.

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On redresse toujours ce Carignan, opération folle et surtout un peu bête sur le plan comptable. J’aime cet endroit, il est classé dans les vignes du Domaine en catégorie «Patrimoine», c’est à dire que je mourrai avant lui. On a planté des racinés, des portes greffe non greffés qu’on sur-greffera pour compenser les vignes disparues. On l’a aussi clôturé, on le retaille dans les règles de l’art, lentement mais sûrement, espérant le faire renaître. Ici, on est à plus de quinze jours des vendanges, on l’effeuille un peu, on enlève les grappillons, on lui fait du bien. Mais pas question de laisser ce qu’on enlève au pied, sinon, c’est les brett assurés sur les raisins qui restent. C’est la double peine, on vendange, on porte, on va jeter au loin. Ca pourrait faire des verjus, servir dans la cuisine ? Sans doute, mais bon, pas le temps…

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Bon, on se dit tout, alors, je suis aussi là pour corriger quelques fautes…

Seule vigne touchée par l’oïdium cette année, on a dû sauter un poudrage, les cycles étant décalés. Un seule erreur et c’est trente pour cent des raisins qu’il faut faire tomber. C’est moins grave que je ne pensais, il en restera, un peu, mais il en restera, véritable réserve de fraîcheur et de fruit dans les assemblages de Vieilles Vignes. Regardez le bien, il n’y en aura pas d’autre… En les coupant, je me dis que j’ai de la chance de vendanger quand je veux et non quand les maladies m’y obligent. Vive le Sud.
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La vigne sent bon, une cinquantaine de souches sont envahies par des la Clématite rampante, à l’odeur caractéristique.

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Comment je connais tout ça ? Je connais pas tout, mais quand je ne connais pas, grâce à PlantNet, j’apprends, tout simplement. Cette application géniale de l’INRA pour IPHONE, permet, en prenant une photo d’une feuille ou d’une fleur, de trouver l’espèce. Une sorte de SHAZAM de la plante, en quelque sorte. Ce n’est pas à 100 % fiable, mais ça apprend quand on lui donne des infos. Essayez, c’est magique.

Journée fatigante, j’ai trop forcé, je vais le payer demain. Cher.

Mais «le bonheur c’est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles» parait-il.

Et là, c’est le cas. Merci qui ? Merci Gandhi 😉

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