Vendanges 2017 – Jour 14 – Monochrome, blanc


Une semaine que Visa pour l’image a commencé et, qui sait, cette année, après vingt ans de frustration, je vais peut-être pouvoir voir une expo ou deux… C’est un peu comme l’été Indien au Québec, pour les vignerons actifs, c’est un vieux fantasme qui se réalise rarement…

Bon, pour les blancs, j’ai attendu et j’ai eu raison… 13,8° et 3,29 de pH à la sortie du pressoir et pour les gris, je crois que l’on a jamais eu des équilibres comme ça… Le Grenache blanc va être un peu plus mûr, mais cela me va bien aussi car le cépage supporte bien la sur-maturité, en fait presque indispensable pour qu’il exprime sa complexité, tant au niveau texture que sur le plan de la complexité aromatique.

Les Grenaches sont généreux en 2017 (il n’y avait rien l’année dernière, coulure) – voire même plus – et je suis bien content d’avoir gardé mon vieux pressoir Sutter «cage ouverte». Du haut de ces trois pressoirs, en 20 ans, que de chemin parcouru depuis 1998 où nous pressions les marcs de rouge, seau après seau, dans des toiles à beurre, en tournant de chaque côté comme on essore sa serviette à la piscine municipale, gamin, et quand à force de déconner elle tombe à l’eau… Un jour, je le raconterai. Ou pas. Mais une chose est sûre, merci à vous, chers clients, de nous avoir permis de réaliser nos rêves. Parce qu’au début, faute de pressoir et de moyens pour en acheter un, nous ne faisions pas de blancs…

pressoir

Bon, le pressoir de «rêve» du milieu appartient toujours à la banque, celui de gauche a 15 ans  et n’a parait-il plus qu’une «valeur d’usage», qui prend tout son sens cette année. Celui de droite a 10 ans, mais, quand on entretient et qu’on nettoie, vu que ça sert 15 jours par an et qu’il y a peu de VRAIES avancées technologiques, on arrive à faire des trucs, avec le temps et enfin, au bout de loooongues années, à avoir un peu de matos…

Avec un grand angle et un peu d’eau sur le carrelage, ça fait tout de suite le mec «qui en a» (des pressoirs…). En réalité, on en est loin et, comme tous les vignerons dans le Roussillon, on n’a pas de cave de vinification vraiment étudiée pour faire des blancs, alors, on bricole. Dommage, parce que du Grenache blanc et gris au Vermentino en passant par le Tourbat ou le Malvoisie du Roussillon, on aurait des choses à dire en blanc. Vieux rêve.

Ces raisins blancs là m’émerveillent. J’ai envie de vous montrer toutes les photos : De leurs pieds, tortueux, noueux; de leurs grappes, pleines et gonflées; de leurs baies, parfaites, même au grossissement incroyable que permet le 20 millions de pixels…

On le fait ? On le fait…

ggcep

gggrappes

grain

Ah, voilà, tiens, si j’avais vraiment une cave adaptée, j’aurai tenté cette année un Grenache blanc vraiment mûr, histoire de réaliser mon vieux fantasme de goûter à nouveau un jour, un vin qui ressemble à ces vieux Rayas blancs où il restait 10 ou 20 grammes de sucres résiduels et dont le souvenir hante encore ma mémoire, comme en 1955 en particulier, quand j’ai bu un jour à la Beaugravière, à une époque où Guy Julien faisait ses sauces au Fonsalette… Un autre monde…

Les raisins sont dorés, parfaitement mûrs, on ne peut pas s’empêcher ni s’arrêter d’en manger, c’est le signe ultime qu’on est bon au niveau maturité. La tendance du début des années 2000 de vouloir faire dans le Sud des vins du Nord – genre IGP Meuse dans un millésime difficile…– en récoltant des raisins verts comme des coups de trique, ça n’a jamais été vraiment mon truc, même si la presse Française a porté ce genre de «jus tranchant et minéral» au pinacle pendant des années, cherchant à déformer les « usages locaux, loyaux et constants » sans respect ni vergogne.

Faire des blancs mûrs a souvent été reproché au Sud, alors que le plus mûr des plus mûrs des Chardonnay, le Montrachet de la DRC, est considéré comme le plus grand blanc du monde… Encore faut-il l’avoir gouté, ce qui n’est pas donné à tous les journalistes. Faire des blancs boisés nous est moqué, critiqué, interdit, alors que dans les Graves, on criera au miracle devant des vins parfois pas du tout adaptés au passage en bois. De même, nos blancs DOIVENT, selon certains arbitres des élégances, être bus dans l’année, sinon ils s’effondreront, je vous le dis, Madame Michu, sauf qu’un Vieilles Vignes du Domaine, après cinq ans à dix ans, c’est merveilleux…

Les préjugés sur les «vins du Sud» sont tenaces chez certains critiques à qui on ne demande aucune explication, justification ou référence et jamais on ne verra une vraie dégustation aveugle, éclectique pour remettre l’église au milieu du village, c’est à dire les vins blancs méditerranéens à la place qu’ils méritent, proches du sommet lorsqu’ils sont réussis.

Mais voilà, pour faire des grands blancs faut un matériel de fou et personne ou presque n’est prêt à se lancer dans l’aventure d’un domaine spécialisé dans les blancs, adossé à un grand vigneron, Alsacien,  Nivernais ou Chablisien par exemple. Tiens, voilà une idée qu’elle est bonne 😉

Bon, je dis ça mais l’avis des critiques ne m’a jamais influencé et il ne me fait ni chaud ni froid, étant donné que j’ai toujours fait les vins que j’aime et la bonne nouvelle de la journée c’est que je vais continuer…

Ah, une dernière photo : Dans les vieux Grenaches dits de «Dédé», une plaque de roche mère me rappelle une époque où les charrues bien modestes tirées par des chevaux contournaient l’obstacle, les vignes autour étant plantées à la barre à mine et au burin. La minéralité, les cocos, elle est là…

ggpierre

 

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