Jourdain San


Ah, le Bourgeois Gentilhomme… Une bien jolie farce. J’y repensais, l’autre jour, en lisant un très bon article sur l’achat par « certains », de domaines viticoles pour s’assurer une « position sociale ».

Ah, la position sociale. Un de mes amis, propriétaire d’un château prestigieux et pas depuis hier, m’a dit un jour en rigolant que c’était, définitivement, « la meilleure position pour faire l’amour ». Ma petite expérience de la vie m’encourage à le croire…

Rien ne change depuis Louis XIV, les Monsieur Jourdain sont toujours parmi nous. Les vins « marqueurs sociaux » viennent de châteaux ou de crus qui deviennent eux-même des « marqueurs sociaux ». Pensez, certains existent depuis si longtemps… Ils sont parfois « classés », depuis 1855, existent parfois depuis bien plus longtemps (le formidable livre sur Château Latour est un de mes livres de chevets…) La «lignée», c’est important pour certains. Ça ne peut pas s’acheter. Ca ne devrait pouvoir s’acheter. Mais certains pensent que c’est possible et achètent des châteaux prestigieux pour redorer leur blason, comme on achetait parfois certains titres de noblesses ou charges prestigieuses. Le monde change. La vanité humaine reste.

Quoi qu’il en soit, Monsieur Jourdain, qui, comme beaucoup d’entre vous le savent, « fait de la prose sans le savoir », est devenu, par extension, quelqu’un pratiquant une activité sans même avoir connaissance de son existence.

Merci, Mademoiselle T., de m’avoir fait prendre conscience que, moi aussi, je pratiquais, sans le savoir, un «art». J’ai nommé le wasi-sabi. Je ne connaissais pas le mot. Mais j’adore désormais le concept, présent dans ma vie depuis toujours sans je sache le nommer, et sans doute l’une des raisons pour lesquelles je me sens si bien au pays du soleil levant.

Comme nous l’apprend Wikipédia, oh merveille de site, Le wabi-sabi relie deux principes : wabi (solitude, simplicité, mélancolie, nature, tristesse, dissymétrie…) et sabi (l’altération par le temps, la décrépitude des choses vieillissantes, la patine des objets, le goût pour les choses vieillies, pour la salissure, etc.). Le wabi fait référence à la plénitude et la modestie que l’on peut éprouver face aux phénomènes naturels, et le sabi, la sensation face aux choses dans lesquelles on peut déceler le travail du temps ou des hommes. A part la salissure, qui m’attire peu, le reste, c’est moi.

J’aime Vingrau pour ça. Pour ça aussi, on va dire. Un aspect largué, un autre espace-temps déglingué, des gens et des valeurs d’une autre époque, des lieux qui me rappellent, au moindre coin de vigne, que ma vie va bientôt se terminer ce qui me met un grand sourire aux lèvres et m’encourage à profiter du temps qu’il me reste. Mon imagination s’enflamme, évoque une époque disparue, des personnes improbables, des coutumes oubliées, des mains, des corps, des espoirs qui se sont succédés ici, au fil des siècles, montant des murs, arrachant leur pitance à la terre, creusant des fossés ou construisant des abris.

J’y admire aussi la nature qui crée, souvent, du beau, enfin ce que j’estime être du beau, crée des couleurs, des formes, des bouquets, des signes sur la terre, fait naître et mourir des arbres et donc des troncs, mélange des couleurs, sculpte des perspectives.

J’ai pensé un instant légender mes photos de la semaine, vous disant ce que j’y vois. Mais au final, je vous les livre comme ça, enfin, avec un titre, quand même. A vous de faire Wasi-Sabi avec moi. Ou pas.

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Romarin, Rocher, Cyste de Montpellier, Hasard

 

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Chiendent, méchant. Est d’un avis contraire

 

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Couleurs froide et jaune d’or, sur le chemin de la mer

 

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Casot appelant au secours

 

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Lichen sur un mur. Évolution lente.

 

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Tuiles sur remorque. Ready Made.

 

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Tabouret minéral. Dans l’attente…

 

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Porte perdue. A vécu.

 

 

 

 

Un commentaire

  • Monik des Berges
    26/06/2018 at 8:27

    Toujours fan de vos photos. Merci et continuez.

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