Vendanges 2018 – Jour 16 – Brèdes morelle et Carignan


Bon, désolé pour mon amie B., mais je crains qu’il n’y ait pas de recette de vendange cette année. Pas vraiment le temps de cuisiner. Le temps passe, le travail ne faiblit pas. Mon Dieu combien cette vendange me semble longue… Et on est loin du bout…

La récolte des olives bat son plein, entre problèmes de cueilleurs habituels et chute/blessure/urgence, j’arpente les allées pour déterminer les secteurs les plus urgents à récolter car les olives commencent à tourner. La récolte, ailleurs, n’est pas bonne et l’on attend non sans nervosité que je tienne les promesses que j’ai faites à L’Oulibo.

Au pied du goutte à goutte, sans doute un peu boosté par l’engrais déposé pour espérer faire grossir les olives, je trouve des bouquets de morelle noire que l’on dirait plantée sur un haut plateau d’un cirque réunionnais. Elle est là bas un met apprécié, accompagne un riz parfait, un bon cari poulet et des grains.

Mauvaise herbe ici, herbe magique au moyen âge, on lui prêtait de bien mauvais effets, comme la plupart des solanacées. Son histoire me charme, pensez vous, puisqu’on l’appelle «herbe des magiciens». Et pas que… Transformée en onguent, c’est, parait-il, d’elle que les sorcières s’enduisaient le corps avant d’aller au sabbat rencontrer le diable… Et ce n’est pas fini : se mettre nu, se mettre autour des reins un pagne en peau de loup et s’enduire le corps de morelle, de pavot, d’alcool et autre bourgeons de peupliers était le secret de la transformation en loup-garou. Pauvre morelle. Inutile de fantasmer, j’en raconte volontiers l’histoire, mais je ne pratique pas…

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J’en récolte songeur une brassée (les baies ne sont pas encore mûres), dans l’espoir de les cuisiner le soir même comme ma belle mère me l’a appris. Bien les laver, ne garder que les feuilles, ail avec thym frais et gingembre au pilon, marmite traditionnelle réunionnaise en fonte d’aluminium typique avec bouchon sur le couvercle pour ne pas se brûler les doigts, oignons frais émincés dans un peu d’huile d’olive, mélange ci-dessus un peu rôti sans le brûler, ajouter les brèdes avec une petite tasse d’eau, très peu suffit. Un peu comme des épinards frais. C’est top. Le piment et les tomates n’ont à mon sens rien à faire dans ce plat, mais bon, je ne suis pas non plus le gardien des traditions réunionnaises. Enfin, le piment (vert…), c’est à côté.

Ce qui m’a toujours étonné c’est que la pauvre morelle, on la dit toxique, voire mortelle ailleurs. A moins qu’il ne s’agisse de deux plantes différentes, ce que je ne pense pas, j’aimerais bien savoir qui a raison… La meilleure explication que j’en ai trouvé, c’est ICI. Disons qu’il faut éviter, sans doute, de manger les baies vertes et les tiges. Le reste est délicieux. Et ça n’a aucun effet secondaire, même pas un petit planage des familles. Ça se saurait…

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Mais, vous le savez, «il y a parfois loin de la coupe aux lèvres» et bien là, il y eu loin de la brassée à la l’assiette. Quinze minutes après, bloqué par l’équipe qui vendange, je prends un chemin de traverse un peu osé et, sur une pierre pointue qu’un homme préhistorique aurait ramassée avec gourmandise,  j’éventre sur 4 cm un pneu (neuf…) du land cruiser (vieux). Me voilà à changer, en pente, la roue, super lourde. Les brèdes finissent sur le bord de la route, abandonnées, tel les coquillages à la madrague à la fin de l’été par l’amie Brigitte.

Bref, les brèdes, en fait, je vous l’avoue, j’y repense juste aujourd’hui, quand B. me parle de recettes. Du coup, à défaut de les manger, ça m’a fait un blog.

On termine les Carignan de la Chique, un peu trop mûrs, sans doute, vu que les vendangeurs ont les mains rouges… Mais on est qu’à 14.2 potentiel, finalement, et ça devrait être parfait dans l’assemblage qui prend forme dans un coin de ma tête…

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Un commentaire

  • Pascal
    02/10/2018 at 5:15

    Comment ça, vous ne vous enduisez jamais le corps de morelle ? Même pour vinifier les Sorcières ?

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