Vendanges 2018 – Jour 18 – Cabernets et Cie


Le jour se lève. De plus en plus tard. Mais vous l’avez remarqué. Encore qu’en ville, c’est moins flagrant.

Dans le ciel, un ruban. Tiens, un coup de Deezer et de «Ribbon in the Sky». Ou tiens, plutôt, cette version hallucinante en duo avec Des’ree. ICI. La vidéo n’est pas top, mais au niveau émotion, on frémit…
p1010886

 

On est là, prêts à démarrer, au pied de la montagne-qui-a-failli-s’appeller-Sainte-Victoire.

Les cabernets francs ont bien profité de leur effeuillage d’il y a deux semaines. Le feuillage est magnifique. On est trois jours trop tôt, sans doute, mais c’est comme ça que je les aime. Mûrs, sans un raisin passerillé pour éviter les goûts de cuit. On fait du vin, pas de la confiture. Du fruit, oui, mais frais. J’en connais qui aimeraient chaque année les avoir comme ça. Suffit de venir planter ici, les garçons… On vous attend, c’est pas la place qui manque.

 

p1010895

Bon, c’est l’automne. Les feuilles ne tombent pas encore, n’exagérons rien, mais l’équinoxe est là et bien là. Ici, jusqu’à ce changement de cycle, on peut tout se permettre, on ne craint rien ou presque. Après, c’est moins sûr. Mais bon, cette année, le temps n’a pas l’air d’avoir envie de changer ni la pluie d’arriver. Les feuilles mortes, ce sont celles des vignes, celle de l’effeuillage tardif que le vent a regroupé en paquet. A les voir, on comprend qu’il a fait sec. Les vingt millimètres d’il y a quinze jours ont fait un bien fou. Comme une caresse sur la joue, un souffle d’encouragement. Alors, la vigne, elle a donné son maximum cette année encore. Merci, ma belle.

p1010918

Je plaque mon appareil photo au sol, j’essaie de vous montrer la beauté de cet endroit, de ces ceps, encore jeunes mais si méritants. Du coup, je capture une jolie photo, une sorte de forêt où je me sens nain. Petit. A ma place. C’est bien pour l’hubris, notre problème à tous, inacceptable, pour un humain, chez les Grecs. Érigé en qualité ultime depuis l’arrivée des réseaux sociaux. Insupportable chez les vignerons qui oublient parfois qu’ils ne font que du vin. La chose la plus futile et la moins indispensable du monde, même si c’est pour nous la meilleure. Rester petit, humble devant la nature, reconnaissant devant ses clients. Je sais, certains vont rire. Aucune importance.

p1010892

Au sommet de la parcelle, le court noué a frappé et fort. On a planté ce Cabernet France en 2004. A l’époque, le domaine démarrait. Pas d’argent, pas de terre en repos (aujourd’hui le tarif, c’est 10 ans minimum au repos, plutôt 15, même), on a acheté cette parcelle parce qu’on la voulait VRAIMENT. Désiré serait je pense plus juste, tant mon instinct me poussait vers elle, un désir presque physique, mais pour une vigne, je ne crois pas que ça s’emploie. On l’a arrachée et on l’a plantée. Le Carignan blanc du haut était un peu court-noué, mais, comme en amour, dans les premiers moments, on ne veux ou peux voir certaines choses. On a joué, on a perdu. Dommage, car on a mis dessus – sur une idée de Michel Bettane et grâce à la générosité de Denis Durantou – une super méga top sélection massale de Cabernet-Franc. Tiens, d’ailleurs, faut que j’envoie un peu de 2015 à Denis. C’est un vin formidable, qui n’a rien de «trop», chose rare aujourd’hui dans le monde des Cabernet.

Encore un effort et au niveau reconnaissance des maladies et des carences sur feuilles ? Vous allez en savoir long.

Là, c’est un cas d’école, le «panachage» du court-noué, caractéristique, est impossible à confondre.

p1010904

On dirait qu’il y en a, du raisin. Mais c’est parce que vous êtes loin car, de près, les baies sont minuscules. Tant mieux. On va faire le merlot dans la foulée, et on va tout fermenter ensemble. Je sais, c’est très déconseillé. Mais on va le faire quand même.

p1010932

P.S. : les merlots, le lendemain et au soleil, ils étaient pas mal non plus…

img_2459

 

Laisser un commentaire

Abonnement

Archives