Burn out vertical



Putain qu’il fait froid…. Désolé du juron, mais pouvais pas le dire autrement. Si tailler peut-être un plaisir quand le ciel est bleu et les températures clémentes, le plaisir s’envole quand la tramontane dépasse 50 kilomètres heure. Alors à 100, voir plus, c’est insupportable. Et depuis un semaine, la Tramontane est largement au dessus. Un vent de fou, une spécialité locale, ce genre de vent qui vous oblige à ne jamais oublier dans quel sens il souffle lorsqu’on ouvre la portière de sa voiture, sous peine de se la faire arracher.

Pourtant l’équipe taille. On cherche les coins un peu à l’abri du vent, il y en a peu chez nous. On les a déjà privilégié lors de la dernière période de vent furieux. Difficile d’en trouver d’autres en ce moment car le couple  «cépage/terroir » compte dans l’agenda de taille. Les précoces d’abord, les tardifs ensuite, tant pour les cépages (dans l’ordre Grenache, Syrah, Carignan) que pour les terroirs, selon leur exposition.

Respect total pour ceux qui taillent. Je pense souvent à eux comme  les «poilus de la vigne»,  ceux qui étaient dans tranchées, ceux sans qui notre société, si critiquée en ce moment, ne serait pas ce qu’elle est. Vous ne tiendriez pas une heure à leur côté.. Pensez à eux, un verre de vin à la main, bien au chaud : que d’efforts, de peine, d’efforts physiques et de passion dans une bouteille de vin…

Deux grandes philosophies de résistance au froid cohabitent : 1/la combi de ski, avec le thermolactyl dessous; 2/ les couches successives qui font ressembler à un gros oignon quand on rentre quelque part : lorsqu’on revient au chaud, on pourrait évoquer un striptease mais sans aucun côté sexy. Et pas prévu pour l’instant que les danseuses du Crazy viennent tailler, alors, honnêtement, le résultat ne vaut pas l’attente.

Je ne taille plus depuis bien des années. Je ne culpabilise pas pour autant. Je taillais péniblement 300 pieds par jours, trop attentif, trop dans le mental, trop dans la recherche de perfection, trop dans l’hésitation surtout, dans la peur de l’erreur. Le débutant typique. Les meilleurs tailleurs en font le double, les bons jours, sur des vignes bien taillées les années précédentes. Je fais autre chose, et largement ma part.

Quel rapport avec le burn-out du titre ? Chaque hiver, quand je commence à rallumer des feux dans mon poêle à bois, ou chez des amis qui ont des cheminées, je repense à ce billet. Je me suis dit que j’allais le reprendre chaque année. C’est sans doute une des plus utiles au quotidien que vous pourrez lire sur ce blog.

Au début, je sais que vous ne croirez pas. Mais comme vous êtes curieux, vous allez essayer. Après, cela vous fera réfléchir longuement sur la puissance de l’habitude et sur la nécessité de changer. Je préfère avertir ceux qui me détestent (et qui lisent ce blog, on se demande…), ceux que j’énerve, ceux que qui me jalousent et ceux qui me méprisent (et ceux qui font les quatre à la fois, si, si…) : arrêtez de lire, sinon, chaque fois que vous allumerez un feu, vous penserez à moi… C’est ballot.

Quand j’ai acheté mon poêle, à l’allumage, je me suis senti vraiment tout pourri, incapable d’allumer rapidement, correctement et avec 100 % de réussite ce feu, qui fumait comme un beau diable. Pourtant, dès qu’il avait atteint sa bonne température, ce charmant poêle tournait comme un avion de chasse. Je faisais pourtant tout comme on me l’avait appris, en bon petit scout de France, comme on me l’avait ensuite confirmé dans le manuel des castor junior, puis dans mes week-end scout : papier en boule, petit bois, gros bois par dessus, et hop. Et bien hop rien. Dans ton cul comme disait à l’époque Sandrine, la reine des blogueuses vin qui, elle aussi, a déserté la toile et nous a abandonné. De la fumée plein la pièce, un échec sur trois au moins et des galères sans fin. Et cette terrible impression d’être une piche, comme on dit en Provence, un incapable, un urbain, loin du look bucheron barbu si à la mode en ce moment . Comment ? Moi, homme des bois, communiant avec la nature comme Robin des Bois avec Sherwood, me voilà ridicule, ma petite allumette à la main… Ah, Errol Flynn dans Robin des Bois. Et bien le Errol Flynn qui sommeille en moi, bien caché j’en conviens sous le costume de Frère Tuc – aussi bien caché que mon côté Steve Mac Queen – pas foutu d’allumer un feu… Faudrait pas qu’il y ait la guerre…

Faudrait pas non plus qu’il qu’il y ait eu Facebook pendant l’occupation, hein, on le voit bien en ce moment…

Et donc, au moment de mes pires pensées survivalistes, voilà que les Suisses, les braves Suisses, mes amis, mes frères, sont venus à mon secours et m’ont permis de pratiquer désormais le «burn out vertical» et de réussir TOUS mes allumages de feu dans TOUTES les circonstances. Oui, ke Burn Out vertical, c’est tout simplement le moyen le plus performant d’allumer un feu à coup sûr et sans polluer.

Je vous explique. Il faut commencer à penser à l’envers., ce qui n’est pas facile. Il faut mettre les grosses bûches AVANT. Les plus petites dessus. Et au sommet, le kit d’allumage…

Un kit d’allumage, c’est ça :

Un allumeur (le vulcain, il n’y a pas mieux) et du petit bois ou quelques pommes de pain, en mini bucher. Et le tout SUR les buches, en laissant beaucoup d’air entre les éléments. On met le tirage du poêle ouvert, voire on laisse la porte entre ouverte car ca ne va pas fumer !

Là où c’est compliqué, c’est que c’est TOUT LE CONTRAIRE  de que votre éducation vous a apprise, de tout ce que votre instinct vous pousse à faire. Je vous ai fait quelques photos :

Le kit d’allumage :

Les buches en dessous dans mon poêle, mais ça marche aussi dans les cheminées :

Le montage final prêt à être allumé :

Reste à allumer l’allume feu vulcain ou autre produit de démarrage, qui enflamme le petit bois, dont les braises tombent sur les buches, qui se réchauffent, puis s’enflamment. Puis réchauffent et enflamment celle du dessous. Magique. Quand tout est bien rougeoyant de braises (et non «roucoulant de baise», sacré correcteur qui pousse le bouchon très loin ce matin…), on rajoute une bûche et on se dit : mon Dieu, comment peut-on vivre aussi longtemps avec des idées reçues.

Aau bout de quelques minutes, le feu en route, sans JAMAIS la moindre fumée :

Bon, rendons à César ce qui est aux Suisses, la vidéo qui a changé ma vie, avec l’explication des services spéciaux Suisses. C’est un peu moins drôle, beaucoup plus sérieux mais tout aussi efficace.

On est prié d’essayer avant de critiquer sous peine de passer pour un con. Vous êtes avertis.

P.S. : c’est un vieux billet recyclé, mais vous étiez avertis. Merci pour cette avalanche de messages positifs la semaine dernière. Ça m’a fait super plaisir et surtout motivé !

10 commentaires

  • Olivier Mottard
    14/12/2014 at 7:42

    ben dis donc, c’est le couteau Suisse du feu cette histoire !
    En bon scout qui se respecte, je n’aurais jamais « inversé » l’allumage 🙂
    Aah Sandrine (La Pinardothek @SandG ?), une personne éminemment sympathique, franche et sincère.
    Et puis une caviste extraordinaire formant un couple d’enfer avec son mari.
    Je recommande les yeux fermés !

    Bon dimanche !

  • Antoine
    14/12/2014 at 8:11

    Bonjour Hervé , je travaille en Savoie dans les montagnes. Nous avons régulièrement des soucis avec des feux à allumer. Je suis caviste et je j’étais mes bouchons à la poubelle mais un ami fan de recyclage m’a montré qu’il fallait les mettre dans des bocaux avec de l’alcool ménager . Vous avez ainsi un super allume feu qui vous rappelles de bonnes bouteilles devant la cheminée.

  • Antoine
    14/12/2014 at 8:35

    Super, tout ca promet une fin d’année prolifique bloguifiquement (je voulais déposer un brevet pour ce mot, mais finalement il est assez moche…).

    Façon calendrier de l’avent, un post par jour (oui, monsieur est exigeant), en parlant de gastronomie, de truffes, et de rencontres entre amis au coin du feu pour la chaleur (et pourquoi pas Feu! Chatterton pour la musique)… Et puis de vins bien sûr… Et de recette de Brillat-Savarin aux truffes promise il y a quelques jours.

    De mon côté, je continuerai le lobbying pour les vins du Roussillon… Même si je commence au fur et à mesure à prêcher des convaincus (en un seul mot

  • Bourgogne Live
    14/12/2014 at 9:07

    je vote pour un petit dernier billet pour la route avant la trêve des confiseurs. Sujet libre 🙂

    Toujours un plaisir de te lire !

    François

  • Sandrine
    14/12/2014 at 9:27

    Hé ben dis donc… (j’ai rien lu, j’ai rien vu)

  • Francis
    14/12/2014 at 12:02

    Bonjour,
    Ben c’est comme ça que j’allume aussi mon barbecue (bois ou charbon de bois) depuis toujours :-):
    Feu de grosses brindilles bien sèches, récupérées tout au long de l’année sous mes arbres, sur le lit principal.

  • Cyril
    15/12/2014 at 10:29

    Ah voila que tu abordes dans un meme post les 3 themes de ma vie professionnelle : Internet, Vin et Chauffage au bois.

    Cette technique d’allumage s’appelle le « top down »

    Et pour les allume feu on en trouve dans les grandes surfaces du bricolage ou sur http://www.allobois.com sous la denommination « allume feu ecologique » et c’est vrai que c’est ce qu’il y a de mieux !
    (sans ajout chimique contrairement aux bouchons de liege je le crains…)

  • Catherine
    15/12/2014 at 4:52

    Ah, ces Suisses….
    Et donc, émigrée des P.O. dans le canton de Vaud, je mets un point d’honneur à apporter du vin du Roussillon quand je suis invitée chez des amis, Noël ou pas !

  • Carole
    04/02/2019 at 11:11

    Très bonne idée le recyclage, déjà vous apporterez toujours un brin (ou plutôt un tronc!) de nouveauté et il est bon de retrouver ce qui nous a déjà plu, c’est le propre des conteurs. Bonne journée

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