SwissTour 2019 – La madonne des Sleeping


En français, : on prononce «Züriq» mais en Suisse Allemand, c’est «Zü-riche».  Remarque, ça tombe bien, c’est paraît-il la ville la plus chère du monde, au niveau du coût de la vie. Moi, je l’aime bien cette ville. Qu’elle soit chère ou pas, je m’en moque un peu vu que je ne fais qu’y passer, tous les deux ou trois ans.  Je n’ai aucun a-priori sur elle, car je la connais un peu et j’adore y flâner. J’aime son architecture, dure et grise, son utilisation des textures et des couleurs froides, l’omniprésence des stores dans ses bâtiments industriels, l’importance qu’elle donne à la typographie, flagrante pour qui est attentif. Avec certaines certaines villes du Japon, elle me rassure par son côté ordonné. J’aime aussi, il me faut l’avouer, le pragmatisme Suisse, qui correspond bien à la façon dont, à l’intérieur, une partie de mon cerveau est câblé.

On est au cœur de la Suisse Alémanique, le cœur économique d’un pays où on rigole pas avec l’argent, et, comment vous dire si vous ne connaissez pas… et bien ça peut parfois être un peu compliqué pour les latins. Rigueur, oui, ça c’est sûr. Travail ? On en parle même pas, c’est la base. Règles ? Oui, beaucoup, dites ou non dites, sans qu’on ait vraiment le choix de les discuter. Mais liberté, aussi. Respect de l’autre du moment qu’il respecte les règles qui font la cohésion de la société et du pays, les simples règles de (bonne) vie en collectivité. Zürich, on pourrait ne pas s’en douter, c’est aussi une bonne partie de fun/rebelle/punk dès qu’on creuse un peu. Des quartiers ethniques. La seule ville Suisse où l’on peut s’amuser 24/24. Faut juste connaître les bonnes personnes et les bons lieux. Bon, je dis ça, je dis rien, vous le savez, tout cela est derrière moi, je suis un vigneron « rangé », mon côté rebelle s’est embourgeoisé grave depuis mes jeunes années berlinoises, avant la chute du mur. Ou pas.

Bref, me voilà à traverser la Suisse en train, après un coup de Hop. Perpignan Zürich, c’est pas simple, sauf à avoir un avion privé et les quelques « vignerons » qui en ont ne m’ont jamais vraiment ouvertement proposé de me le prêter pour un petit vol qui m’éviterait deux jours de voyage. Il y a un message ? Oui il y a un message. Juste pour aller à Zürich. Et peut-être à Venise, un soir, manger des pâtes et rentrer. Un vieux fantasme. Mais bon, « ils » ne sont pas prêteurs. C’est sans doute d’ailleurs pour cela qu’ils ont un jet, en fait… Il y avait la dégustation du Wine Advocate, la semaine dernière, ils auraient pu, en y allant, faire un stop à Perpignan aller et retour, répondre à mon pouce levé sur le tarmac. J’aurais pris un Selosse pour le vol. Las… La prochaine fois ? On peut toujours demander.

Pas grave, le train, en Suisse, c’est chouette comme dirait le hibou (c’est pour toi, mon Noé…). En fait, un client-ami m’a présenté le pays, un jour, d’une autre façon, sous un autre angle. Il m’a dit : «Hervé, tu dois voir la Suisse comme une grande ville. Le train, c’est son métro.». Merci, mon Markus. Je pensais à toi en regardant, amusé, le plan des lignes de train Suisse, à la gare, je me disais que tu avais diablement raison parce qu’on jurerait un plan de métro. Avec 8,5 millions d’habitants, la Suisse est une mini mégapole mondiale, une sorte de « Grand Paris » où on aurait laissé beaucoup de vide, de prairie. On avait pas le choix, la faute aux montagnes, qui empêchent beaucoup mais aident à la qualité du lait et à au bonheur des marmottes, indispensables à l’emballage du chocolat. La boucle est bouclée.

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Les rythmes du formidable album de Neneh Cherry, Broken Politics me bercent. Je ne pourrais, désormais, réécouter Deep Vein Thrombosis sans évoquer ce trajet. C’est comme ça; Je rêvasse et j’essaie de trouver le courage d’écrire depuis le wagon restaurant, top, où l’on vous sert à la place une planche de charcuterie sur une nappe blanche ou une bonne salade, faite à la minute par un chef et non faite dans une usine une semaine avant et sortie d’un plastique. Eric, Isabelle, merci de l’info, il faut le voir pour le croire !

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Mes yeux laissent défiler prairies, villages et fermes d’un autre temps, mon cerveau est envahi d’un fumet nostalgique, riche et joyeux où se mêlent des lectures d’Agatha Christie et de Graham Greene, des illustrations de transsibérien et de cosaques, des reportages de journaux télévisés sur l’orient-express et, au réveil d’une petite sieste, d’images lointaines d’un numéro de LUI des années quatre vingt ou une « madone des sleeping » avait enflammé ma libido adolescente. Dans ma tête, l’image est étonnement forte, beige et douce. Il y a des bas et une jupe plissée soleil, j’en suis certain. La dame est blonde, elle regarde par la fenêtre ou s’alanguit sur la banquette. Il doit faire chaud, parce que… On ne voyait pas grand chose, mais mon Dieu que l’évocation de ces photos était puissante… Douce époque où l’érotisme voulait dire quelque chose, où l’esprit volait de fantasme en fantasme avant de faire (ou pas), un jour, ce qu’il avait imaginé. Chercher quelques vieux numéros de LUI chez les bouquinistes des quais de Seine, voilà qui pourrait être une jolie après-midi de printemps. Et se dire que, peut-être, un jour, je traverserai les steppes de Sibérie en wagon couchette. On peut toujours rêver, mon tchou-tchou…

Arrivé à Zurich. Le taxi vous charge de 9 FS direct avant d’avoir démarré. Ah, oui, quand même. Un mauvais tartare, ici toujours servi avec des toasts, et, ensuite, vous connaissez le scénario, je vous l’ai conté mille fois : on prend le vigneron, on le met derrière sa table, il ouvre ses bouteilles et les fait goûter. Difficile de communiquer sauf en Allemand, dont je ne possède plus que des bribes. Alors, c’est long et parfois un peu aride. Mais bon, il y a de belles rencontres. Ce  couple de petit vieux, tiens, qui goûte chaque vin ensemble et qui discutent entre eux, pinaillent  chaque vin sans, il semble, ne jamais être d’accord. S’aimer, vivre ensemble depuis 50 ans, adorer le vin mais… pas les mêmes, c’est une nouvelle pour Roald Dahl !

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D’autres sont contents de me voir et me racontent souvent, l’émotion liée à l’ouverture et au partage, souvent en famille, d’un millésime ancien de Clos des Fées. C’est bien. Le truc fou, à Zürich et qu’il n’y a qu’à Zürich que je l’ai vu, cette fois encore, ce sont des clients passer en ayant préparé leur dégustation, ayant souligné sur leur listing ou appli (une belle appli pas dispo en France, mais à Importer, VinoGusto, je crois) et ne goûter QUE les vins dans leur budget. Petite Sibérie, Madame ? Non merci. Je n’ai pas les moyens. Je ne goûte que ce que je peux acheter. Oualou, les warriors… En France, les anti vins chers sont les premiers à jouer des coudes dans les salons pour goûter ces vins hors de prix, pour mieux les critiquer ensuite. Le Français n’a pas que de bons côtés. Mais vous le saviez.

Petit hôtel, chambre minuscule, 180 FS. Ah quand même… Diner entre vignerons où on se raconte des histoires de vignerons (mildiou, qualité des millésimes, nouvelles du front), mais bon, voilà, je me suis fait arracher une dent trois jours avant. Alors, un Efferalgan 1000, une douche, vite, mon lit. Voilà, on est intime. Décevant, je sais.  A demain.

 

Un commentaire

  • marc
    07/03/2019 at 1:51

    Erreur de frappe, sûrement : « Décevant, jamais » 😉

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