Vendanges 2019 * Jour J+6 * Trouver le fil d’Ariane


Dans un sketch devenu classique, Coluche avait cette extraordinaire phrase : «écrivez-nous ce qui vous manque, on vous répondra comment vous en passer»…

C’est un peu pareil avec le développement personnel. On fait plein de trucs. On se pose des questions sur soi. Parfois (mais pas toujours…) on a des réponses. Mais, pour autant, on continue souvent à avoir les comportements dont on voudrait  pourtant se débarrasser.

Je pensais à ça ce week-end au sujet de mon état de stress vendredi. Impressionnant. Fermé comme une huître qui sent le couteau de l’écailler lui chatouiller la coquille. Et à peu près aussi actif. Comme paralysé. Et une faim de loup, celui qui a vu le petit chaperon rouge à travers un buisson. Crises de catalepsie ou pas loin. Marrant. Je sais exactement, au prix d’un vrai travail sur moi-même, les signes qui montrent que je suis  stressé et, alors même que je le vis, j’ai un déni presque complet de mon état de stress. C’est la vie.

Mais pourquoi faire l’huître, Hervé ? Je vous l’avoue, à un moment de la journée, alors que mon cerveau en surchauffe tentait de traiter toutes les données en ma possession et celles qui arrivaient en permanence, cherchant sans les trouver des solutions au milieu de dizaines de possibilités mouvantes, j’ai pensé que cette année on y arriverait pas. Trop vite. Trop mûr. On perdait du temps à cueillir les raisins pour les vins «simples» et, pendant ce temps, peut-être les grands vins allaient nous échapper. 130 parcelles, aussi, certaines à 30 km de la cave, franchement… Tu peux pas avoir un château et des vignes aussi, au carré ?

Deux pains au chocolat et un croissant après – alors même que je sais que la viennoiserie est le pire poison pour mon organisme, qu’en plus je n’éprouve aucun plaisir à les manger et enfin que je vais en payer 24 heures au bas mot les conséquences (et plusieurs mois sur les hanches, comme on dit…) – saturé de Nespresso,  je ressemblais à ça.

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Un monolithe noir. 2019. Bon, pas de fantasmes, ma maison n’est pas du tout Louis XVI. C’est plutôt comment dire…  arrivée du chemin de fer en 1890 à Perpignan, dans le jus, vide, avec des fuites en haut et de l’humidité en bas. Mais bon, c’est une autre histoire. Et puis la déco et moi, ça fait deux…

Un peu comme Coluche dans le texte, je sais ce qui se passe, mais je ne peux pas l’empêcher. Connaitre le chemin de sortie du labyrinthe. Pourtant, choisir, à chaque fois, de prendre le même chemin, alors qu’on sait qu’il ne vous mêne pas vers la sortie. Coluche ne pouvant rien pour moi, j’ai appelé H.D. Thoreau qui lui, a toujours la solution : aller marcher dans la nature. Ça collait bien, en même temps. Il était temps de voir la réalité en face : si nous allions dans le mur, autant y aller (non pas les poches pleines, comme on dit à Bordeaux…) mais en toute conscience et en s’amusant.

Alors que le jour commençait à baisser, j’ai fait, à pied, prenant mon temps, pendant quatre heures, le tour de toutes les parcelles qui me reste à vendanger. Vu qu’on a encore rien fait au Clos des Fées à part un vieux maccabeu, on peut dire tout.

Henri David Thoreau marchait à ma droite, souriant. Il avait raison, comme tant d’autres philosophes avant lui : une marche dans la nature est le remède universel à tous les mots. Kubrick était là, lui aussi, lui qui, dans ce film, a tant aimé nous plonger dans ce qu’il appelait «la zone fertile de l’ambiguïté», m’aidant à sortir, peu à peu de mes fantasmes pessimistes pour entrer dans une univers de solutions concrètes. Spinoza aussi, grâce à un texte partagé par Claude Baco (Claude, tu as fait fort…), sur Facebook, très beau, sur le fait que Dieu «est» tout simplement LA nature et rien que LA nature. On le trouve ICI. C’est un texte à connaitre…

Bon, je planais, enivré, telle la chèvre de Monsieur Seguin, par la beauté et la sauvagerie des paysages. Pas de «forêt de fleurs sauvages débordant de sucs capiteux» mais, goutant parcelle après parcelle des raisins blancs, gris, rouges, noirs, j’eus envie, comme elle, de «me vautrer dans la lambrusque, rouler sur le talus, tête en avant dans le maquis, se croire aussi grande que le monde». Bon, je ne l’ai pas fait, je vous rassure. Mais il s’en est fallu de pas grand chose… Catherine M, sort de ce corps !

Le nez au vent, les poumons soufflés par la tramontane, le corps réchauffé, peu à peu, un fil d’Ariane est apparu, une solution possible, un fil rouge au milieu d’un gigantesque écheveau de laine blanche, un avenir possible qu’il restait simplement à réaliser, un scénario où, peut-être, tous les raisins ou presque allaient entrer au bon moment dans les bonnes cuves…

Tel Spirou, l’appareil photo sur le cœur, je vous ai fait quelques photos, pour, en ce lundi matin, pour apporter un peu de Roussillon où que vous soyez.

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La tramontane s’est levé. Ici, le vent, c’est à partir de 40 km/h. Avant, c’est de l’air qui bouge. A 90 km/h, elle m’a accompagné toute la journée. En rentrant, apaisé, cette interprétation de Sophie Hunger m’a porté.

Ce que j’écoute pendant les vendanges ICI sur Spotify. ICI sur Deezer.

3 commentaires

  • Toad nemo
    09/09/2019 at 8:16

    Très bons choix, de H.D.Thoreau à Sophie Hunger(entendue il y a quelques années à Maury au festival Voix de Femmes, un grand moment), en passant par Spinoza, je valide tous ces choix. Pour la vendange, par contre , pas d’opinion, mais tu devrais y arriver. Bon courage, bonne journée

  • Éric marty
    09/09/2019 at 8:35

    Écoute je ne sais pas à côté de qui j’etais
    Une chose est sûre c’est que la balade était inspirante
    Bise

  • Nicolas
    09/09/2019 at 11:42

    J’adore. Complexité en simplicité. Et des états d’âme tellement sains et vrais que beaucoup s’interdiraient d’en parler. Merci, je me sens moins seul. J’adorerai un jour, par un heureux hasard de la vie, me retrouver à faire le tour de vos vignes en votre compagnie ( même si j’entrevois que c’est peine perdue, c’est une activité qui doit être solitaire pour être salutaire. Au plaisir Mr Bizeul et bonne vendange, sûr que vous en tirerez le meilleur !

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