Vendanges 2019 * Jour J+17 * Accepter ce que la nature te donne


Longtemps, je me suis levé de bonne heure. Et oui, moi aussi 😉

Longtemps par obligation, parce dans la vigne tout se joue ici avant midi. Pas que dans la vigne, d’ailleurs, ma Grand-Mère disait toujours que les heures de travail avant midi et les heures de sommeil avant minuit comptaient double. Puis ce fut par plaisir, souvent, pour voir le soleil se lever sur la mer, dans la nature. Le vrai luxe, celui qui ne coûte rien, qu’on ne peut pas acheter.  Je continue, sans doute parce que c’est simplement ma nature. Ce matin, sur les hauteurs de Salses le Château, au milieu des oliviers, c’était une vraie claque. Une bonne claque. Si vous voyez ce que je veux dire…

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Les tracteurs s’ébrouent, l’équipe rejoint fourgons et véhicules, on charge eau, provisions, la fin des vendanges approche, on le sait. Mais la campagne a été dure, longue, la fatigue est palpable, la lassitude aussi.

On va à la Cresse, une des premières vignes du Domaine, une de plus, mais là, en pente. Pas question de la faire en descendant pour aider les porteurs. Le chemin est en haut et l’inclinaison est telle qu’à plein, malgré leurs 95 chevaux, leurs ponts avant suspendus, leur tailles de guêpe, leur moteur qui ronronne, bref le top de la technologie, même les Fendt Vario ont leurs limites.

Reste les jambes, les dos et surtout, surtout, le mental, qui fait vraiment toute la différence…

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La distance et la pente sont telles qu’il faut adapter le ratio coupeur/porteur. On passe de 6 cueilleurs pour un porteur à quatre pour un. La parcelle est tardive, heureusement, car, en début de vendange, l’équipe aurait sans doute calé. On est fin septembre, l’entraînement a fait son effet, les corps sont aiguisés comme le sont ceux des sportifs de haut niveau. Emmené par Serge, toujours devant, l’équipe est désormais prête à relever tous les défis. L’équipe, essentiellement Roumaine cette année, est fière. Ca compte, croyez moi. Capable, sans la ramener, en souriant, de sans doute couper trois ou quatre fois plus de raisins qu’une autre équipe disons «d’amateurs». Et sans une feuille. L’équipe est soudée, uniforme, elle vendange désormais «en meute», chacun aidant l’autre à un moment ou en autre de la journée, en cas de défaillance.

Ai-je raison, ai-je tort, j’ai décidé il y a dix ans de ne plus faire de vendanges en vert. A moi, au niveau agronomique, d’accompagner chaque parcelle de vigne personnellement, tout au long de sa vie, pour l’aider à avoir une production  équilibrée, une vie longue et heureuse. Elle produit peu une année ? Ca me va. Elle produit, le millésime suivant, beaucoup ? Je prends aussi. C’est qu’elle l’a voulu, qu’elle en a eu besoin. C’est respecter cet «esprit du millésime» qui m’est si cher. Parce ce que je recherche, c’est l’équilibre naturel d’un vin, fruit de raisins issus d’une vigne que l’on a pas forcé à produire 20 grappes en la sélectionnant génétiquement pour sa capacité à cracher du raisin, qu’on va nourrir comme un Sumo (Jacques, ne t’en fais, pas tu es déjà un saint et personne ne parle d’HLM ni de financement occulte du RPR, d’affaire Boulin ni de rien d’autre…) pour qu’elle ait 20 grappes, dont on va en couper 10, puis jeter une partie des grains botrytisés parce qu’elle n’a plus de défenses naturelles tant elle est saturée d’azote, puis saigner les jus à 30 %, puis isoler certaines années seulement 40 %  du résultat pour faire un « premier vin ». Tout ce qui nait, chez moi, se retrouve dans la bouteille. Sauf les grappillons, bien sûr, et les grappes millerandées, bien sûr. C’est un choix et je l’assume.

Si les rendements sur la Chique sont clairement en baisse – de sans doute plus de 40 % – sur Lesquerde, certains pieds de Syrah, aidés par deux beaux orages cet été, sont dignes du jardin d’Eden. Pas de raison d’en avoir honte, on fera peut-être sur cette parcelle d’un peu moins de deux hectares  le rendement autorisé, 50 hl/hectare, pour la première fois. Parfait pour la cuvée «de Battre mon Cœur s’est arrêté» dont la fluidité m’enchante. Mais pas encore certain. Petits grains cette année, trompeurs sur la photo, et peu de jus en général.  Toutes n’étaient pas comme ça, mais celle là méritait d’être sur la photo. Merci Mademoiselle.

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Puisqu’on est dans la vérité la plus crue, on aura aussi ce jeune Mourvèdre qui, cette année est digne d’un rendement «Champenois». Ce minuscule carré du bas de la parcelle, sans doute moins de 200 pieds, récolte toute l’eau du coin et plonge ses racines où il faut, réalise une belle performance et complétera, en pressurage direct, une petite cuvée de rosé sympa l’été prochain. Inutile d’espérer faire de grands vins texturés dans ces conditions, faut pas rêver… Mais le «un seau par pied», au moins je pourrais dire que je l’aurai vécu cette année sur quelques pieds.

Petits rendements globaux quand même cette année en Roussillon, on parle de -30 % minimum.

Je vous donnerai ceux du domaine, tiens, quand j’aurai fini ma déclaration de récolte.

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Le matin, un peu de musique apporte énergie et tempo. J’espère que vous l’écoutez, que ça vous met vous aussi en joie, parce que personne ne me dit rien !

J’aime bien ce groupe peu connu Danois. Dance Punk. C’est bien le Dance Punk. Surtout en fin de vendange, à fond dans la voiture…

Ce que j’écoute pendant les vendanges ICI sur Spotify. ICI sur Deezer. ICI sur Youtube.

4 commentaires

  • levavasseur
    28/09/2019 at 8:41

    Merci pour votre prose, les photos superbes, elles me rappellent mes vacances chez mes beaux-parents (fenêtre avec vue sur le Canigou entre autre), PlayStation list sympa, faut que je me dépêche de préparer votre recette de ratatouille avant de ne plus trouver les bons légumes, bonne fin de vendanges en attendant les prochains articles! Ah oui un grand merci, vous m’avez inspiré pour le poudrage soufre de la parcelle que j’entretiens, et ça… c’est pas rien !

  • levavasseur
    28/09/2019 at 8:42

    Merci pour votre prose, les photos superbes, elles me rappellent mes vacances chez mes beaux-parents (fenêtre avec vue sur le Canigou entre autre), playlist sympa, faut que je me dépêche de préparer votre recette de ratatouille avant de ne plus trouver les bons légumes, bonne fin de vendanges en attendant les prochains articles! Ah oui un grand merci, vous m’avez inspiré pour le poudrage soufre de la parcelle que j’entretiens, et ça… c’est pas rien !

  • Éric marty
    28/09/2019 at 8:49

    C’est un billet bouleversant de vérité de de « simplirité » savant mélange de sincérité et de simplicité
    Bel hommage à ton équipe
    Aujourd’hui il y a plus de chef que d’indiens donc quand on a une belle tribu derrière son chef il est bon de le souligner
    Bise mon ami

  • Nicolas
    28/09/2019 at 10:55

    Toujours aussi content au petit matin avec mon café, avant l’agitation de la maison, de lire vos billets 😉
    Ça doit être bon de voir une « Colle » se former, dommage cependant de devoir faire se déplacer des hommes de plusieurs milliers de kilomètres pour y arriver. Belle découverte avec WhoMadeWho, Merci !
    Bonne fin de vendange en attendant de gouter tout ça.
    Je ne me permet pas une bise, on ne se connait pas, mais le cœur y est 😉

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