Vendanges 2019 * Jour J+20 * Entendre et voir les signes


Le soleil perce peu à peu la montagne, la lumière envahit notre terroir le plus étrange, le plus isolé, le plus haut, le plus austère, le plus calcaire : le Mas Llianssou. Les feuilles des Carignan sont en train de changer de couleur, prennent leurs reflets rouges, la terre est souple, la vigne resplendit.

Calme absolu. Seuls quelques oiseaux chantent leur joie de vivre, ici, loin de tout. A moins que ce soit près de tout, plutôt. Au pied de la falaise de pierre blanche, orientée presque parfaitement nord sud, il y a de quoi manger, de quoi boire, le calme. 200 jours par an, le vent caresse, espiègle, chaque aspérité, saute, s’amuse, chante sa liberté de n’être empêché par aucun obstacle construit par l’homme et tente crânement à imiter le bruit des vagues et de la mer.

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Tiens, notre ami le blaireau s’est glissé sous la clôture, nous faisant l’honneur et le plaisir de passer déguster quelques grappes. Il croque en passant un ver de terre ou deux et laisse des traces. La vie animale est dans ce lieu intense, surtout la nuit. Ces quelques grappes qui ont fait sa joie ne nous manqueront pas. Il faut savoir donner surtout lorsqu’on reçoit.

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L’animal est malin et aurait mérité une fable de la Fontaine. Il a soigneusement exploré la clôture, senti une faiblesse, trouvé un point faible, puis a déplacé quelque pierres et s’est glissé dessous, en douce et sans secousse. On salue l’artiste, on répare la brèche…

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Les Carignan me semblent parfaits. L’effeuillage naturel a fait son effet, les raisins finissent de mûrir tranquillement sous le soleil de l’automne. De loin, ça semble pouvoir attendre. Encore faut il regarder de près, les toucher, devant, derrière, être attentif…

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Tiens donc.. A peine une semaine de vent marin, chargé d’humidité, n’a rien à voir avec la tramontane. Les raisins se sont ramollis, ils sont, de bon matin recouverts d’une pellicule d’humidité et il faudrait un rien pour que le botrytis s’installe, d’autant que le froid n’est toujours pas au programme. Quelques drosophiles s’envolent, quelques grains sont abimés et on dirait même que c’est du Drophilia Suzuki, une vraie saloperie.

Je suis pensif. Un regard sur la météo : pluie ce soir, 10 mm ou plus. Impossible de prendre le risque, on le rentre. J’aurais aimé un peu plus de pédoncules rouges mais l’année ne le veut pas. La pire erreur serait d’exiger d’elle quelque chose qu’elle ne peut pas donner, tout simplement parce qu’elle ne l’a pas. On le rentre.

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Tous les signes sont là de toute façon. Il fallait juste prendre un peu de temps et d’attention pour les voir. Arrêter de se prendre pour Dieu, comme me le rappelle, par un absolu hasard Travis Scott…

Ici sur Deezer – ICI sur Spotify. ICI sur Youtube (le clip avec tous ces moutons est assez dingue… Besoin de repos, je sais….)

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