Long silence


« Ne parler que si l’on a quelque chose à dire » est une des règles de sagesse que j’ai du mal à m’imposer à l’oral :)) mais que j’ai juré d’essayer de respecter sur ce blog. Deux semaines de silence, c’était soit deux semaines de vacances, soit deux semaines de travail trop dur pour arriver à écrire, le soir venu. La deuxième solution est bien sûr la bonne.

Lorsque j’ai commencé à faire du vin, il y a huit ans, j’étais mû par ce qu’il faut bien appeler un sentiment romantique. Je cultivais alors, avec beaucoup de naïveté, un peu plus de 50 ares et ne pensais qu’à faire un peu de vin pour ma famille et mes amis. Las des grandes villes, j’avais imaginé la vie « rêvée » d’un vigneron, je l’avoue assez loin de sa vie réelle : levé avant le soleil, café vite avalé avant que le jour ne se lève, départ pour la vigne dans ma vaillante Renault 6, travail physique rude mais joyeux, casse-croûte avec quelques amis, retour avant les grosses chaleurs, déjeuner frugal, sieste rapide puis lecture, étude ou écriture. Un truc un peu genre « monastique », quoi. Très vite, je compris toute la difficulté de l’éternelle devise paysanne qui affirme avec raison que « la terre est basse ». L’après midi, je rodais tel un zombi, hébété de fatigue, incapable d’aligner deux pensées cohérentes…

Les deux semaines intenses qui ont vu la fin des travaux en vert m’ont mis à peu près dans le même état, l’expérience ou plutôt l’entraînement me permettant quand même d’attaquer l’après midi la conquête de la pile de papiers administratifs qui pompent le peu d’énergie qu’il me reste.

Si il y a bien une vision qui a changé depuis que je fais du vin, c’est la prise de conscience de cette dimension « fatigue physique » dont je n’avais pas idée avant. Aujourd’hui, quand j’ouvre une bouteille de vin, qu’il soit médiocre, bon ou extraordinaire, j’ai une pensée pour la peine du vigneron (ou pour son ouvrier…) qui l’a produit avec ses mains, sa sueur, sa fatigue, sa volonté.

Enfin, c’est fini pour cette année. Les vignes sont magnifiques, pratiquement toutes travaillées « grand cru ». Les plantations ont été arrosées quatre fois avec à chaque fois un butage/débutage de chaque pied comme le veut la tradition vingraunaise, que l’on remet au goût du jour sous le regard halluciné des jeunes et goguenard des vieux, qui, de leur temps, « travaillaient comme il fallait ». Les saisonniers, bien plus épuisés que moi, partent un par un en vacances et nous nous reverrons en septembre. Il nous reste une mise en bouteille, lundi et mardi, la mise en route des nouveaux groupes de froid mercredi (enfin, du froid et du chaud à volonté !) puis le passage de la cave en configuration « vendanges ». Le garage est en effet si petit qu’égrappoir, pressoir et tapis ont « hiverné » pendant six mois dans le hangard d’un ami. À l’aube de notre huitième vendange (et grâce à encore deux nouveaux emprunts…), cette année, la cave ne sera pas loin du rêve de tout vinificateur au niveau de l’équipement. Ferons-nous des meilleurs vins pour cela ? Rendez vous à Noël…

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