Sur la frontière


Après-midi ventée en Roussillon. Une « petite tramontanette » à 100 km/h, comme on les aime ici. Et des journées comme celle là, on a eu une bonne vingtaine depuis début décembre. Je comprends que ceux qui n’aiment pas le vent détestent le Roussillon. C’était une bonne journée pour rester dedans, histoire de faire l’inventaire. Voilà qui est fait, on va maintenant s’atteler au bilan, comme tous les entrepreneurs de France et de Navarre.

Entre « chien et loup », une expression que j’affectionne particulièrement, c’est le moment rêvé pour vous raconter (enfin :) mon voyage en Alsace. Voilà bien quinze ans que je n’avais pas fait la route des vins et, je dois l’avouer d’emblée, une réalité s’est vite imposée à moi : on est mieux reçu, en Alsace comme ailleurs, quand on est journaliste avec du pouvoir que vigneron sans. Ma naïveté sur la nature humaine n’en finit pas d’amuser ma femme, mais bon, je crois qu’à mon âge, je ne changerai plus sur ce point-là. Heureusement, j’ai gardé quelques amis vignerons, des vrais, et j’ai donc passé quelques bons moments à parler géologie, cépages, pressurage et conjoncture, un verre à la main.

La route des vins est toujours aussi belle, les villages toujours aussi proprets, bien que la crise, ici comme ailleurs, frappe les uns et épargne les autres. Comme partout dans le monde, ceux qui ont su donner du sens à leur travail, à leur production, à leurs vins, donc, semblent prospères. Pour les autres, ceux qui n’ont pas compris l’enjeu, le réveil est rude et, pour la première fois depuis bien longtemps, des vignes sont à vendre et pas sur les pires terroirs.

Les terroirs, parlons en. J’ai été stupéfait de voir le relatif échec de la fameuse appellation « grand cru ». Elle devait mettre en valeur une diversité géologique et des expositions uniques. Beaucoup de producteurs ne la revendiquent même pas car ils gagnaient jusqu’à présent plus d’argent en produisant de vins basiques, à coup de gros rendements, sur ces terroirs uniques. Utiliser une formule 1 pour tirer une cariole de patates, encore un triste constat de l’échec de l’AOC, bradée et pervertie par une gestion collective laxiste, basée sur des décrets théoriques jamais appliqués dans la réalité, d’agents contrôleurs sans moyens, de labels fantoches contrôlés par ceux là même qui ont le plus d’avantage à ce que la médiocrité perdure. Dommage.

Pourtant, l’Alsace fut et reste à la pointe du contrôle sur les vins liquoreux et moelleux, et sa législation, dure et strictement appliquée, lui permet aujourd’hui d’être la seule région au monde à pouvoir garantir l’origine naturelle du sucre résiduel de ses « sélections de grains nobles ». Pour les grands crus, c’est moins glorieux, au point qu’à l’entrée des villages, le grand cru produit sur l’aire de la commune n’est même pas signalé alors qu’à mon sens, il devrait faire la fierté et être le fer de lance de la communication et de la commercialisation de ces petits villages. Idem dans le vignoble proprement dit où, sur la route des vins, les grands crus et leurs caractéristiques géologiques ne sont même pas signalés. Ou du moins, je n’ai rien vu. Il est loin le temps, ou bachotant en vue des concours de sommeliers, je connaissais grands crus et communes par cœur, du nord au sud et du sud au nord. Aujourd’hui, j’ai dû à ma grande honte regarder une mauvaise carte. J’ai regretté de ne pas avoir emmené l’excellente liste de l’ami Loisel. À demain pour la suite…

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