Rebond


Bon, mon billet du week-end dernier fait parler de lui sur la toile. J’aime bien le WorldWineWeb ;-), il permet d’aller d’un point à l’autre à la vitesse de la lumière, de rencontrer des gens dont on se sent proche tout de suite, de débattre passionnément mais poliment, d’avoir de nouvelles pistes pour poursuivre une réflexion enrichissante.

Tenez, prenez le commentaire d’Olivier Collin, l’autre soir, sans doute à la suite d’un intéressant débat sur le site Québécois « Wine Addict ». Je le cite, quand il écrit :

« Un bijou de texte à propos des guides qui sortent actuellement, à la fois critique sans donner dans la lourdeur de main car le ton est souvent drôle, très lucide sur le fait qu’il y a un net retour de balancier prôné par la RVF vers la légèreté, la fraîcheur et, malheureusement, la solution de sous-maturité adoptés par certains pour y parvenir. J’imagine que pour le producteur de la Petite Sibérie c’est dur-dur de voir cela! :-)

En résumé, la concentration n’est donc plus le critère, bien au contraire, et on remarquera que les vins les plus simples, de soif, ont des notes parfois supérieures à des grands crus de garde… » Je ne crois pas que la première constatation implique le seconde par contre. Je suis d’avis que la concentration, notamment en milieu de bouche, a depuis plusieurs années trop dominé la scène vinicole et critique. Sans vouloir dénigrer cela – j’aime plusieurs vins riches, concentrés, etc – je pense qu’il est bon de mettre de l’avant plusieurs archétypes de grands vins, souvent antithétiques entre eux. Les dégustateurs progressent mieux ainsi et, de toutes façons, comme vous le soulignez : libre à chacun d’acheter ce qu’il lui plaît. »

Bon, Olivier, d’abord, si je me sens très « producteur » du Clos des Fées et de tous mes autres vins, je ne me sens pas vraiment « papa » de la petite Sibérie. Dans l’aventure de ce vin, je ne contrôle rien, je ne cherche rien au niveau « production ». Je me contente de le regarder naitre et exister chaque année, avec sa personnalité étonnante. Et comme je trouve que c’est un grand Grenache, dans son style, et le temps le prouvera mieux que quiconque, je fixe son prix au niveau des autres « grands » cépages du monde. On le regarde souvent d’abord pour cela, je l’avoue, puis on le goûte, et alors, on se fait vraiment une opinion. C’est pour cela que j’en ouvre toujours une bouteille avec plaisir.

Mais ce qui me plait bien, dans votre commentaire, c’est la phrase « je suis d’avis que la concentration, notamment en milieu de bouche, a depuis plusieurs années trop dominé la scène vinicole et critique. ». C’est certain. Au point d’oublier parfois que le vin est un milieu acide et que sans fraicheur, il perd bien des charmes. Cette « fraicheur », la seule qui permette un véritable équilibre, même dans les vins les plus tanniques, nous sommes tous heureux de la voir remise au goût du jour. Nous, ce sont tous les vrais amateurs de vin et tous les vignerons qui ont réfléchi sur les engrais chimiques et sur l’azote. Car voyez vous, tout ce débat est d’une simplicité biblique : si vous arrêtez de  balancer de l’azote, qu’il soit chimique ou sorti du cul d’un cheval ou d’un mouton, pour faire gonfler vos baies, vos rendements et votre portefeuille, le pH de vos vins descend. C’est une courbe d’une simplicité confondante. Et lorsque les grands vins rouges retrouvent des pH disons de 3.40 à 3.70, et bien là, on sent tout de suite la « tension », l’équilibre, la grandeur. Tout cela passe par les sols. Et il n’y a rien de plus à ajouter ni à enlever. On peut avoir alors de grands vins qui allient raisin mûr, tannins soyeux, nervosité et qui sont un régal à boire. Concentration ET finesse ET buvabilité, je n’ai jamais compris pourquoi on les opposait… Nul besoin alors de récolter en sous-maturité ni en sur-maturité, selon qu’on soit au sud ou au nord. Le raisin mûr est d’une évidence qui fait peur. Mais pas question de dépasser alors 30 hl/ha… C’est là qu’il faut faire un choix, un choix difficile…

Sur la note. Faire de petits vins de soif n’est pas la chose la plus facile du monde, mais c’est quand même drôlement plus facile que de faire de grands vins de garde. C’est pour cela que, en soit, ces derniers devraient, à mon sens, avoir des notes plus modestes. Pas parce qu’ils sont moins bons, mais parce que c’est facile. Après, on rentre dans le grand débat de la notation relative et absolue, question que personne n’a encore résolu.

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