Vendanges 2019 * Jour J+1 * Le désespoir du dimanche soir


Bon, voilà, c’est demain. Le grand jour, celui où on démarre VRAIMENT. L’image qui me vient, en ce dimanche soir, c’est celle d’une expédition himalayenne qui aurait, pendant de longs jours, cheminé vers le camp de base et qui, le soir, se préparerait pour le lendemain entamer l’ascension. Seul, dans ma tente, je serais en train de vérifier mon matériel, ne pouvant trouver le sommeil.

Hasard du calendrier, le début des hostilités va correspondre cette année à la rentrée scolaire. Et donc à un lundi. Ca fait beaucoup. J’ai, avec les «dimanche soir», un rapport «compliqué», celui de ceux qui ne comprenaient pas l’école ou que l’école ne comprenait pas. Disons que c’est rarement le meilleur soir de la semaine pour moi. Peut-on, tant d’années après, toujours avoir une petite déprime du dimanche soir, celle qui vous tombait dessus en préparant son cartable ? Sans doute. La rentrée, c’était autre chose. Bon, mes douleurs d’enfance, c’est hors sujet. Un blog n’est pas un divan. Encore que. A force, bien sûr, on se dévoile, volontairement ou inconsciemment. Sinon, il ne faut pas commencer. C’était quand, au fait, le premier billet ? Je regarde. 2/04/2005. Dingue. Le style a bien changé. Le Domaine, n’en parlons pas. Le monde, ce serait une banalité d’évoquer tout ce qu’il s’est passé depuis quinze ans… Moi, bien sûr. Mon style d’écriture, évidement. Quinze ans que je fais des «post». Dingue. Si on m’avait dit. La «recherche» n’est plus très loin… C’est de l’humour, non, je ne me prends pas pour Proust… Je précise, hein, parce que certains risquent d’y croire…

Le temps a changé. Le ciel s’est couvert, le vent s’est levé. J’y croyais peu, la météo m’annonçait quelques millimètres de pluie. On l’a eu. Du coup, on perd dix degrés, au bas mot. Je vais ressortir une couverture pour la nuit. Ou m’enrouler dans un plaid en cachemire, cherchant la douceur comme un hamster s’enfouit dans son coton. Vous saurez tout.

L’été se termine. Les journées classées rouges par Bison Futé, c’est terminé. En calendrier révolutionnaire, demain serait le 15 fructidor. Vendémiaire commencerait le… Voyons… Le 22 septembre. Il est donc tant de récolter les fruits, même Mélanchon est d’accord. Bien plus tôt que la plupart de mes confrères, dont certains sont encore en vacances, paisibles. Profitez, chers confrères.

Ce coup de froid a fait du bien. La météo pour les prochains quinze jours est parfaite, mais, la semaine dernière, il faisait 35° dès la mi-journée et pour les vendangeurs, cette semaine aurait été un enfer. Tout le monde est arrivé, demain, on démarre, vraiment, vite, fort, mais il n’y a aucun nuage à l’horizon. Pourtant…

Suis je stressé ? Non, bien sûr. Enfin… Mentalement, intellectuellement, organisationnellement, je dirais non. Tout est en place, tout va bien, en dehors d’un groupe froid qui disjoncte et un roulement d’égrappoir qui a lâché, mais c’est réparé. Un nouveau fourgon est arrivé vendredi soir, timing parfait. Je récupère demain matin les camions frigo chez le loueur. Mais, bon, apparemment, mon corps me dit le contraire… Depuis quelques jours, mon appétit augmente bizarrement. Vous connaissez ? Bien sûr, vous connaissez… Mon niveau d’énergie fluctue étrangement. J’ai de subites envies de dormir, même quelques minutes. Je n’ai parfois plus d’influx nerveux, plus de force dans les bras, du mal à organiser mes pensées. Je connais cet état. Je le reconnais serait plus juste : je somatise mes futures vendanges. Un peu plus sage, désormais, je sais que je dois écouter mon corps.

Repos, un peu de conneries sur Netflix, en milieu de journée, la pression intérieure monte et, bien qu’il n’y ait pas de thermostat, et pas de soupapes, je sens bien qu’il faut faire quelque chose. Musique, essentiel. Peinture, on le tente. Mon humeur est bleue, je vous épargne mes croûtes mais la séance est intéressante. J’aurai dû, je sais bien, à Aix, acheter ce petit Nicolas de Staël de la collection Jean Planque. Mais j’avais pas la bonne carte de crédit… Ce bleu me poursuit… Ce moment aussi.

Deuxième essai, cuisiner. Voilà. Retrouver le goût des crèmes caramel de ma grand mère me semble un projet, sur le coup, essentiel. L’important est de s’occuper, en priorité, les mains surtout. Faire. Ca devrait me faire régresser doucement en plus de lutter efficacement contre le stress. Me rassurer, pourquoi pas, si tant est qu’une crème caramel puisse vous prendre dans ses bras.

Je décide de ne partir d’aucune recette, de les faire «au pif», comme je l’ai toujours vue faire, tout gamin que j’étais. Bon, j’ai des bases, en même temps, ça devrait passer. Au deuxième essai, je suis pas mal. On est loin des crèmes industrielles. Ce sont des vraies crèmes «pâtissières», de la cuisine bourgeoise, économe, liées à la farine, comme on en fait plus. Le goût est unique. Je me prépare à passer dans un trou de ver, à travers le temps. Magie de la Madeleine.

Bien froide, une cuillère suffit à me retrouver en sécurité, dans l’enfance, dans ces années divines ou «demain» n’existait pas… Merci, Marguerite, de m’avoir appris, transmis aussi, que dans trois petits pots blancs, il pouvait y avoir tant d’amour et l’une des plus puissantes magies du monde.

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Recette ? Allez, recette…

Pour quatre jolis pots de crème caramel ou six petits

90 g de sucre + 15 g

50 cl de lait entier + 5 cl

3 œufs

30 g de fécule de mais autrement dit maïzena

Mettre les 90 g de sucre dans une grande casserole. Y rajouter deux cuillères à soupe d’eau.

Mettre en // le lait à chauffer dans une autre casserole.

Le sucre et l’eau se mélangent et forment un sirop. On peut mélanger l’eau et le sucre dès le début, pour que ce soit homogène, après, on touche plus. Le laisser fondre doucement, en tournant, puis caraméliser gentiment jusqu’au stade «brun», en faisant une rotation de la casserole d’un tour de poignet, pour que ce soit de la même couleur partout. Ca doit être feuille d’automne, marron FONCÉ. Pas assez cuit (blond), ce sera fade. Trop, c’est brûlé et mieux vaut le jeter tout de suite. Attention, pendant ce temps, que le lait ne déborde pas (je dis ça, parce que, bien sûr, moi…)

Hors du feu, mettre le lait dans le caramel pour arrêter la cuisson. C’est pour ça qu’il faut une grande casserole pour le caramel, parce que ça va bouillir grave et tout inonder. Le volume de lait double d’un seul coup, pour vous donner une idée. Faire bouillir pour que le caramel fonde bien dans le lait.

Pendant ce temps (ou après, si on peut , on laisse le lait caramélisé sur un coin du fourneau), jeter deux jaunes d’œuf et un œufs entier dans un saladier, y rajouter les quinze grammes de sucre, fouetter énergiquement pour faire blanchir et mousser, rajouter la maïzena, bien mélanger.

Mettre le lait caramélisé sur les œufs, bien mélanger, tout remettre dans la casserole. Porter à ébullition à feu doux. Ce n’est pas une crème anglaise, ça peut pas tourner. Mais faut quand même bien tourner jusqu’à la reprise de l’ébullition, le mieux c’est avec une maryse, sinon, ça attache (ce qui n’est PAS arrivé, on se calme). L’œuf et la fécule assurent la liaison.

Hors du feu (attention à ne pas faire trop épaissir), rajouter les 5 cl de lait froid pour arrêter la cuisson, et, dans l’idéal, battre au fouet ou mieux au mixer plongeant pour lisser et alléger.

Débarrasser dans des ramequins individuels. Lécher la casserole… Ou se sacrifier pour ses enfants. Vous connaissez… Sourire, se dire que «de ça», ils s’en souviendront…

Bon, voilà. J’ai plus rien en magasin. Peinture, cuisine, écriture, il me reste à méditer un peu et puis la nuit me portera conseil.

Ah, one more thing. Nouveauté. La Playlist Vendanges 2019 Clos des Fées. Ca démarre ce soir. Je vous dirais ce que j’écoute, chaque jour (si j’y arrive…)

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