Vendanges 2020 – Bénir le ciel


35 mm de pluie. Elle était prévue. Elle est arrivée.

Le fameux orage du 15 août, ici, c’est le graal. La légende. Il y a des années où tu l’as, d’autres pas. Dans tous les cas, tu acceptes. Tu te la joues «citation de sagesse» sur Pinterest, genre : «accepte ce qui est, laisse aller ce qui était et aie confiance en ce qui sera». Tiens, je vais la garder, celle là, c’est le mantra parfait pour un vigneron. Mais bon, l’orage du 15 août, quand tu l’as, c’est mieux.

Bon, c’était le 28 et le 29 août. On aurait pu faire la fine bouche, se plaindre en haut-lieu du retard, mais, comme ça tombait un week-end, on va dire qu’on est quitte.

En quelque sorte, cet orage, c’est l’idéal, ce que confirme une longue tournée des vignes. Quatre heures. Le temps de réfléchir en sentant les sols meubles, les feuilles heureuses d’avoir bu, en caressant et soupesant les grappes comme on le ferait… comme on le ferait de… Bon, passons.

La pluie, je la vois un peu comme la dernière carte qui manquait, celle qui décide du résultat d’une partie de poker. J’ai désormais toutes les «cartes en main», le jeu est brillant, les vendanges vont pouvoir commencer. Les vieilles vignes, attachées à leur piquet, ont encore une fois vaillamment résisté à la tramontane. Les jours calmes, inutile d’être du coin pour connaitre le sens du vent…

Certes, le début d’année fut pluvieux, trempé, et pendant presque six mois d’humidité presque permanente, il a fallu lutter sans relâche.

Cette année fait partie de celles que les vieux te prédisent, sur le banc, sur la place du village, quand tu te lances : «un jour mon gars, tu devras lutter jusqu’aux vendanges». Cette année-là, pour nous, c’est 2020. On n’a rien lâché, toute l’équipe a été sur le pont, Covid ou pas Covid, nos tractoristes polonais sont restés là, tout le printemps, sacrifiant leur vie de famille; Charles et Serge ont assuré l’été pour contrôler le mildiou, l’oïdium, les tordeuses. La pluie, c’est une sorte de reconnaissance pour tous ces efforts. Un prix. Une récompense.

J’en profite pour vérifier les clôtures, admirant le travail de l’équipe de Victor qui, dans un secteur où les cochons sont déchainés, pratiquent désormais la double clôture avec cablette métallique. Il faut ce qu’il faut.

Une année à mildiou, ne nous le cachons pas, c’est une année généreuse. Les raisins sont somptueux, les grappes pleines, les grains gonflés, les feuilles vertes, aucune d’entre elle, sauf peut-être un plantier et quelques manquants, ne marque un quelconque manque d’eau. Le stress hydrique de l’été a été là, mais sans excès. Pas de canicule cette année, quelques jours peut-être. Des entrées maritimes, chaque matin ou presque.

L’orage, doux, long, lent, pendant la nuit, est venu rincer le feuillage et les grains, détendre l’argile des sols, ce qui va permettre un labour d’après récolte et les semis d’automne.

Rien ne presse, nous aurons tout le temps. Année normale, quelques pieds de Carignan chargés n’ont pas fini leur véraison. Lumière magnifique, couleurs froides, contrastes.

Ce que j’écoute, au jour le jour, pendant les vendanges. Mais pas tous les jours. A la radio, Chicago. Pourquoi pas ?

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